Chapter 7 - Le Mystere du Petit Noah

La lumière crue des projecteurs du grand amphithéâtre projetait des ombres étirées sur le parquet ciré. Le silence qui avait suivi les révélations du doyen était désormais troublé par les murmures de stupéfaction et le froissement des étoffes. Maître Bertrand, le notaire parisien au charisme intimidant, se tenait devant moi, le regard ancré dans le mien.
— Mademoiselle Hayes, reprit l'homme de loi en baissant légèrement la voix pour que seuls le doyen et moi puissions l'entendre, la mort de vos parents il y a seize ans n'a jamais été un simple accident de la route. Et l'apparition de cet enfant devant la clinique Sainte-Catherine n'est aucunement le fruit du hasard.
Un frisson glissa le long de ma colonne vertébrale. Je resserrai instinctivement ma prise sur le porte-bébé. Le petit Noah pousser un léger soupir dans son sommeil, totalement inconscient des tempêtes qui se déchaînaient autour de lui.
— De quoi parlez-vous ? demandai-je, le souffle court. Mes parents... le rapport de police indiquait un freinage défectueux sous la pluie.
— Un rapport rédigé sous la pression d'intérêts financiers colossaux, répondit Maître Bertrand en ajustant ses lunettes à monture dorée. Vos parents possédaient plus de quarante pour cent des actions du groupe immobilier Hayes-Valette. Après leur disparition, votre tante Marlène a été nommée tutrice légale de vos biens jusqu'à votre majorité. Mais elle a dissimulé l'existence d'un trust bloqué à Zurich, créé spécifiquement pour vous par votre père.
Au bas de la scène, Marlène, encadrée par deux policiers qui tentaient de la calmer, hurlait des injures.
— C'est un complot ! Cet homme est un imposteur ! Clara n'a droit à rien ! Elle est la fille d'un failli !
— Taisez-vous, Madame Hayes, intervint l'officier de police en lui passant les menottes. Vous aurez tout le loisir d'expliquer vos virements vers les comptes aux Bahamas lors de votre garde à vue.
Vanessa fondit en larmes, essuyant son maquillage coulant sur son écharpe d'honneur volée.
— Caleb, fais quelque chose ! cria-t-elle à son compagnon. Tu m'avais promis que tout était sous contrôle, que Clara serait expulsée et qu'on ne risquait rien !
— Tais-toi, Vanessa ! cracha Caleb, la figure blême. Ne rajoute rien sans avocat !
Le doyen Mercier secoua la tête avec dégoût et me remit en main propre la médaille de l'université ainsi que mon diplôme officiel.
— Clara, dit-il avec une profonde émotion, au nom de toute la faculté, je vous présente nos excuses les plus sincères. Vous incarniez l'excellence et la dignité alors que nous étions aveuglés par des mensonges.
— Merci, Monsieur le Doyen, répondis-je en ravalant une larme.
Maître Bertrand me fit signe de le suivre vers les coulisses, loin des flashs des journalistes qui commençaient déjà à affluer à l'entrée du bâtiment. Nous sommes entrés dans un bureau privé mis à disposition par l'administration.
— Mademoiselle, commença le notaire une fois la porte fermée, le petit Noah que vous avez recueilli est l'unique héritier direct du comte Edouard de Saint-Germain, le principal investisseur et partenaire historique de votre père. La mère de cet enfant, la jeune Julianne, était la petite-fille du comte. Elle s'était enfuie pour échapper à des menaces de mort visant à capter le testament familial.
Mes mains se mirent à trembler. Tout s'imbriquait avec une logique effrayante.
— Vous voulez dire que... la personne qui a traqué la mère de Noah est la même qui a ruiné mes parents ?
— Exactement, confirma Maître Bertrand avec une gravité absolue. Et cette personne n'est autre que le financier qui finançait en sous-main les affaires de votre tante Marlène et de M. Vance. En sauvant cet enfant, Clara, vous avez involontairement scellé le destin de vos ennemis. Mais vous vous êtes également mise en danger de mort.
Je regardai le visage serein du bébé. La colère et la peur se mélangèrent en moi pour laisser place à une détermination féroce.
— Je ne laisserai personne lui faire du mal, dis-je d'une voix ferme. Et je récupérerai tout ce qui a été volé à mes parents.
— Dans ce cas, Mademoiselle Hayes, déclara le notaire en sortant un volumineux dossier en cuir noir, notre combat ne fait que commencer.
Pendant les semaines qui suivirent, la ville fut secouée par le scandale. L'arrestation de Marlène et Caleb fit la une des journaux régionaux. La presse ne parlait plus que de "L'Orpheline au Diplôme", devenant le symbole de la justice et du courage face à la corruption académique et familiale.
Cependant, dans l'ombre, les forces financières qui avaient orchestré la ruine de ma famille ne comptaient pas en rester là. Une nuit, alors que je berçais Noah dans mon petit appartement sécurisé fourni par le cabinet de Maître Bertrand, le téléphone sonna. Une voix rauque, modifiée par un filtre électronique, résonna à l'autre bout du fil.
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— Abandonnez les poursuites, Clara Hayes. Restituez le bébé à la famille de Saint-Germain avant la fin de la semaine, ou le tragique accident de voiture de vos parents se répètera pour vous et cet enfant.
Je raccrochai, le cœur battant à tout rompre, mais le regard brillant d'un feu nouveau. Je n'étais plus la petite orpheline apeurée. J'étais désormais une mère protectrice et l'héritière légitime de la vérité. Le procès qui s'annonçait allait devenir le théâtre d'une vengeance implacable où chaque coup porté révélerait la profondeur des secrets enfouis depuis plus de deux décennies.