Chapter 4 - Les Secrets de la Villa Alcázar

Les couloirs de l'hôpital résonnaient des pas précités de Sebastián. Il dévalait les escaliers de secours quatre à quatre, ignorant les cris des infirmières qui lui demandaient de se calmer. Lorsqu'il atteignit le hall principal du rez-de-chaussée, il vit au loin la haute silhouette d'Octavio s'engouffrer dans une berline noire aux vitres teintées, tenant dans ses bras un couffin soigneusement enveloppé dans un plaid en cachemire.
— Octavio ! Arrête-toi ! cria Sebastián en se jetant vers les portes coulissantes en verre.
Mais la berline démara en trombe, faisant crisser ses pneus sur l'asphalte humide du parking de la clinique. Le véhicule disparut dans la nuit noire de San Pedro, laissant Sebastián seul sur le trottoir, fou de rage et de désespoir.
Il prit immédiatement son téléphone et composa le numéro de la Villa Alcázar, la somptueuse demeure familiale située sur les hauteurs de la ville. C'est le maître d'hôtel, un vieil homme nommé Mateo qui servait la famille depuis trois décennies, qui décrocha.
— Mateo ! Est-ce que ma mère est arrivée ? Est-ce qu'ils ont le bébé ?
— Monsieur Sebastián… répondit la voix tremblante du serviteur. Madame Rebeca vient d'arriver avec Maître Octavio. Ils ont installé le nouveau-né dans la suite principale. Madame a donné l'ordre strict de ne laisser entrer personne, pas même vous.
— Écoute-moi bien, Mateo, dit Sebastián d'une voix basse et menaçante. Tu vas déverrouiller la porte latérale du bureau de mon père. Je serai là dans dix minutes. Si tu obéis à ma mère, je te promets que tu finiras en prison avec eux pour complicité d'enlèvement d'enfant.
Un silence hésitant s'installa au bout du fil, puis Mateo murmura :
— La porte sera ouverte, Monsieur. Votre père n'aurait jamais cautionné ce qui se passe ce soir.
Pendant ce temps, dans la chambre d'hôpital, Camille avait réussi à calmer Valeria et à lui administrer un anti-douleur léger. Valeria, le visage creusé par l'angoisse, tenait la main de sa sœur.
— Il ne reviendra pas avec mon fils, Camille… La famille Alcázar a trop de pouvoir. La police ne fera rien contre eux.
— La police traditionnelle peut-être, répondit Camille avec un sourire énigmatique. Mais nous ne sommes plus seules, Valeria. Pendant les années où j'étais tenue à l'écart, je n'ai pas seulement pleuré sur notre sort. J'ai rassemblé des alliés. Des anciens employés démis par Rebeca, des détectives privés et surtout… le journal intime de ton beau-père, feu Fernando Alcázar.
Valeria fronça les sourcils.
— Le père de Sebastián ? Mais il est mort d'une crise cardiaque il y a dix ans !
— C'est ce que Rebeca a fait croire à tout le monde, révéla Camille d'un ton ténébreux. Fernando avait découvert les malversations financières de sa femme et son plan pour évincer les héritiers légitimes. Il a tout consigné dans un journal caché dans le coffre-fort de sa propriété secondaire. C'est ce journal qui nous donnera les moyens de les faire chanter s'ils refusent de me rendre ton bébé.
Quinze minutes plus tard, la voiture de Sebastián s'arrêta brusquement devant les grilles en fer forgé de la Villa Alcázar. Évitant l'allée principale éclairée par de puissants projecteurs, il s'engouffra dans le parc sombre et rejoignit la porte latérale du bureau. Comme promis, le verrou était tiré.
Il s'introduisit à l'intérieur de la gigantesque demeure. La maison était silencieuse, mais une lumière tamisée filtrait du salon du premier étage. Sebastián monta les escaliers à pas de loup, le cœur au bord des lèvres. En s'approchant de la suite de sa mère, il entendit une conversation feutrée entre Rebeca et Octavio.
— Tout est sous contrôle, disait Octavio. Le pédiatre a signé le certificat prétextant une détresse maternelle nécessitant le transfert immédiat de l'enfant sous la garde de sa grand-mère. La presse n'en saura rien.
— Parfait, répondit la voix glaciale de Rebeca. Quant à Sebastián, il finira par entendre raison. Il a toujours été faible, tout comme son père. Il suffira de lui donner quelques parts sociales supplémentaires pour qu'il oublie cette fille sans importance.
Sebastián serra les poings à en faire blanchir ses articulations. Entendre sa propre mère parler de lui avec tant de mépris acheva de briser le dernier lien d'affection filial qu'il ressentait pour elle.
Se glissant le long du couloir, il atteignit la chambre d'amis adjacente où le berceau avait été déposé. Un petit bébé emmailloté y dormait paisiblement. Sebastián s'approcha, les larmes aux yeux, et prit délicatement son fils dans ses bras.
May you like
— Je te le promets, mon ange, dit-il à voix basse, plus jamais personne ne te séparera de ta mère.
Mais alors qu'il se retournait pour prendre la fuite, la lumière du couloir s'alluma brusquement. Doña Rebeca se tenait sur le seuil, un pistolet de collection gravé à la main pointé exactement sur le cœur de son propre fils.