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Chapter 12 - La déposition sous tension

Trois semaines plus tard, la phase des dépositions préliminaires s'ouvrit au tribunal de grande instance de Chicago. La salle d'audience était bondée de journalistes, de curieux et d'avocats.

Preston fut introduit dans la salle par deux gardes armés, portant la tenue grise des prévenus en détention provisoire, les fers aux chevilles. Il avait perdu son superbe hâle, ses cheveux étaient ébouriffés et ses yeux cernés traduisaient des nuits d'angoisse. Mes parents, Victor et Hélène, assidaient au premier rang du public, le visage cadavérique, vêtus de sombres habits sobres pour tenter de faire pitié au juge.

Le juge Harrison, un homme d'une soixantaine d'années réputé pour son inflexibilité face à la corruption, frappa de son marteau pour ouvrir la séance.

— Nous entendons aujourd'hui les témoins principaux dans l'affaire de l'État contre Preston Vance et Victor Vance, déclara le juge. La défense a demandé à interroger Mme Évelyne Vance.

Je m'avançai vers la barre, le pas ferme, vêtue d'un tailleur sombre et élégant. Je posai la main sur la Bible et prêtai serment de dire toute la vérité.

L'avocat de la défense, Me Sterling, s'avança vers moi avec un sourire carnassier, tentant sa dernière manœuvre de déstabilisation :

— Mme Vance, commence-t-il d'une voix mielleuse. N'est-il pas vrai que depuis la mort de votre époux, vous traversez d'immenses difficultés financières ? N'est-il pas vrai que vous ressentiez une profonde rancœur envers votre frère Preston qui, lui, réussissait brillamment dans les affaires ?

— Mon frère ne réussissait pas dans les affaires, Maître Sterling, répondis-je d'une voix claire qui porta dans toute la salle. Mon frère volait l'argent de ma fille orpheline pour payer ses dettes de jeu.

Des murmures parcoururent le public. Me Sterling se rembrunit :

— Répondez à la question ! Vous vous êtes disputée avec votre frère au sujet de son téléphone ce soir-là parce que vous cherchiez un prétexte pour gâcher son mariage !

— Non, intervins-je fermement. Mon frère a glissé cet appareil dans la veste d'une enfant de huit ans pour monter une mise en scène grotesque. Et quand j'ai osé lui tenir tête pour protéger mon enfant, il a pris un panneau de bois de cinq kilos et a frappé Sophie à la tête.

— C'était un mouvement involontaire ! s'écria Sterling. Une réaction de surprise face à votre agressivité !

— Involontaire ? répétai-je.

Je me tournai vers le grand écran de la salle d'audience où Me Antoine venait de lancer la vidéo de surveillance en haute définition.

— Regardez cette image, Maître. Regardez le visage de mon frère. Il lève le panneau à deux mains, prend son élan et frappe de toute sa force vers le bas sur le crâne d'une fillette qui mesure un mètre vingt. Est-ce cela que vous appelez un mouvement involontaire ?

Dans la salle, le silence était total. La précision de mes réponses et la brutalité incontestable de l'image vidéo réduisaient à néant toutes les tentatives de la défense d'inverser les rôles.

Me Sterling tenta une dernière question, acculé :

— Et vos parents ? Prétendez-vous aussi qu'ils sont complices de cette prétendue violence ?

Je fixai Victor et Hélène au premier rang. Pour la première fois de ma vie, je ne ressentais plus aucune crainte, plus aucun besoin de leur approbation. Seulement un dégoût serein.

— Mes parents ont regardé leur petite-fille saigner sur le sol et ont demandé de nettoyer le tapis avant de m'ordonner de partir pour ne pas gâcher la fête, répondis-je sans ciller. Ils ont préféré protéger le monstre qu'ils avaient élevé plutôt que de porter secours à une enfant innocent. Ils sont tout aussi coupables que lui.

Un brouhaha d'indignation monta de l'assistance. Le juge frappa de son marteau pour réclamer le calme, tandis que ma mère Hélène fondait en larmes sous les regards méprisants de la foule.

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La déposition s'achevait sur une victoire écrasante pour la vérité.

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