Chapter 3 - L'Ombre du Passé

Dans la chambre d'hôpital baignée par la lumière blafarde des néons, l'odeur d'antiseptique remplaçait enfin la fumée toxique du barbecue. Mon poignet et ma main droite étaient enveloppés dans d'épais bandages blancs. La douleur sourde pulsait au rythme de mes battements de cœur, mais mon esprit n'avait jamais été aussi lucide.
La porte de la chambre s'ouvrit doucement. Un homme d'une quarantaine d'années, vêtu d'un costume sombre parfaitement ajusté et tenant une serviette en cuir rigide, entra. C'était Maître Marc Antoine, l'un des avocats d'affaires les plus redoutés de Paris, et surtout, l'ancien meilleur ami de mon père défunt.
« Clara, » dit-il d'une voix grave teintée d'une profonde compassion. « Comment vous sentez-vous ? »
« La douleur est supportable, Marc. Ce qui compte, c'est que le dossier soit prêt. »
Marc tira une chaise et s'assit à côté du lit. Il sortit une tablette numérique et appuya sur l'écran. La séquence vidéo du jardin s'afficha, nette et brutale. On y voyait clairement la violence du geste de Julien, son visage déformé par le sadisme, puis ma réaction fulgurante.
« La plainte pour violences volontaires ayant entraîné une ITT de plus de huit jours a été déposée, » expliqua Maître Antoine. « Julien a été placé en garde à vue dès sa sortie de la propriété. Sa mère a tenté de faire jouer ses relations au ministère, mais la vidéo a déjà commencé à circuler chez plusieurs figures clés de la finance. »
« Il sortira sous caution d'ici demain matin, » dis-je en hochant la tête. « Julien a trop d’appuis politiques pour rester enfermé plus de vingt-quatre heures pour une première infraction signalée. »
« C'est exact. Mais la véritable guerre ne se jouera pas seulement au tribunal correctionnel, Clara. C'est sur le terrain financier que nous allons lui porter le coup de grâce. Avez-vous les documents relatifs au Trust Valmont ? »
Un fin sourire s'inscriprit sur mes lèvres. « Mon père n'était pas un sot, Marc. Lorsqu'il a accepté de financer les premiers projets immobiliers de Julien il y a dix ans, il savait que Julien avait une ambition dévorante mais aucun sens moral. Il a rédigé les statuts du Trust Valmont de manière à ce que la totalité des actifs de Vance Développement reviennent à la ligne directe de ma famille en cas de faute lourde ou d'infidélité managériale prouvée. »
« Et Julien n'a jamais soupçonné l'existence de cette clause ? »
« Julien est un narcissique aveuglé par son propre ego. Il n'a lu que les premières pages du contrat où son nom figurait en tant que Directeur Général. Il pensait que ma discrétion équivalait à de la bêtise. Il s'imaginait que je signais les documents les yeux fermés. »
Marc hocha la tête avec un respect renouvelé. « Demain à neuf heures, le conseil d'administration exceptionnel est convoqué. J'ai envoyé les notifications d'urgence à tous les actionnaires minoritaires. Lorsque Julien sortira du commissariat, il pensera pouvoir étouffer l'affaire. Il ne se doute pas qu'il n'a plus aucun pouvoir dans sa propre entreprise. »
Alors que Marc se levait pour partir, mon téléphone privé vibra sur la table de nuit. Un numéro inconnu s'affichait. Je décrochai et mis le haut-parleur.
« Clara... » La voix d'Évelyne était venimeuse, tremblante de colère réprimée. « Écoute-moi bien, petite ingrate. Si tu ne retires pas ta plainte immédiatement et si tu ne fais pas un démenti public dans la presse, je révèlerai à tout le monde la vérité sur la mort de ton père. Tu penses être la seule à garder des secrets ? »
Un silence glacial s'installa dans la pièce. Marc fronça les sourcils, prêt à intervenir. Mon cœur rata un battement, mais je refusai de laisser déceler la moindre faiblesse.
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« Évelyne, » répondis-je d'une voix d'une froideur polaire. « Essayez donc. Révélez tout ce que vous voulez. Mais assurez-vous d'avoir assez d'argent pour payer les avocats de votre fils, car avant la fin de la semaine, vous serez expulsés de votre villa de Neuilly. »
Je raccrochai sans attendre sa réponse. Le jeu d'échecs était commencé, et chaque coup serait mortel.