Chapter 10 - La Toile de l'Araignée

L'arrestation spectaculaire de Clara et de Marc au domaine des Ormes fit l'effet d'un séisme dans toute la région. Dès le lendemain matin, les journaux locaux titraient en première page sur le démantèlement de ce réseau d'escroquerie immobilière. Mais je savais que la justice des hommes prenait du temps et que la famille de Clara n'avait pas encore tiré ses dernières cartouches.
De retour chez moi, la maison avait retrouve sa sérénité. Ma mère prenait son petit-déjeuner dans la grande cuisine baignée de soleil. Pour la première fois depuis des mois, ses traits étaient détendus et son visage arborait un doux sourire.
— Daniel, mon chéri, dit-elle en me tendant une tasse de café fumant. Tout cela ressemble à un mauvais rêve qui s'achève. Est-ce que nous sommes vraiment tirés d'affaire ?
— Presque, Maman, répondis-je en embrassant son front argenté. L'enquête pénale est lancée. Clara et Marc sont en détention provisoire. Mais nous devons encore assainir la situation financière et faire face à sa famille.
En effet, alors même que Clara dormait en cellule, sa mère Chantal et son frère Julien n'avaient pas renoncé à sauver leurs intérêts. À dix heures du matin, mon téléphone fixa l'arrivée d'un appel provenant d'un cabinet d'avocats réputé de la capitale.
— Monsieur Daniel ? Je suis Me Berthier, conseil de Madame Chantal et de Monsieur Julien. Mes clients souhaitent organiser une réunion de médiation urgente aujourd'hui même.
— Une médiation ? répondis-je d'un ton sarcastique. Après tout ce qu'ils ont fait subir à ma mère et le détournement de mes comptes ?
— Monsieur, intervint l'avocat d'une voix feutrée, mes clients disposent de documents signés de votre main datant de votre départ aux États-Unis, qui pourraient considérablement compliquer la restitution de vos avoirs bancaires et prolonger la procédure de divorce pendant plusieurs années. Il est dans votre intérêt d'écouter leur proposition.
Je fronçai les sourcils. Des documents signés de ma main ? Qu'avaient-ils encore inventé ou falsifié ?
— Très bien, acceptai-je. Rendez-vous à quatorze heures au bureau de mon avocat, Me Laurent.
À quatorze heures précises, la salle de conférence de Me Laurent était le théâtre d'une tension palpable. Chantal était assise, tirée à quatre épingles mais le visage blême, flanquée de son fils Julien qui arborait une attitude défensive et arrogante malgré la gravité de la situation.
Me Berthier, leur avocat, posa un dossier volumineux au centre de la table.
— Messieurs, commença Me Berthier, mes clients reconnaissent que la situation avec Madame Clara est regrettable. Cependant, ils contestent formellement avoir bénéficié de fonds illicites. Selon eux, les sommes versées par Madame Clara à Monsieur Julien et Madame Chantal constituaient des avances sur héritage et des prêts consentis dans le cadre d'un accord verbal préalable avec vous, Monsieur Daniel.
— C'est un mensonge éhonté ! s'exclama Me Laurent. Mon client n'a jamais donné aucun accord verbal ou écrit pour financer le train de vie de ces personnes !
Julien sortit alors une feuille jaunie de sa sacoche et la plaqua sur la table avec un sourire vaniteux.
— Ah oui ? Et ça, c'est quoi ? Une reconnaissance de dette globale et une procuration générale signées de ta main, Daniel, la veille de ton départ pour Atlanta ! Tu m'as donné les pleins pouvoirs sur le compte d'investissement pour gérer tes affaires pendant ton absence !
Je me penchai pour examiner la feuille. C'était une procuration en bonne et due forme, portant bel et bien une signature qui ressemblait de manière troublante à la mienne.
Pendant une seconde, le doute m'assaillit. Avais-je signé ce document au milieu de la montagne de papiers administratifs que Clara m'avait fait parapher à la hâte avant mon vol ?
— Tu vois ? enchaîna Chantal avec une fausse compassion. Tu as signé cette procuration, Daniel. Julien n'a fait qu'utiliser les prérogatives que tu lui avais légales confiées. Si tu persistes à vouloir envoyer ma fille en prison et à nous réclamer cet argent, nous utiliserons ce document pour prouver que toutes les dépenses étaient autorisées par toi-même. La procédure durera dix ans et tes avoirs resteront gelés par la justice !
Julien croisa les bras, convaincu d'avoir terrassé son adversaire.
— Alors, l'ingénieur ? On fait moins le malin, maintenant. Tu nous signes un chèque de renonciation aux poursuites contre ma sœur et nous, et on oublie tout. Sinon, tu ne reverras plus jamais un centime de tes économies américaines.
Me Laurent examina le document avec une loupe de précision. Il releva la tête vers moi, un léger scintillement dans le regard.
— Daniel... te souviens-tu de la date exacte à laquelle tu as pris ton vol pour Atlanta ?
— Le 14 octobre à six heures du matin, répondis-je.
— Ce document est daté du 15 octobre, dit Laurent en tapotant le papier du bout du doigt. Et le cachet du notaire qui a prétendu enregistrer votre signature sur place porte la mention de la mairie du 8ème arrondissement de Paris. Or, le 15 octobre à neuf heures du matin, tu étais déjà sur le sol américain, en train de passer la douane à l'aéroport d'Atlanta.
Le sourire de Julien s'effaça instantanément. Chantal sursauta.
— De plus, continua Me Laurent en sortant son téléphone pour afficher un document officiel, le notaire dont le nom figure au bas de cette procuration a été radié de l'ordre il y a trois ans pour falsification d'actes publics. Vous venez de produire sciemment un faux en écriture publique devant un avocat et sous enregistrement vidéo de cette salle.
Me Berthier, l'avocat de Chantal et Julien, ferma brutalement son dossier, le visage rouge de honte et d'énervement.
— Mes clients ne m'avaient pas informé de ces détails... dit Me Berthier d'une voix sèche. Je me retire immédiatement de ce dossier.
— Attendez ! Maître ! Ne nous abandonnez pas ! hurla Chantal, paniquée.
— Vous êtes des faussaires stupides, cracha l'avocat en ramassant ses affaires et en quittant précipitamment la pièce.
Julien et Chantal se retrouvèrent seuls, face à Laurent et moi. Le piège d'extorsion qu'ils avaient voulu me tendre venait d'exploser entre leurs mains.
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— Julien... Chantal... dis-je d'une voix plus froide que la glace. Vous vouliez jouer au plus fin. Désormais, vous n'aurez plus affaire à des avocats. La police vous attend dans le hall d'entrée pour complicité d'escroquerie et usage de faux.
La toile d'araignée que cette famille toxique avait tissée autour de ma vie se déchirait brin par brin. La justice allait enfin balayer jusqu'au dernier d'entre eux.