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Chapter 7 - Les Secrets de Johannesbourg

Le ciel au-dessus de Nyota s'était teinté d'un gris plombé, annonçant l'arrivée imminente de la saison des pluies. L'atmosphère dans le sanctuaire était devenue irrespirable. Des gardes armés appartenant à une société de sécurité privée engagée par le docteur Vance patrouillaient désormais le long des sentiers, interdisant à Samuel Briggs de s'approcher à moins de cinq mètres du grillage de Jabari.

Le grand lion, sentant la détresse de son maître et l'hostilité des nouveaux venus, refusa de nouveau toute nourriture. Il demeurait couché au fond de sa tanière, les yeux fixes rivés sur la chaise pliante désormais vide où Samuel s'asseyait chaque matin.

Dans l'ombre d'un hangar technique désaffecté, Samuel, Amina et l'avocate Clara Dupont tenaient une réunion de crise secrète.

— Je n'ai pas le choix, déclara Samuel d'une voix sans appel. Je dois retourner à Johannesbourg. Je dois retrouver Marcus Thorne et récupérer cet acte d'adoption original. C'est notre unique chance de bloquer la vente des terres devant le tribunal.

— Samuel, c'est de la folie ! s'insurgea Amina. Votre santé est fragile. Ce voyage de plus de deux mille kilomètres va épuiser le peu de forces qui vous restent. Et Thorne est un homme impitoyable qui est devenu l'un des plus puissants trafiquants d'objets d'art et d'animaux de luxe de toute l'Afrique australe. Il ne vous donnera jamais ce papier de son plein gré !

— Il ne sait pas que j'ai découvert la clause de préemption, répondit Samuel avec un regard d'une intensité redoutable. Il croit que je ne suis qu'un vieillard mourant en quête de souvenirs. Je jouerai de cette illusion.

— Je viens avec vous, annonça brusquement Daniel, le jeune ranger, qui venait de monter la garde à la porte du hangar. Je connais les quartiers bas de Johannesbourg, j'y ai grandi avant de rejoindre les garde-chasses. Vous aurez besoin de quelqu'un pour protéger vos arrières.

Après de longues hésitations, le plan fut arrêté. Amina resterait au sanctuaire pour veiller sur Jabari et retarder au maximum les manœuvres de Vance et Sterling par des recours administratifs locaux. Pendant ce temps, Samuel, Daniel et Maître Dupont s'envoleraient pour l'Afrique du Sud.

Le surlendemain, après un vol harassant, Samuel se retrouvait dans les rues bruyantes et surchargées de Johannesbourg. Le contraste entre le silence auguste de la savane kényane et le fracas urbain de la métropole sud-africaine lui donna un vertige douloureux. Chaque pavé de cette ville lui rappelait le fantôme de sa grandeur passée et l'ombre de son terrible accident.

Grâce aux contacts de Daniel, ils localisèrent la résidence de Marcus Thorne : un domaine ultra-sécurisé perché sur les hauteurs du quartier huppé de Sandton. Thorne s'était enrichi en revendant à prix d'or les dépouilles de grands prédateurs et en organisant des safaris privés pour de riches oligarques.

Sous le prétexte d'une visite de courtoisie d'un ancien camarade de misère, Samuel se présenta à la grille du domaine. À sa grande surprise, Thorne accepta de le recevoir dans son vaste bureau tapissé de trophées de chasse.

Marcus Thorne était un homme corpulent, aux cheveux teints d'un noir corbeau et aux petits yeux calculateurs. Il accueillit Samuel avec une bonhommie feinte, un verre de whisky de trente ans d'âge à la main.

— Samuel ! Quelle surprise... Je pensais que tu étais mort dans un hospice de seconde zone depuis des années, railla Thorne en désignant un fauteuil en cuir. Que me vaut l'honneur de la visite du plus grand poète des lions ?

Samuel s'assit lentement, s'appuyant sur sa canne, jouant à merveille le rôle du vieillard diminué et résigné.

— Je suis au bout du voyage, Marcus, dit-il d'une voix faible et éraillée. Jabari est à Nyota, malade et mourant. Moi-même, je n'ai plus que quelques mois à vivre selon les médecins. Je ne suis pas venu pour raviver de vieilles querelles ou te réclamer des comptes pour ce qui s'est passé il y a quinze ans.

Thorne haussa un sourcil amusé, appréciant manifestement la soumission apparente de son ancien associé.

— Vraiment ? Et que viens-tu chercher alors ?

— Des souvenirs, murmura Samuel. Je veux simplement rassembler mes vieux papiers du cirque. Mes registres de dresseur, les fiches de santé originelles des lionceaux... Je veux écrire mes mémoires avant de m'éteindre. On m'a dit que tu avais conservé les archives contractuelles dans les coffres de la compagnie.

Thorne esquissa un sourire narquois, savourant sa victoire sur l'homme qu'il avait autrefois jalousé pour son talent indomptable.

— Ah, la nostalgie... Le cancer des faibles, railla le trafiquant. Très bien, Samuel. Les vieux papiers sans valeur marchande sont stockés dans le sous-sol de mon ancien entrepôt près du port sec. Je te donne l'autorisation d'y jeter un œil demain matin. Mais sache une chose : mes hommes te surveilleront. Si tu cherches autre chose que du papier jauni, tu ne quitteras pas cette ville vivant.

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Samuel hocha la tête avec une gratitude feinte. Mais au fond de son cœur, le vieil homme savait que la nuit qui s'annonçait allait être le théâtre d'un affrontement mortel.

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