Chapter 12 - Le bébé n'est pas un argument

À ma visite prénatale suivante, j'emportai mes nouvelles coordonnées et une liste de questions. Je voulais savoir comment protéger la confidentialité de mon dossier, quels symptômes devaient me faire revenir et comment préparer l'accouchement alors que je ne souhaitais pas la présence d'Ethan. La sage-femme, Hannah Lee, me laissa parler sans regarder l'horloge. Elle ne me promit pas que tout serait simple. Elle confirma cependant qu'on pouvait consigner mes préférences, identifier les personnes autorisées à recevoir des informations et prévoir un accompagnement adapté.
« Je voudrais que Camille soit avec moi », dis-je. « Mon père attendra dehors s'il le faut. »
« Vous pourrez nous préciser vos choix et les adapter le moment venu », répondit-elle. « Ce qui compte, c'est que vous puissiez les exprimer sans pression. »
Je touchai mon ventre. Je connaissais déjà les petites habitudes de ma fille : elle bougeait davantage lorsque je mangeais une poire, se calmait parfois quand je lui chantais faux et choisissait toujours les rendez-vous les plus sérieux pour donner des coups de pied contre le ventre de sa mère. Elle n'était pas une preuve dans mon dossier. C'était une enfant, encore à naître, à qui je voulais offrir une maison où personne ne devrait mériter son petit déjeuner.
Ethan fit transmettre à Rachel un projet d'organisation familiale. Il évoquait mes « difficultés émotionnelles », demandait à être informé de tous mes rendez-vous et suggérait que Margaret nous héberge après la naissance. Il ne s'agissait pas d'une décision de justice, mais la présentation voulait donner l'impression qu'une procédure était déjà gagnée. Rachel m'expliqua ce qui pouvait réellement être demandé et contesté selon les règles applicables. Je lui répondis que je souhaitais un cadre sûr, pas une guerre où notre fille servirait de trophée.
Je me souvenais du jour où Ethan avait appris ma grossesse. Nous étions assis sur le carrelage de la salle de bains, le test entre nous. Il avait ri, pleuré et téléphoné à sa mère avant même que je lui dise que j'aurais préféré attendre quelques jours. Margaret était arrivée le soir avec un catalogue de berceaux et un médecin à me recommander. J'avais pris sa sollicitude pour de la générosité. Peu à peu, elle avait commencé à réserver des rendez-vous, à demander les comptes rendus et à parler de « notre bébé ». Chaque fois que je protestais, Ethan me répondait qu'elle était seule depuis la mort de son mari et qu'il fallait lui laisser une place. Une place était devenue toutes les places.
À présent, en face de la sage-femme, je réalisai que je ne connaissais presque plus mes propres préférences. Je savais exactement quelle clinique Margaret admirait, quel prénom elle détestait et quelle couleur de poussette Ethan trouvait élégante. Je ne savais pas encore si je voulais écouter de la musique pendant l'accouchement. Hannah Lee me dit que je pouvais y réfléchir et changer d'avis. Ce droit de ne pas savoir immédiatement me parut immense. Je sortis un stylo et écrivis une question sur ma liste : « Que puis-je choisir aujourd'hui, sans que cela m'engage pour toujours ? » La sage-femme prit le temps de m'expliquer les décisions qui pouvaient rester ouvertes.
« Vous n'avez pas à déterminer aujourd'hui toutes les modalités des années à venir », dit-elle. « Nous traiterons les besoins immédiats, puis les décisions suivantes. »
Je lui demandai s'il était normal d'avoir peur qu'un père puisse aimer son enfant et maltraiter sa mère. Rachel ne me donna pas de réponse universelle. « On peut distinguer les sentiments déclarés, les actes constatés et les mesures nécessaires à la sécurité. Vous pouvez demander que ces questions soient examinées sérieusement. » Cette distinction me soulagea davantage que si elle m'avait juré qu'Ethan ne verrait jamais notre fille. Je ne voulais plus de promesses impossibles à tenir.
Sur le chemin du retour, Camille s'arrêta acheter des couches. Nous étions dans le rayon des produits pour bébé quand une femme nous reconnut : une invitée du gala, qui habitait le quartier. Elle me demanda si les rumeurs concernant ma santé étaient vraies. Sa voix était douce, mais elle bloquait le passage avec son chariot. « Margaret s'inquiète tellement pour vous », dit-elle.
Je respirai. « Ma santé relève de ma vie privée. Merci de nous laisser passer. »
« Je voulais seulement aider. »
« Vous pouvez aider en ne répétant pas de suppositions. »
Elle s'écarta, vexée. Mes jambes tremblaient lorsque nous atteignîmes la caisse. Camille me proposa de finir les achats seule ; je refusai. Je voulais choisir moi-même la couleur d'un bonnet, et je la choisis. Un jaune pâle, presque identique à la robe que je portais le jour où papa m'avait retrouvée. J'avais le droit de reprendre cette couleur aux souvenirs qui lui collaient à la peau.
Le soir, Samuel apporta un vieux livre pour enfants. Il avait appartenu à ma mère et contenait une histoire de renarde qui apprenait à laisser ses petits explorer la forêt. « Je l'ai retrouvé dans le garage », dit-il. « J'ai pensé que ça pourrait te plaire. Mais tu n'es pas obligée de le garder. » Je parcourus les pages, touchant les coins usés. Maman avait écrit à l'intérieur : « À Léonie, pour qu'elle sache que rentrer à la maison n'interdit pas de repartir. »
« Elle savait toujours trouver les mots », murmurai-je.
« Pas toujours », dit papa. « Une fois, elle m'a dit que je devrais peut-être apprendre à écouter avant de répondre. C'était moins élégant, mais exact. »
Je ris et lui demandai de me raconter comment ils avaient choisi mon prénom. Nous sommes restés longtemps à parler de leur première petite maison, de la pluie qui entrait par une fenêtre et des repas improvisés sur une caisse de livres. Le souvenir d'une famille ordinaire était un antidote à l'idée qu'une famille devait être riche, impeccable et secrète pour avoir de la valeur.
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Au moment de partir, papa me tendit un dossier. Il contenait uniquement les documents que je lui avais demandé de garder : les lettres renvoyées, le contact de Diane et les coordonnées de Rachel. « C'est à toi », dit-il. « Je ne veux pas devenir la nouvelle personne qui décide où se trouvent tes papiers. »
Je rangeai le dossier dans mon sac. Pour la première fois, je fis la liste de ce qu'il me faudrait à la maternité sans consulter la version préparée par Margaret. J'inscrivis : pyjama, chargeur, couverture jaune, carnet bleu neuf. Puis, en bas, une phrase que je n'avais jamais osé mettre dans un plan : « Les personnes présentes seront celles que j'ai choisies. »