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Chapter 8 - La Nuit des Trahisons

L'entrepôt abandonné de la zone portuaire de Johannesbourg ressemblait à un gigantesque squelette de métal rouillé battu par une pluie battante. L'odeur d'huile de moteur rance et de poussière mouillée rappelait à Samuel les coulisses sombres des cirques de sa jeunesse.

Accompagné de Daniel qui s'était déguisé en chauffeur du vieil homme, Samuel pénétra dans les entrailles du bâtiment sous l'œil vigilant de deux gardes armés recrutés par Marcus Thorne. Les lampes de poche découpaient des cercles de lumière blafarde au milieu des vieilles cages métalliques empilées, des décors de spectacle effrités et des caisses d'équipement abandonnées.

— Vous avez une heure, le vieil homme, gronda l'un des gardes en allumant une cigarette. Après ça, on ferme et vous dégagez.

Samuel s'avança vers le fond du hangar où s'alignaient d'anciens meubles d'archives en tôle. Ses doigts tremblants parcoururent les étiquettes moisies jusqu'à trouver le tiroir marqué au nom de l'année de naissance de Jabari.

Pendant que Daniel retenait l'attention des gardes en feignant d'avoir des difficultés à faire fonctionner une vieille lanterne à pétrole, Samuel fouilla fébrilement les dossiers jaunis par le temps. Les fiches vétérinaires se succédaient : registres de vaccination, factures de viande, bons de transport...

Soudain, ses doigts rencontrèrent une pochette en cuir épais scellée par un ruban rouge. Il l'ouvrit précautionneusement. À l'intérieur se trouvait l'acte d'adoption original, portant la signature de Samuel et le tampon officiel des services de la faune sauvage de l'époque. Mais ce qui fit sursauter le vieil homme, c'est ce qu'il découvrit glissé juste derrière le document principal.

Il s'agissait de la correspondance privée secrète échangée quinze ans plus tôt entre Marcus Thorne et... le docteur Marcus Vance !

Samuel parcourut les lettres avec une stupeur grandissante. L'accident de Lusaka, l'effondrement du pylône d'éclairage qui l'avait laissé infirme... ce n'était pas un simple coup du sort tragique provoqué par la tempête ! Vance et Thorne avaient prémédité le sabotage de la structure pour toucher la prime d'assurance colossale du cirque et forcer la dispersion des animaux les plus précieux vers des réseaux de vente clandestine.

— Mon Dieu... murmura Samuel, les larmes de rage lui montant aux yeux. Ils ont détruit ma vie, brisé mon corps et dispersé mes félins pour un chèque d'assurance...

— Qu'est-ce que tu murmures dans ton coin, le vieux ? cria le garde en s'avançant bruyamment dans l'allée.

Samuel dissimula prestement la pochette en cuir sous son manteau épais tout en saisissant un vieux registre sans valeur.

— Rien, mon ami, juste le souvenir d'un vieux spectacle... dit-il en se retournant avec lenteur.

Mais au même instant, la porte principale de l'entrepôt s'ouvrit dans un fracas métallique. La silhouette massive de Marcus Thorne apparut dans l'encadrement, encadrée par trois autres hommes armés de fusils d'assaut.

— Tu m'as toujours pris pour un imbécile, Samuel, déclara Thorne avec un rire cynique qui résonna dans tout l'entrepôt. Tu croyais vraiment que je ne me renseignerais pas sur ce qui se passe à Nyota ? Vance m'a téléphoné il y a deux heures. Il m'a tout dit sur cette fameuse clause testamentaire et cette avocate française qui furette dans les archives.

Le piège venait de se refermer d'un coup sec. Daniel porta immédiatement la main à son étui, mais les gardes le plaquèrent brutalement au sol avant qu'il n'ait pu esquisser le moindre mouvement.

Thorne s'avança vers Samuel, un revolver à la main.

— Rends-moi cette pochette, Samuel. Tu es resté le même idéaliste naïf qu'autrefois. Tu croyais vraiment que tu pouvais sauver ce lion ? Tu vas mourir ici, dans la rouille et la fange de tes souvenirs, et personne ne saura jamais ce qui s'est passé.

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Samuel Briggs fixa son traître d'ancien associé. La peur avait depuis longtemps quitté son cœur pour laisser place à une résignation absolue et enflammée. Il savait qu'il ne laisserait pas ces hommes détruire le seul être qui donnait encore un sens à ses derniers jours sur terre.

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