Chapter 10 - Le Masque de Verre

Je reculai doucement dans l'ombre du couloir. Les hommes n'avaient pas frappé à la porte principale ; ils montaient les escaliers à pas feutrés, cherchant visiblement à me prendre par surprise.
L'appartement de planque se trouvait au troisième étage d'un immeuble ancien. Pas d'ascenseur, mais une issue de secours menant à l'escalier d'incendie à l'arrière de la bâtisse.
Je glissai le sac sur mes épaules et m'avançai vers la cuisine. La porte de l'issue de secours était verrouillée par un loquet en fonte rouillé. Je le tirai doucement sans faire de bruit au moment même où la porte d'entrée de l'appartement fut enfoncée d'un coup de pied magistral.
« Fouillez tout ! Elle doit être encore là ! » ordonna une voix d'homme rauque à l'intérieur de la pièce.
Je me glissai sur la passerelle extérieure en métal alors que la pluie reprenait de plus belle. Descendant les marches d'incendie à toute vitesse, je m'infiltrai dans la ruelle sombre située derrière l'immeuble.
Un coup de feu étouffé par un silencieux ricoche sur la rambarde métallique au-dessus de ma tête. Ils n'étaient pas là pour m'arrêter ou m'intimider : ils avaient reçu l'ordre explicite de m'éliminer.
Je piquai un sprint à travers le dédale de ruelles jusqu'à rejoindre une grande avenue passante. Je me fondis dans la foule des piétons du matin, remontant mon col de veste pour masquer mon visage.
Vingt minutes plus tard, j'arrivai au café de la gare. Le lieu était grouillant de voyageurs pressés, l'endroit idéal pour un rendez-vous clandestin.
Julien était assis au fond de la salle, près des toilettes, une tasse de café intacte devant lui. Ses mains tremblaient légèrement. Quand il me vit approcher, un soulagement visible se lut sur son visage.
« Tu as réussi à sortir ? » chuchota-t-il alors que je m'asseyais en face de lui.
« De justesse. Ils ont envoyé des tueurs à ma planque », répondis-je à voix basse. « Ça confirme qu'ils sont aux abois. Tu as ce que je t'ai demandé ? »
Julien glissa une petite clé USB noire sous une serviette en papier et la poussa vers moi.
« Tout y est. L'ADN sous les ongles de Claire correspond à 99,9 % à celui d'Ethan Vance. Et j'ai aussi trouvé autre chose... »
Il se pencha davantage vers moi, baissant encore la voix.
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« En consultant les archives médicales confidentielles d'Ethan, j'ai découvert qu'il a été admis aux urgences il y a trois ans pour des blessures similaires. Et à l'époque, sa première femme est morte d'une "chute accidentelle" dans leur résidence de campagne... »
Mes yeux s'agrandirent. Ethan Vance n'était pas seulement un mari violent et un financier corrompu. C'était un tueur en série impuni.