Chapter 15 - La Chute des Invisibles

Montmirail affichait le sourire hautain de ces hommes influents qui se croient au-dessus des lois depuis toujours. Ses deux hommes de main resserraient leur prise sur leurs armes, prêts à exécuter ses ordres glacicaux.
— Donnez-moi cette valise, Daniel, répéta Montmirail d'une voix traînante. Et peut-être serai-je assez magnanime pour vous laisser une chance de quitter la ville vivant.
Je ne bougai pas d'un millimètre. À la place, je portai lentement ma main gauche à la poche supérieure de ma veste d'ingénieur et en tirai un petit boîtier noir équipé d'un voyant lumineux rouge clignotant.
— Vous connaissez ce type de matériel, Montmirail ? demandai-je avec un calme désarmant. C'est un émetteur satellite à balise d'urgence utilisé sur les chantiers de haute sécurité aux États-Unis.
Le sourire du vicomte se figea.
— Qu'est-ce que vous racontez ?
— Cet appareil transmet en temps réel le son et la géolocalisation exacte de cette pièce au bureau du procureur de la République et à la brigade centrale de recherche criminelle depuis le moment où nous avons franchi la grille, expliquai-je. Tout ce que vous avez dit depuis trois minutes — vos menaces de mort, vos aveux sur la complicité avec Marc Vaneau et vos projets d'incendie criminel — a été enregistré et retransmis en direct à la justice.
Les deux hommes de main échangèrent des regards paniqués, leurs armes commençant à trembler.
— C'est un bluff ! hurla Montmirail, perdant son sang-froid. Tuez-les et brûlez tout !
Mais avant que les hommes de main ne puissent faire le moindre geste, un effroyable fracas retentit à l'extérieur. Les portes en bois de la dépendance volèrent en éclats sous l'impact d'un bélier tactique.
— POLICE ! NATIONALE ! N'IMPORTE QUI AU SOL ! ATERRISSEZ IMMÉDIATEMENT !
Une dizaine d'opérateurs du RAID, casqués, armés de fusils d'assaut et équipés de visées laser rouges, déferlèrent dans la pièce en une fraction de seconde. Des grenades aveuglantes explosèrent dans le jardin, illuminant la nuit d'un flash éblouissant.
Les deux hommes de main de Montmirail jetèrent leurs armes au sol et se plaquèrent le visage contre la terre battue. Montmirail lui-même, poussé par un policier d'élite, fut violemment plaqué contre le coffre-fort qu'il avait cherché à protéger.
Me Laurent et le procureur adjoint en personne entrèrent dans la dépendance, éclairés par les projecteurs tactiques.
— Bien joué, Daniel, dit le procureur en venant me serrer la main. Grâce à votre balise et à la clé USB transmise par votre avocat, nous avons pris le chef du réseau en flagrant délit de tentative d'assassinat et d'extorsion.
Montmirail, les poignets serrés dans de lourdes menottes en acier, relevât le visage, défiguré par la rage et la déchéance.
— Vous n'avez aucun droit ! cria Montmirail. Vous savez qui je suis ? Je connais le ministre ! Je ferai sauter vos carrières !
— Le ministre a lui-même signé votre mandat d'amener il y a une heure, Monsieur de Montmirail, répliqua le procureur avec un sourire froid. Votre réseau financier est entièrement démantelé. Vos comptes sont bloqués. Vous allez passer de très longues années derrière les barreaux pour haute corruption et association de malfaiteurs.
Sophie s'avança vers Montmirail, les yeux brillants d'une fierté retrouvée.
— Vous m'avez tout pris il y a deux ans, Montmirail, dit-elle d'une voix vibrante d'émotion. Aujourd'hui, c'est la vérité qui vous prend tout.
Alors qu'on emmenait le vicomte et ses sbires sous bonne garde, je récupérai la valise de documents confidentiels et la remis au procureur.
Le dernier maillon de la chaîne du mal venait de sauter. Les hommes invisibles qui se croyaient intouchables venaient d'être balayés par la force inébranlable de la vérité.
De retour dans ma voiture avec Sophie et Me Laurent, la nuit semblait enfin sereine. Le ciel s'était dégagé, laissant apparaître un tapis d'étoiles scintillantes.
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— C'est fini, Daniel... murmura Sophie en posant doucement sa main sur mon épaule. Cette fois, c'est vraiment fini.
— Oui, Sophie, répondis-je en souriant. Le passé est purgé. Le futur nous appartient.