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Chapter 3 - La Signature Effacée

Deux jours s'étaient écoulés depuis ma décision. Transférée dans une chambre sécurisée de la clinique privée Saint-Antoine, je récupérais progressivement l'usage de mes forces. Les ecchymoses sur mon visage commençaient à virer au jaune sombre, mais ma pensée, elle, atteignait une netteté chirurgicale.

Mara Chen s'assit au pied de mon lit, ouvrant son ordinateur portable.

— Adrian a déposé une plainte pour diffamation et tentative d'extorsion de fonds contre toi, m'apprit-elle. Il prétend devant ses associés et la presse locale que tu souffres de troubles psychiatriques graves et que tu cherches à saboter son entreprise par vengeance conjugale.

— C'est sa stratégie classique, répondis-je calmement. Il inverse les rôles. Il s'érige en victime d'une femme instable pour préserver sa réputation auprès de ses clients prestigieux.

— Exactement. Mais il ignore encore ce que nous avons préparé. As-tu validé l'ordre de blocage des comptes de la Holding Vaneau ?

— Je l'ai signé il y a vingt minutes via la clé numérique de l'avocat mandataire, confirmai-je.

Adrian avait commis une erreur monumentale lors de la création de la société six ans plus tôt. Convaincu que les formalités administratives n'étaient que de vulgaires tracasseries destinées aux subalternes, il m'avait laissé la gestion intégrale des statuts. Pour se prémunir contre d'éventuels contrôles fiscaux, il m'avait nommée gérante statutaire minoritaire mais détentrice d'un droit de veto absolu sur toutes les opérations financières excédant cinquante mille euros.

Pendant des années, j'avais gardé ce pouvoir dans l'ombre, ne l'utilisant que pour redresser ses erreurs de gestion imprudentes. Aujourd'hui, ce droit de veto devenait ma plus redoutable arme.

Soudain, mon téléphone professionnel — dont seul un cercle très restreint possédait le numéro — se mit à sonner. C'était Julien Mercier, le directeur financier de la plus grande banque partenaire du cabinet d'Adrian.

— Madame Vaneau ? demanda Mercier, visiblement très embarrassé.

— Bonjour Monsieur Mercier. Je vous écoute.

— Je vous appelle en urgence. Votre époux est actuellement dans mon bureau. Il exige un virement international de deux cent cinquante mille euros vers une filiale offshore en Suisse. Cependant, notre système informatique bloque la transaction en raison de votre veto enregistré ce matin même. Monsieur Vaneau est hors de lui, il prétend qu'il s'agit d'un dysfonctionnement technique.

Je jetai un coup d'œil à Mara, qui me fit un signe d'acquiescement.

— Monsieur Mercier, dis-je d'une voix posée et claire, ce n'est pas un dysfonctionnement. J'ai personnellement ordonné ce gel conservatoire. En tant que gérante associée et détentrice de trente-huit pour cent des parts, je refuse catégoriquement ce transfert qui constitue un abus de biens sociaux caractérisé. De plus, je vous informe qu'une procédure pénale pour violences aggravées et une ordonnance de protection sont en cours contre M. Vaneau.

Un silence lourd s'installa à l'autre bout du fil. J'entendais en arrière-plan des éclats de voix étouffés : Adrian hurlait dans le couloir de la banque.

— Je... je comprends parfaitement, Madame Vaneau, reprit le banquier, la voix tremblante. La banque gèle immédiatement l'ensemble des avoirs de la société dans l'attente d'une décision judiciaire. Nous ne pouvons pas prendre le risque d'être complices de malversations.

— Je vous remercie pour votre professionnalisme, Monsieur Mercier. Passez une bonne journée.

Je raccrochai. Mara laissa échapper un léger rire approbatif.

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— La première stocade est portée, dit-elle. Sans cet argent, Adrian ne pourra pas verser les salaires des cadres à la fin du mois, ni régler les honoraires de ses propres avocats.

— Ce n'est que le début, répondis-je en me redressant. Adrian pensait que la terreur physique suffirait à me réduire au silence. Il va découvrir que sur le terrain de la finance, il n'a jamais été qu'un amateur.

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