Chapter 2 - L'Appel au crépuscule

L'appartement de ma mère, situé dans un quartier paisible en bordure de Paris, était un havre de simplicité. Malgré l'immense fortune que nous avions accumulée au fil des décennies à travers Valmont Capital, Éléonore avait toujours refusé le luxe ostentatoire. Pour elle, la vraie richesse résidait dans la paix de l'esprit, la dignité et le souvenir de mon père, un brillant ingénieur trahi autrefois par le père de Charles De la Tour.
Je lui préparai une tasse de thé chaud aux plantes pendant qu'elle se changeait. Lorsqu'elle repassa dans le salon, enveloppée dans un cardigan douillet, ses yeux étaient encore rouges mais son regard avait retrouvé une sérénité impressionnante.
« Julien », me dit-elle en posant ses mains sur les miennes. « Tu as sacrifié deux ans de ta vie à jouer ce rôle d'humble consultant pour comprendre jusqu'où irait leur cupidité. Est-ce que cela en valait vraiment la peine ? »
« Ils ont détruit papa il y a vingt ans, maman », répondis-je doucement. « Ils lui ont volé ses brevets, l'ont ruiné et l'ont poussé au désespoir. J'étais prêt à pardonner si Vanessa s'était révélée sincère. Mais aujourd'hui, ils ont montré leur vrai visage. Ils n'ont aucune humanité. »
« Tu vas les détruire ? » demanda-t-elle sans colère, mais avec une touche de tristesse.
« Je vais simplement récupérer ce qui nous appartient et leur appliquer la justice qu'ils méritent. »
Pendant ce temps, dans la grande demeure des De la Tour, la fête avait tourné au fiasco. La plupart des invités prestigieux, sentant que le vent tournait, avaient prétexté des impératifs pour quitter les lieux. Charles De la Tour essayait désespérément de rassurer les quelques sénateurs et banquiers restés sur place.
« Ce garçon est devenu fou ! » tempêtait Charles en sifflant son troisième verre de whisky. « Un simple petit employé prétentieux ! Je vais m'assurer qu'il ne retrouve plus jamais un travail dans cette ville ! »
Vanessa, quant à elle, trônait dans le grand salon, la robe tachée de boue au niveau de l'ourlet. Ses amies essayaient de la consoler, mais sa colère dépassait toute mesure.
« Il a osé me rejeter ! Devant deux cents personnes ! » hurlait-elle en jetant son verre contre la cheminée en marbre. « Papa, tu dois le faire détruire ! Je veux qu'il se mette à genoux et qu'il me supplie ! »
C'est à cet instant précis que le téléphone professionnel de Charles commença à sonner. C'était le directeur général de la Banque Nationale de Paris.
Charles lissa sa veste et décrocha avec son assurance habituelle. « Bonsoir Marc ! Quelle fête extraordinaire, n'est-ce pas ? Tu as manqué le petit incident avec cet incapable de Julien, mais... »
« Charles, tais-toi et écoute-moi très attentivement », le coupa une voix paniquée à l'autre bout du fil. « La banque vient de recevoir un ordre de rappel immédiat pour votre prêt syndiqué de cinquante millions d'euros. »
Charles se figea, le verre à moitié levé. « Quoi ? De quoi parles-tu ? Le remboursement n'est prévu que dans trois ans ! »
« Le contrat stipule une clause d'exigibilité immédiate en cas de changement de contrôle de la société créancière », expliqua le banquier, la voix tremblante. « Valmont Capital vient de racheter cent pour cent des créances de votre groupe il y a dix minutes. Et leur cabinet d'avocats exige le paiement intégral avant huit heures demain matin. Sans quoi, la saisie conservatoire de tous vos actifs sera exécutée. »
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La main de Charles commença à trembler violemment. La couleur quitta son visage. « Valmont Capital ? Mais qui dirige cette entité ? Je ne les ai jamais rencontrés ! »
« Personne ne connaît le visage du président de Valmont Capital, Charles. Mais une chose est sûre : vous êtes en faillite. »