Chapter 16 - La chambre repeinte

L'établissement annonça la fin des « travaux d'embellissement » dans l'aile B. Sur les photographies publiées en ligne, les murs étaient vert tendre, les fenêtres ouvertes, les meubles espacés pour laisser passer les fauteuils. La porte verte avait disparu sous une couche de peinture blanche. À première vue, on aurait dit la brochure d'un endroit où l'on pouvait vieillir paisiblement. J'aurais voulu que ces images prouvent un véritable changement ; elles prouvaient seulement qu'on avait repeint des murs.
Layla refusa de participer à une visite promotionnelle. « Ma grand-mère choisira si elle veut y retourner. Et elle ne veut pas qu'on utilise son visage dans leur publicité. » Elle demanda à l'établissement de retirer une ancienne photographie d'Ida publiée sans que son souhait actuel ait été vérifié. Le centre le fit après plusieurs échanges. C'était une petite victoire, une de celles qui n'intéressent pas les caméras et qui permettent pourtant à quelqu'un de respirer.
Sanaa me raconta que les salariés avaient reçu un nouveau questionnaire sur leurs conditions de travail. Elle n'y voyait pas la fin du problème. « Quand une direction demande si vous avez peur de signaler un incident et exige votre nom en haut de la feuille, ce n'est pas rassurant », remarqua-t-elle. Elle avait sollicité des conseils sur la manière de présenter ses inquiétudes sans exposer inutilement ses collègues. J'admirais sa persévérance. Elle n'avait pas quitté le centre par goût du scandale ; elle voulait pouvoir exercer son métier sans tricher avec les horaires.
Rachel me transmit ensuite une liste de documents que les personnes chargées du contrôle cherchaient à réunir. Il s'agissait notamment des plannings, des contrats de maintenance, des registres de visites et des explications sur l'utilisation de certaines pièces. Je n'avais pas accès à ces documents, et cela ne me fut pas reproché. Je décrivis simplement l'usage réel que j'avais observé. Je me souvenais d'avoir dû déplacer des chaises pour laisser passer le fauteuil d'Ida, de la porte toujours fermée devant les visiteurs et d'un bruit de cloche dans un couloir pourtant présenté comme vide.
Un jour, quand j'étais encore salariée, j'avais tenté d'ouvrir cette porte pendant ma pause. Ethan m'avait surprise. « Tu cherches quelque chose ? » avait-il demandé. « Les archives », avais-je répondu. Il avait ri : « Maman garde ses vieux papiers comme d'autres gardent des bijoux. Tu pourrais au moins éviter de jouer les détectives. » Ce souvenir n'était pas un aveu, mais sa légèreté me faisait mal. Il savait rendre une inquiétude ridicule avant même d'avoir à y répondre.
Margaret adorait les photos avant/après. Une moquette remplacée devenait une renaissance, un mur repeint prouvait une transformation de la culture d'entreprise. À mon arrivée, j'avais participé à une campagne de ce genre, persuadée qu'un lieu agréable pouvait aider les résidents. Cela restait vrai : la lumière, le bruit, la disposition des meubles comptent. Ce qui me dérangeait maintenant, c'était la manière dont les images prétendaient mesurer ce qu'elles ne montraient pas. Un couloir lumineux ne disait rien du temps d'attente après un appel. Un fauteuil neuf ne révélait pas si une personne avait choisi de s'y asseoir. J'écrivis cette réflexion pour la prochaine réunion des familles, sans demander qu'on retire les photos du site. Je voulais seulement qu'on ne les prenne plus pour des réponses.
Camille me demanda comment j'aménagerais une chambre si j'avais le choix. Je lui parlai de fenêtres accessibles, d'un éclairage que chacun pourrait régler, de petites étagères assez basses pour les objets personnels. « Et un espace où les familles ne seraient pas regardées comme des inspecteurs », ajoutai-je. Elle me fit remarquer que les proches pouvaient aussi être envahissants. Je reconnus qu'elle avait raison : l'autonomie d'Ida impliquait parfois le droit de dire non à Layla, même si sa petite-fille venait de loin. Nous dessinâmes ensemble une chambre imaginaire, sans budget ni directeur. Elle n'était pas parfaite, mais la première question y était toujours : « Qu'est-ce que vous préférez ? »
Au milieu de la semaine, Nora me proposa une rencontre dans un parc. Elle venait de recevoir des informations sur une procédure concernant son emploi et avait besoin de parler d'autre chose que de lettres recommandées. Nous nous assîmes sur un banc à l'ombre d'un grand chêne. Elle me raconta qu'enfant, Ethan l'accompagnait chaque matin à l'école et mettait dans son sac la moitié de son goûter. « Il n'a pas toujours été comme ça », dit-elle.
« Il a été gentil avec moi aussi », répondis-je. « C'est une des raisons pour lesquelles j'ai mis du temps à comprendre. Je n'ai pas épousé un panneau où il était écrit danger. J'ai épousé un homme capable d'être attentionné, puis capable de fermer une porte sur moi. »
Nora regarda les promeneurs. « Je crois que maman a peur de vieillir et de perdre le centre. Elle s'est tellement accrochée à l'idée d'être indispensable qu'elle ne supporte plus les gens qui lui disent non. »
« Sa peur n'autorise rien de ce qu'elle a fait. »
« Je le sais. J'essaie de ne plus lui trouver des excuses. »
Je lui demandai si elle avait choisi un travail pour la suite. Elle avait déposé sa candidature à l'accueil d'une association d'aide à domicile. « J'ai peur d'y apporter toutes mes mauvaises habitudes », avoua-t-elle. « Alors, pendant l'entretien, j'ai parlé de ce que je voulais apprendre : demander aux personnes ce qu'elles souhaitent au lieu de décider pour elles. » Je lui souhaitai bonne chance. Notre relation n'était pas réparée, mais elle commençait à tenir sur autre chose que notre appartenance à la famille Price.
Le jeudi, l'association de familles organisa une réunion dans une salle municipale. Les participants discutaient des conséquences possibles des contrôles : certains voulaient un changement de gestion, d'autres redoutaient un transfert immédiat. Un homme s'emporta en accusant tous les soignants. Sanaa, présente au fond de la salle, demanda la parole. « Quand un poste reste vacant, ceux qui travaillent encore se retrouvent seuls devant des besoins qu'ils ne peuvent pas satisfaire. Ce n'est pas une excuse pour mentir. C'est une partie du problème qu'il faut corriger. » Les voix baissèrent. On décida de rassembler des questions précises à transmettre à l'autorité chargée du suivi.
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Je proposai d'aider à rédiger la liste. Pas de slogans : qui informerait les familles, comment les résidents exprimeraient-ils leurs préférences, quel accompagnement serait prévu si certains devaient partir ? Ida, consultée par Layla, fit ajouter une question qui déclencha quelques sourires : « Qui s'occupera de remettre les lunettes à celles et ceux qui en ont besoin avant de leur demander de signer quoi que ce soit ? »
En rentrant, je trouvai une enveloppe glissée sous la porte de Camille. À l'intérieur, une photographie de l'aile B après rénovation, prise avant sa publication officielle. Au dos, quelqu'un avait écrit : « Regardez la fenêtre de la chambre 214. Les rideaux ont été changés, pas ce qu'il y a derrière. »