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Chapter 14 - La sœur qu'ils voulaient opposer

Je n'avais pas de sœur. Camille était ma cousine, élevée presque comme moi par les mêmes grands-parents, et la phrase d'Ethan cherchait de toute évidence à introduire un doute. Je retournai la photographie. On m'y voyait devant le bureau de Margaret, un dossier dans la main. Dans le reflet de la vitre apparaissait une femme aux cheveux courts, vêtue d'un manteau rouge. Je crus d'abord reconnaître Camille, puis je remarquai qu'elle portait une carte d'identification du centre. Camille n'y avait jamais travaillé.

« Ce n'est pas toi », dis-je en lui montrant la photo.

Elle éclata d'un rire sec. « Il commence à inventer des membres à ta famille ? » Puis elle examina le reflet. « Attends. Je connais cette femme. Elle est venue à la librairie chercher des ouvrages sur le droit des personnes âgées. Elle s'appelle Alice, je crois. »

Le souvenir se précisa : Alice Mercer, assistante administrative temporaire embauchée quelques semaines avant l'incident. Elle m'avait demandé comment obtenir des livres à gros caractères pour une résidente. Nous avions échangé deux phrases en salle de repos. Je ne savais pas pourquoi Ethan voulait l'associer à Camille. Au lieu de construire une théorie, j'envoyai la photo à Rachel, qui me conseilla de conserver l'original et de noter les questions sans contacter la femme de manière insistante.

Le lendemain, Camille retrouva dans les archives de sa librairie une commande au nom d'Alice Mercer. La facture portait une adresse de livraison publique liée à un service social, pas une information que nous avions besoin d'exploiter. Elle se rappela surtout la conversation : Alice avait demandé un livre sur les droits des patients parce que « quelqu'un lui disait que les plaintes faisaient fermer les établissements ». Cette phrase ressemblait tellement au discours de Margaret que je fus tentée d'y voir une alliée cachée. Camille secoua la tête. « Elle achetait un livre. C'est tout ce qu'on sait. »

La librairie de Camille occupait un ancien magasin de tissus. Le plancher grinçait près de l'entrée, un chat du quartier venait dormir sous la vitrine et les habitués laissaient parfois des recommandations manuscrites dans les rayons. J'avais passé des après-midi entiers dans cette boutique pendant mes études, avant de rencontrer Ethan. Camille me confiait la caisse lorsqu'elle devait s'absenter, et j'aimais discuter avec des clients qui cherchaient un livre sans connaître le nom de son auteur. La retrouver au travail me rappela que nous avions une histoire commune que mon mari n'avait pas créée et ne pouvait pas modifier à l'aide d'une photographie prise dans une vitre.

Nous avons parlé d'Alice tout en rangeant les dernières commandes. Camille se rappela qu'elle avait payé son livre en espèces et demandé qu'on n'envoie aucune publicité à son adresse. À l'époque, elle avait simplement respecté ce souhait. Maintenant, elle se demanda si Alice avait peur qu'on découvre ses lectures. « Ou si elle n'aime pas recevoir des prospectus », répondis-je. Nous avons ri de notre tendance nouvelle à transformer un reçu en énigme. Puis Camille me dit : « Je veux bien répondre à toutes tes questions sur moi. Mais promets-moi qu'on gardera aussi le droit de parler de romans nuls et de chats. » Je lui promis de faire un effort, sans prétendre que la méfiance s'éteindrait en un soir.

Nora appela dans l'après-midi. « Ethan a dit que tu accuserais bientôt tout le monde, même Camille. Il m'a demandé si je pouvais trouver une photo d'elle près du centre. » Je lui racontai ce que nous avions reçu. Elle resta silencieuse un moment. « Il essaie de t'isoler des derniers gens qui te croient. Maman faisait ça quand nous nous disputions. Elle prenait un détail réel et elle le posait au milieu de la pièce jusqu'à ce qu'on se déchire autour. »

Je regardai Camille, occupée à empaqueter un livre. « Il faudra plus qu'un reflet pour nous séparer », dis-je. Mais je savais qu'une certitude proclamée trop vite pouvait être fragile. Je décidai de raconter à Camille mon doute initial, sans honte. Elle ne se vexa pas. « Si tu as une question sur moi, pose-la. Je préfère une question désagréable à un silence qui grandit. »

Le soir, Alice elle-même contacta Rachel. Elle avait appris que son nom circulait et souhaitait expliquer ce qu'elle avait observé pendant son contrat. Un rendez-vous fut organisé dans un cadre approprié. Je n'assistai pas à toute sa déclaration, mais elle accepta de me parler brièvement ensuite, en présence de l'avocate. Elle avait pris la photographie parce que Margaret lui avait demandé de documenter les déplacements d'employés « susceptibles de voler des dossiers ». Elle l'avait fait, puis avait quitté le centre lorsque la direction avait commencé à lui réclamer des copies de messages personnels.

« Je n'ai jamais rencontré votre cousine au travail », dit-elle. « Votre mari voulait une photo qui vous montre près du bureau un soir où il prétendait que vous étiez ailleurs. Je ne savais pas à quoi il comptait l'utiliser. »

« Pourquoi venir parler maintenant ? »

Elle fixa ses doigts. « Parce que j'ai travaillé assez longtemps dans des bureaux pour savoir que des dossiers peuvent mentir si personne ne dit comment ils ont été constitués. »

Alice ne nous donna pas de copie de documents confidentiels. Elle promit d'expliquer son rôle aux personnes compétentes. Elle admit qu'elle avait eu peur pour son emploi et qu'elle s'en voulait d'avoir photographié des collègues à leur insu. Son témoignage ne me transformait pas en innocente parfaite ni Margaret en caricature ; il éclairait simplement un procédé concret : produire des images isolées, puis laisser les autres imaginer ce qu'elles démontrent.

Le lendemain, Samuel m'accompagna à une promenade près d'une aire de jeux. Nous regardâmes des enfants poursuivre un ballon. « Tu as toujours aimé les enquêtes », dit-il. « Quand tu avais neuf ans, tu as retrouvé qui prenait les biscuits dans le placard. »

« C'était toi. »

« J'avais une méthode remarquable, jusqu'à ce que tu remarques les miettes sur mon uniforme. »

Je souris, puis lui demandai s'il avait quelquefois soupçonné maman à tort. Il admit que oui, surtout pendant ses absences. « Quand on ne parle pas, on remplit les blancs avec ce qui nous arrange. J'ai laissé Ethan remplir les blancs à ta place. Je ne veux plus le faire. »

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En rentrant, je trouvai un message de Layla : Ida avait demandé officiellement que ses souhaits concernant son lieu de vie soient réexaminés avec sa petite-fille et un interlocuteur indépendant. Elle ne voulait plus revenir dans l'aile fermée. « Elle m'a aussi demandé de te dire de terminer notre chanson », ajouta Layla.

J'ouvris une application de musique et cherchai le morceau que nous répétions depuis des semaines. Ses premières mesures me firent sourire. Puis je vis un message d'Ethan : « Tu peux me haïr. Mais demande à Margaret qui a signé la première facture Riverton. Tu verras que je n'ai pas commencé ça. »

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