Chapter 14 - La Menace Suspendue

Le lendemain matin, je me rendis au quartier de haute sécurité de la prison de Fleury-Mérogis pour rencontrer Henri de Saint-Germain. Assis derrière la vitre blindée, vieilli, déchu, dépourvu de ses costumes d'apparat, le vieil aristocrate ne ressemblait plus qu'à l'ombre de lui-même.
« Vous êtes venue », murmura-t-il d'une voix éraillée.
« Vous vouliez me voir », répondis-je froidement en m'asseyant en face de lui. « Vous avez cinq minutes. »
Un sourire triste et cynique étira ses lèvres pâmées.
« Vous pensez avoir tout gagné, n'est-ce pas, Hélène ? Vous pensez que punir Adrien et m'envoyer mourir dans cette cage va ramener votre père à la vie. »
« Non », répliquai-je. « Rien ne ramènera mon père. Mais savoir que ses assassins passeront le restant de leurs jours en prison me donne la force de reconstruire ce qu'il a créé. »
Saint-Germain se pencha vers la vitre, ses yeux noirs ancrés dans les miens.
« Vous ne savez encore rien de toute la vérité, petite impertinente. Adrien n'a jamais été qu'un exécutant médiocre. Mais savez-vous pourquoi votre père l'avait accepté dans la famille à l'origine ? »
Cette question me prit au dépourvu. J'avais toujours pensé que mon père avait simplement été trompé par le charme superficiel d'Adrien au début.
« Pourquoi ? » demandai-je.
« Parce que votre père avait une dette énorme envers la famille d'Adrien », me révéla Saint-Germain avec un plaisir sadique mal dissimulé. « Il y a trente ans, au tout début du développement de Mercer Biomédical, votre père a utilisé les recherches d'un jeune chercheur brillant pour déposer son premier brevet majeur. Ce chercheur n'était autre que le père d'Adrien. Il s'est suicidé peu après avoir été spolié de ses droits. »
Un choc violent m'assomma. Je restai muette, incapable de prononcer un mot.
« Adrien n'est pas venu dans votre vie par hasard, Hélène », continua le vieil homme d'une voix venimeuse. « Il est venu pour se venger. Il voulait tout reprendre à la famille Mercer. Il a volé votre cœur, votre entreprise, et il a tué votre père pour venger le sien. Vous n'étiez que le pion d'une tragédie commencée bien avant votre naissance. »
Je me levai brusquement de ma chaise, le cœur battant la chamade, submergée par une vague de vertige émotionnel.
« Vous mentez ! Mon père était un homme d'honneur ! »
May you like
« Vérifiez dans les archives secrètes de 1994 si vous en doutez », ricana Saint-Germain. « La vérité blesse toujours plus fort qu'une gifle, n'est-ce pas ? »
==================================================