Chapter 2 - Le Sang sur l'Écran

La sensation du sang chaud coulant le long de son cou produisit sur Valérie un effet paradoxal : au lieu de succomber à la panique ou aux larmes, une lucidité d'acier s'empara de son esprit. Autour d'elle, la luxueuse salle à manger de Cherry Hills semblait s'être figée dans une scène de tableau macabre. Les vingt invités de la famille Vance s'étaient mués en statues de marbre complices.
Diego respirait bruyamment, la poitrine haletante, persuadé que l'acte de violence physique qu'il venait de perpétrer avait enfin brisé la volonté de son épouse. Il affichait ce sourire arrogant, propre aux hommes qui ont toujours été couverts par l'argent et le pouvoir de leur lignée.
« Tu vois où ta stupidité te mène ? » cracha-t-il à demi-mot, en rajustant les manchettes de sa chemise de marque. « Tu as voulu faire la fière devant mon père et mes associés. Tu as eu ce que tu méritais. »
Valérie ne répondit pas immédiatement. Elle sortit un mouchoir en tissu de sa pochette, essuya méticuleusement le liquide gras et le sang qui maculaient son visage, puis sortit son téléphone portable. L'écran en verre était taché de rouge, mais l'appareil fonctionnait parfaitement. Ses doigts glissèrent avec une précision chirurgicale pour composer le numéro des urgences.
En voyant le cadran s'afficher, Victoria Vance s'avança vivement, abandonnant son air hautain pour faire place à une panique mal dissimulée.
« Valérie ! Que fais-tu ? Pose cet appareil immédiatement ! » s'écria la matriarche, tentant de saisir le bras de sa belle-fille. « Il s'agit d'une dispute conjugale privée ! Ne va pas ridiculiser notre nom devant les autorités pour une simple scène de ménage ! »
« N'approche pas, Victoria », déclara Valérie d'une voix si basse et si ferme que la vieille femme s'arrêta net.
Le répondant du 911 décrocha. La voix de l'opératrice retentit dans le haut-parleur. Valérie garda un calme clinique, détaché de tout traumatisme apparent :
« Bonsoir. Envoyez immédiatement une unité d'intervention tactique et une ambulance à l'adresse suivante : 1420 Estate Drive, Cherry Hills. Mon mari vient de me porter un coup violent à la tête avec une assiette en céramique, devant toute sa famille. Je saigne abondamment et j'ai besoin d'une assistance médicale et policière urgente. Tous les adultes présents dans cette pièce sont des témoins matériels du crime. »
À cet instant précis, la dynamique dans la pièce bascula radicalement. L'évocation des « témoins matériels » et du « crime » fit sursauter Arthur Vance. L'homme d'affaires, d'ordinaire si impassible, se leva de sa fauteuil avec une pâleur soudaine.
« Coupe cette communication tout de suite, Valérie ! » ordonna Diego, faisant un pas menaçant vers elle. « Tu es en train de détruire ma carrière pour un coup de colère ! »
Valérie fixa les yeux de Diego avec une intensité terrifiante : « Fais un seul pas de plus vers moi, Diego, et je dicte ta position exacte en direct à l'opératrice. Je préciserai que tu te montres à nouveau menaçant. »
Diego se figea. Pour la première fois de sa vie, l'assurance absolue que lui conférait son nom de famille s'effondra. Il lut dans le regard de sa femme qu'elle ne bluffait pas. Elle n'était plus la partenaire docile qu'il pensait pouvoir façonner à sa guise ; elle était une adversaire redoutable qui venait d'enclencher une procédure irréversible.
C'est alors que Natalie, l'épouse du frère cadet de Diego, s'interposa brusquement entre Valérie et Diego. Le visage pâle mais le regard déterminé, Natalie fit face à son beau-frère :
« Diego, recule. Ne touche plus à cette femme. Pas une seule seconde de plus. »
« De quoi te mêles-tu, Natalie ? » tonna Arthur, la voix tremblante de rage. « Rentre chez toi avec tes enfants et tais-toi ! »
« Non, Arthur, répondit Natalie avec une voix ferme qu'on ne lui connaissait pas. Ce qui vient de se passer est inacceptable. Je ne serai pas complice de votre folie. »
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L'opératrice au téléphone confirmait l'envoi des patrouilles. Cinq minutes plus tard, les gyrophares rouges et bleus balayaient les grandes baies vitrées de la demeure. Le bruit des sirènes résonna comme un glas pour le clan Vance. La police était là, et l'illusion d'une famille intouchable venait de voler en éclats.
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