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Chapter 25 - Les salaires avant les fleurs

Le Salon des Trois Ormes a cessé de prendre de nouvelles réservations pendant qu'un professionnel examinait les possibilités de poursuivre l'activité. Les clients ont été informés des événements annulés et des démarches pour leurs acomptes. Certains étaient furieux. Une femme qui devait fêter ses cinquante ans au Salon a appelé directement ma maison, croyant que j'en étais la responsable.

« Madame, j'ai payé mille deux cents euros ! » a-t-elle crié.

« Je comprends votre inquiétude. Je ne gère pas cette entreprise, mais je peux vous transmettre les coordonnées du conseil qui centralise les demandes. Je vous conseille de conserver votre contrat et vos justificatifs. »

Elle a respiré plus calmement. « On m'avait dit que tout était garanti par la maison de famille. »

« C'est justement une affirmation que je conteste. Je ne veux pas vous donner une autre fausse assurance. »

Le téléphone a sonné encore douze fois ce jour-là. J'ai installé un message d'accueil qui expliquait la distinction entre le Salon et l'association, puis j'ai confié à Fadila la gestion des appels concernant La Table ouverte. J'étais fatiguée de voir une vieille femme devenir la réceptionniste involontaire des promesses faites par les autres.

Chloé et Yacine ont rencontré les interlocuteurs compétents pour présenter leurs relevés d'heures. D'autres employés ont choisi de se joindre à eux. Je les ai écoutés lorsqu'ils m'en ont parlé, sans me faire leur porte-parole. Ils voulaient des salaires, des documents exacts et une possibilité de retrouver un emploi sans que toute la ville les considère comme des fauteurs de troubles.

Le soir, j'ai écrit à la cliente des serviettes pour vérifier qu'elle avait reçu les coordonnées promises. Elle m'a répondu qu'elle préparait désormais l'anniversaire de son mari avec leurs enfants, chez elle, autour d'un album photo. Je n'ai pas pris cette réponse pour une consolation suffisante. J'étais simplement contente qu'elle ait pu choisir une autre manière de célébrer sans attendre que notre famille résolve ses dettes.

Camille a finalement accepté de communiquer les données dont elle disposait et de faire établir les décomptes. La situation financière restait difficile ; les premières sommes versées étaient inférieures aux créances réclamées, et les démarches devaient suivre leur cours. Chloé m'a dit qu'elle ne considérait pas cela comme une victoire.

Une cliente âgée est venue jusqu'à mon portail avec un carton contenant les serviettes brodées qu'elle avait commandées au Salon pour l'anniversaire de son mari. La réception n'aurait pas lieu ici, mais elle voulait récupérer ce qu'elle avait fourni elle-même. Je ne disposais pas des objets et je l'ai orientée vers la personne chargée de l'inventaire, en l'aidant à noter sa demande. Elle a soupiré. « J'avais choisi ces serviettes quand il était encore vivant. » Son mari était mort au printemps. Sa colère n'était pas seulement une question d'acompte. Je lui ai offert de s'asseoir sans lui promettre ce que je ne pouvais pas rendre.

Lorsque Chloé m'a parlé de ses heures, elle a insisté sur un détail : elle ne voulait pas que les prochains employeurs voient son nom partout associé à une dispute. J'ai demandé à Fadila de ne plus utiliser la moindre photo prise dans le Salon pour illustrer nos communiqués. Les personnes concernées devaient choisir si elles voulaient témoigner publiquement. Une histoire attire facilement l'attention lorsqu'on y montre une femme humiliée ; elle peut ensuite enfermer d'autres gens dans une image qu'ils n'ont pas choisie.

« C'est une étape », a-t-elle précisé. « J'attendrai d'avoir tout reçu pour dire que c'est fini. »

Yacine avait retrouvé des heures dans un autre restaurant. Sa mère lui avait préparé un sac de courses pour la première journée, comme lorsqu'il allait au collège. Il en riait avec tendresse. « Elle croit toujours que je vais oublier de manger. »

Cette image m'a davantage touchée que l'idée d'un procès spectaculaire. Ces personnes avaient une vie avant Camille, et elles devaient pouvoir en avoir une après. J'ai proposé à Yacine d'animer un atelier de cuisine lorsqu'il aurait du temps, payé si notre budget le permettait, et seulement après validation de l'association. Il a dit qu'il y réfléchirait.

Un matin, Camille est venue me rendre le double des clés de la buanderie, après concertation avec les personnes chargées de l'occupation et selon un calendrier convenu. Elle les a posées sur la table comme si elles pesaient dix kilos. « Je ne sais plus ce que je suis si je ne dirige pas le Salon », a-t-elle murmuré.

« Tu es une personne qui a travaillé, fait des choix et causé des dommages. Tu peux encore décider de ce que tu feras ensuite. »

« Tu pourrais me dire que je suis une mauvaise femme. Ce serait plus simple. »

« Ce serait plus simple pour moi, peut-être. Et inutile pour ceux qui attendent leur argent. »

Elle m'a demandé si je lui permettais de venir au prochain atelier de cuisine. Je lui ai répondu qu'elle pouvait s'inscrire comme participante, à condition de respecter les règles et de ne pas utiliser la séance pour promouvoir une activité. Elle a acquiescé. Je n'étais pas certaine de vouloir la croiser si tôt. J'avais néanmoins décidé que le centre social ne serait pas mon tribunal privé.

Dans l'après-midi, Marc a vendu du matériel non indispensable dans les conditions prévues par son conseil. Une part des recettes est allée aux obligations prioritaires de l'entreprise selon la procédure applicable ; il n'a pas choisi arbitrairement de rembourser sa mère avant les autres. J'ai suivi cela à distance, soulagée de n'avoir plus à improviser des décisions au-dessus des salariés et des clients.

Gabriel est venu planter des tomates sous le troisième orme. « Tu as l'air d'une directrice qui a rendu son sifflet », a-t-il plaisanté.

« Je reste la directrice de mes tomates. »

« Elles se plaignent déjà ? »

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« Elles réclament un meilleur terreau. »

Nous avons travaillé jusqu'au soir. Quand les premières fleurs blanches sont apparues sur les plants, j'ai repensé à la question de Chloé : à quoi servait une fête magnifique si ceux qui la préparaient ne pouvaient pas payer leurs courses ? Je voulais que notre prochaine célébration commence par les comptes, pas par les fleurs. Les fleurs viendraient ensuite, si nous en avions encore envie.

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