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Chapter 22 - L'Ultime Souffle de la Reine

Si Victor avait choisi la voie de la résignation et du repentir forcé, il n'en allait pas de même pour Lorraine Mercier.

Rongée par l'amertume, la haine et l'isolement dans sa prison de haute sécurité, la santé de Lorraine s'était rapidement détériorée au cours des mois suivants. Atteinte d'une maladie cardiaque sévère qu'elle avait refusé de faire soigner par fierté, elle fut transférée en urgence à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes au début de l'hiver.

Un après-midi de décembre, alors que la neige commençait à tomber doucement sur Paris, je reçus un appel surprenant du médecin-chef de l'hôpital carcéral.

« Madame Vance ? » demanda le médecin. « Je vous appelle concernant Mme Lorraine Mercier. Son état s'est dégradé de manière irréversible ces dernières vingt-quatre heures. Les médecins estiment qu'il ne lui reste que quelques heures à vivre. »

« Pourquoi m'appelez-vous, docteur ? » répondis-je froidement. « Elle a un fils. »

« Son fils a refusé de se déplacer », expliqua le médecin. « Mais Mme Mercier insiste depuis ce matin pour vous voir, vous ou votre fille. Elle prétend détenir un dernier document confidentiel concernant la succession de votre défunt mari qu'elle souhaite remettre en main propre avant de mourir. »

Je restai un moment silencieuse. Était-ce un ultime piège ? Une dernière tentative de manipulation d'une femme à l'agonie ?

Je décidai de m'y rendre seule, sans en informer Emily pour lui épargner cette vision macabre.

À dix-huit heures, je me présentai dans la chambre sécurisée de l'hôpital. Lorraine était allongée sur un lit médicalisé, reliée à plusieurs moniteurs cardiaques. L'ancienne femme du monde si élégante et redoutable n'était plus qu'une ombre desséchée, au teint cireux et aux yeux enfoncés dans leurs orbites.

Lorsque je m'approchai du lit, elle ouvrit péniblement les paupières. Un râle s'échappa de ses lèvres.

« Margaret... », murmura-t-elle d'une voix éraillée. « Tu es venue... »

« Je suis là, Lorraine », dis-je d'un ton neutre, debout au pied du lit. « Qu'avez-vous à me dire ? »

Lorraine laissa échapper un rire faible et amers qui se transforma en une quinte de toux.

« Je voulais... te voir une dernière fois... », souffla-t-elle en luttant pour chaque inspiration. « Je voulais... savoir si tu te sens victorieuse... »

Je fis un pas vers elle. « Il n'y a pas de victoire dans la souffrance, Lorraine. Vous avez passé votre vie à détruire les autres pour masquer vos propres vides. Vous finissez seule, dans une chambre surveillée par des gardes. C'est cela, la seule réalité de votre existence. »

Lorraine me fixa avec un reste de haine dans le regard, mais ses yeux commencèrent à se voiler.

« Je n'ai... jamais rien regretté... », murmura-t-elle dans un dernier souffle avant que le moniteur cardiaque ne laisse entendre un bip continu et strident.

Les médecins s'empressèrent d'entrer dans la chambre pour constater le décès.

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Je sortis dans le couloir glacial. La reine des escrocs venait de s'éteindre dans l'indifférence la plus totale, emportant avec elle son venin et ses secrets.

En regagnant ma voiture sous la neige tombante, je ressentis un soulagement immense. La page la plus sombre de notre histoire était définitivement tournée. L'ombre de Lorraine Mercier ne s'étendrait plus jamais sur nos vies.

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