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L'Ombre de la Justice / Chapter 3 / 30

Chapter 3 - L'Ombre du Passé

Les gyrophares bleus et rouges des voitures de police balayaient les façades bourgeoises de la propriété. Deux adjoints du shérif pénétrèrent dans la maison, suivis de près par le capitaine Julien Moreau. Homme de grande taille au regard perçant, Julien et moi avions partagé plusieurs années d'enquêtes complexes avant que je ne rejoigne le parquet général. Son arrival dans cette cuisine changea instantanément la dynamique de pouvoir.

« Claire », dit Julien en me serrant brièvement la main avant d'observer les dégâts dans la pièce. « Ton appel était très clair. Mes hommes ont sécurisé l'accès à l'hôpital. Maya est prise en charge par les médecins légistes. »

« Qu'est-ce que cela signifie ? » s'égosilla Daniel, tentant de retrouver son assurance. « Capitaine, cette femme est une hystérique ! Elle entre par effraction chez moi et lance des accusations calomnieuses. Ma femme peut témoigner qu'il s'agit d'un malheureux accident domestique ! »

Julien s'approcha du réfrigérateur, inspecta l'enfoncement dans la porte, puis les taches de sang projetées sur les placards voisins. En tant qu'expert en balistique et projections sanguines, son verdict ne se fit pas attendre.

« Les projections en projection ponctuelle n'indiquent pas une chute glissée, Monsieur », déclara calmement Julien. « Elles correspondent à un impact contondant direct appliqué avec une force horizontale. De plus, les rapports préliminaires des urgences viennent de tomber : votre belle-fille souffre d'une fracture double du septum nasal, d'une commotion cérébrale sévère et de traumatismes profonds aux côtes. Ce ne sont pas les séquelles d'une glissade sur un glaçon. »

Ma mère s'effondra sur l'une des chaises de la cuisine, éclatant en sanglots étouffés. Mais ce n'étaient pas des larmes de culpabilité envers Maya ; c'étaient les larmes d'une femme qui voyait le vernis de sa vie parfaite s'effriter sous ses yeux.

« Hélène », dis-je en me penchant vers elle. « Regarde-moi. Pourquoi le protèges-tu ? Ce n'est pas la première fois, n'est-ce pas ? Toutes ces fois où Maya prétendait être tombée... c'était lui ? »

Ma mère détourna la tête, le visage fermé par une obstination tragique. « Tu ne comprends rien, Claire. Tu n'as jamais rien compris à cette maison. Daniel nous a sauvé la vie financièrement après la mort de ton père. Sans lui, nous serions à la rue ! »

« Et c'est pour ça que tu lui permets de se servir de Maya comme d'un punching-ball ? » crachai-je avec dégoût.

Pendant que Julien et ses hommes menottaient Daniel malgré ses vociférations furieuses pour le conduire au poste sous le motif de coups et blessures aggravés sur personne vulnérable, je m'approchai des placards de la cuisine. Une intuition professionnelle me poussait à chercher au-delà de la violence physique immédiate. Daniel n'était pas seulement un homme violent ; c'était un manipulateur méthodique.

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Dans le tiroir du bureau de Daniel, dissimulé sous un double fond, je découvris une série de documents bancaires et de relevés de comptes au nom de Maya. En parcourant rapidement les chiffres, mon sang ne fit qu'un tour. Des centaines de milliers d'euros versés par le fonds d'État pour l'assistance handicap de Maya avaient été transférés vers une société d'investissement écran basée dans un paradis fiscal, gérée par nul autre que Daniel lui-même.

L'agression de ce soir n'était pas seulement un accès de colère brutale : Maya avait probablement découvert ce que son beau-père conspirait dans son dos.

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