Chapter 3 - L'Inattendue aux Portes du Clair-Obscur

Après le départ tumultueux de Doña Rebeca et d'Octavio, la chambre d'hôpital retomba dans un calme précaire. Les bips constants des appareils médicaux semblaient scander le rythme effréné des cœurs des trois personnes restantes. Sebastián restait immobile au milieu de la pièce, les yeux fixés sur ses propres mains, comme s'il y cherchait des traces de la trahison qu'il avait involontairement cautionnée pendant tant d'années.
Camille s'approcha du lit et posa doucement une compresse fraîche sur le front brûlant de sa sœur.
— Tu es en sécurité maintenant, Valeria, murmura-t-elle tendre. Les médecins légitimes que j'ai contactés arrivent. Personne ne te transférera dans cette clinique psychiatrique.
— Et le bébé ? demanda Valeria, la voix éraillée par la fatigue et la panique résiduelle. Où est mon fils ? Pourquoi ne me l'amènent-ils pas ?
Sebastián fit un pas vers le lit, mais s'arrêta brusquement en voyant le sursaut d'effroi de son épouse. La culpabilité le traversa comme un fer rouge.
— Je vais aller le chercher, dit-il doucement. Je te jure sur ma vie que personne ne touchera à notre fils.
— Ne me promets rien, Sebastián ! cracha Valeria avec une amertume soudaine, les larmes coulant de nouveau sur ses joues. Pendant des mois, je t'ai supplié de m'écouter ! Je t'ai dit que ta mère me donnait des boissons au goût étrange, je t'ai dit que je me réveillais avec des bleus sans me rappeler pourquoi ! Et tu m'as rit au nez en disant que j'étais paranoïaque !
— Je sais… mon Dieu, je sais, balbutia Sebastián en tombant à genoux au pied du lit. J'ai été un monstre d'aveuglement. Ma mère m'a élevé dans l'idée qu'elle seule savait ce qui était bon pour la famille. Elle m'a convaincu que ta santé mentale déclinait comme celle de ta propre mère…
— Ne parle pas de ma mère ! coupa Camille d'un ton sec. Ma mère n'était pas folle non plus, Sebastián ! Et c'est là que réside le plus grand mensonge de la famille Alcázar !
Sebastián leva la tête, sourcils froncés par le doute et l'incompréhension.
— De quoi parles-tu ? Quel rapport avec la mère de Valeria ?
Camille sortit un second document de sa veste. Une vieille coupure de presse jaunie datant de plus de vingt ans.
— Ta mère Rebeca et notre mère se connaissaient très bien avant notre naissance, expliqua Camille. Elles étaient associées dans la création de la première filiale de la holding Alcázar. Mais lorsque notre père est mort dans cet accident suspect, Rebeca a évincé notre mère en utilisant exactement la même méthode : en la faisant passer pour une déséquilibrée mentale et en la faisant interner pour récupérer ses parts sociales !
Valeria ouvrit de grands yeux shockés.
— Maman n'a jamais eu de maladie psychiatrique ?
— Jamais, confirma Camille. Rebeca a répété exactement le même scénario avec toi, Valeria. Dès que tu as épousé Sebastián et que tu es tombée enceinte, tu es devenue une menace pour son contrôle total sur l'héritage familial. Si ton enfant naissait sans que tu sois déclarée incapable majeure, la part d'actions de la holding revenait de droit à ton bébé sous ta tutelle, et non sous celle de Rebeca !
Le puzzle machiavélique prenait enfin forme. Sebastián sentit la terre se dérober sous ses pieds. Tout son empire, sa fortune, son éducation noble n'étaient bâtis que sur des crimes, des spoliations et des mensonges montés de toutes pièces par sa mère.
Soudain, un infirmier entra précipitamment dans la chambre, le visage blême.
— Monsieur Alcázar ! Docteur Laurent ! Il y a un problème à la nursery !
— Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? hurla Sebastián en se redressant.
— La couveuse du petit garçon… elle est vide ! Le pédiatre de garde vient d'autoriser la sortie de l'enfant sous la demande écrite de Doña Rebeca Alcázar !
— Non ! hurla Valeria en tentant de s'arracher les perfusions du bras pour se lever. Mon bébé ! Ils ont pris mon bébé !
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— Reste allongée ! ordonna Camille en la maintenant fermement sur le matelas. Sebastián, va le chercher ! Si ma sœur perd son enfant, je te jure que je détruirai jusqu'au dernier centime du nom Alcázar !
Sans attendre une seconde de plus, Sebastián s'élança hors de la chambre, le cœur battant à rompre dans sa poitrine, déterminé à affronter les démons de son propre sang pour sauver ce qui lui restait de dignité.