Chapter 9 - L'Explosion du Domaine

Sans hésiter une seconde, je poussai la lourde porte vitrée du patio qui n'était pas verrouillée et m'avançai à l'intérieur du grand salon. Le bruit de mes pas sur le sol en marbre résonna au milieu de la musique de fond feutrée.
— Bonsoir à tous, lancai-je d'une voix forte et glaciale qui coupa net les conversations de la quinzaine d'invités présents.
Le temps sembla s'arrêter. Clara manqua de lâcher son verre qui tinta lourdement contre une table. Son visage devint plus blanc que sa robe.
— Daniel ?! balbutia-t-elle, les yeux écarquillés par la terreur. Mais... comment... la police devait te garder en cellule !
— La police sait parfaitement qui est la vraie criminelle, Clara, répondis-je en m'avançant jusqu'au centre du cercle formé par les invités intrigués. Et ton mandat d'arrêt vient d'être signé.
Marc Vaneau fit immédiatement un pas en avant, interposant sa silhouette massive entre moi et les documents de vente.
— Qui êtes-vous pour vous introduire ainsi dans une propriété privée ? dit Marc d'un ton menaçant. Vigiles ! Mettez cet intrus dehors !
Deux hommes trapus en costume noir sortirent de l'ombre et s'avancèrent vers moi. Mais avant qu'ils ne puissent me toucher, Sophie franchit à son tour la porte vitrée, un dossier rouge à la main.
— Pas si vite, Marc ! cria Sophie d'une voix perçante.
En voyant Sophie, Marc pâlit soudainement. L'assurance du prédateur s'effondra en une fraction de seconde.
— Sophie... qu'est-ce que tu fais ici ?
— Je viens révéler à tes charmants investisseurs la nature exacte de vos affaires ! s'écria Sophie en s'adressant aux invités fortunés rassemblés autour de la table. Mesdames et Messieurs, l'immeuble et la maison que Monsieur Vaneau tente de vous vendre ce soir font l'objet d'une saisie judiciaire pour escroquerie en bande organisée, faux en écriture et blanchiment d'argent !
Un murmure d'indignation et de panique traversa la foule des investisseurs. L'acheteur potentiel, un homme d'affaires étranger opulent, reposa immédiatement son stylo et recula de la table.
— Qu'est-ce que cela signifie, Vaneau ? demanda l'acheteur d'un ton furieux. Vous m'avez garanti que les titres de propriété étaient parfaitement purgés de tout litige !
— C'est un mensonge ! hurla Clara, prise d'une crise d'hystérie. Ce type est mon ex-mari, c'est un fou furieux et cette femme est une folle ! Ne les écoutez pas ! Signez le contrat !
— Je ne signerai rien du tout ! répliqua l'acheteur en refermant vivement son document. La transaction est annulée !
— Non ! s'écria Clara en se jetant sur la table pour attraper le dossier. C'est mon argent ! Cette maison est à moi ! Je me suis sacrifiée pendant des années avec ce misérable ingénieur, je mérite cet argent !
Elle révélait enfin toute l'immensité de sa cupidité devant tout le monde. Ses masques d'épouse dévouée, de femme chic et de victime s'étaient totalement brisés pour laisser apparaître une créature avide et sans scrupules.
Marc, réalisant que le coup d'État financier s'effondrait sous ses yeux, attrapa brusquement Clara par le bras et la secoua violemment.
— Tais-toi, imbécile ! C'est à cause de ta stupidité et de tes plaintes bidons au commissariat que tout est foutu ! Tu devais gérer ton mari, pas l'élever contre nous !
— C'est toi qui as voulu précipiter la vente ! répliqua Clara en lui crachant au visage. Tu es un incapable !
La scène de ménage grotesque entre les deux escrocs étalait leur misère morale devant l'élite de la ville qu'ils avaient cherché à impressionner.
Soudain, le hurlement strident des sirènes de gendarmerie retentit dans l'allée du domaine. Des gyrophare bleus balayèrent les grandes baies vitrées du salon.
— Personne ne bouge ! La gendarmerie ! cria une voix puissante dans des haut-parleurs extérieurs.
Les invités commencèrent à paniquer et à se disperser dans le parc. Marc tenta de s'éclipser par une porte dérobée menant aux cuisines, mais je me précipitai et lui coupai la route, le bloquant contre le mur.
— Tu ne vas nulle part, Vaneau, dis-je d'une voix basse et déterminée. Tu vas répondre de tout ce que tu as fait à Sophie, à moi, et à ma mère.
Marc essaya de me porter un coup de poing au visage, mais mes années de travail physique m'avaient donné des réflexes et une force bien supérieures aux siennes. Je parai son coup sans difficulté, lui saisis le poignet et le plaquai brutalement au sol, lui immobilisant les bras dans le dos.
Au même moment, une douzaine de gendarmes armés investirent le salon, Me Laurent à leur tête.
— Daniel ! Tout va bien ? demanda Laurent en s'approchant.
— Parfaitement, répondis-je en maintenant Marc au sol. L'escroc est maîtrisé.
Un capitaine de gendarmerie s'avança vers Clara qui essayait de se cacher derrière un rideau en velours, effondrée et en pleurs.
— Madame Clara, vous êtes placée en état d'arrestation pour dénonciation calomnieuse, tentative d'escroquerie en bande organisée et maltraitance sur personne vulnérable. Vous avez le droit de garder le silence.
Deux gendarmes lui passèrent les menottes aux poignets. Clara leva les yeux vers moi, son visage maculé de mascara coulant, ses larmes se mélangeant à sa rancœur.
— Daniel... je t'en supplie... ne me laisse pas aller en prison... Pardon... pardonnez-moi !
Je la regardai sans la moindre haine, seulement avec un détachement absolu.
— Il est trop tard pour les larmes, Clara. Le temps de payer la note est arrivé.
Alors qu'on les emmenait tous les deux vers les paniers à salade de la gendarmerie, Sophie s'approcha de moi, une larme de soulagement brillant dans ses yeux.
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— Merci, Daniel. Grâce à toi, la justice va enfin être rendue.
— Non, Sophie, dis-je en regardant les étoiles à travers la baie vitrée. C'est grâce à notre union que les monstres ont cessé de nuire. Maintenant, il est temps de reconstruire ce qu'ils ont essayé de détruire.