Chapter 9 - La chute du titan

La déclaration d'Elena devant le Tout-Paris résonna comme un coup de tonnerre dans le monde des affaires. Le lendemain dès la première heure, les marchés financiers réagirent avec une violence inouïe. Les révélations sur la tentative d'escroquerie de Julian Mercer provoquèrent un effondrement immédiat du cours de l'action de Mercer Holdings. En moins de deux heures de cotation, le groupe perdit près de 35% de sa valeur boursière.
Pendant ce temps, dans la cellule de garde à vue où elle avait passé la nuit, Diane Whitmore était méconnaissable. Ses cheveux teints étaient ébouriffés, sa robe de soirée louée était froissée et tachée, et son visage ne portait plus la moindre trace de l'arrogance d'autrefois. Assise sur un banc en bois dur, elle faisait face à son fils Grant, amené depuis la maison d'arrêt pour une confrontation organisée par le juge d'instruction.
« C'est de ta faute ! » hurlait Grant en secouant ses menottes vers sa mère. « Si tu n'avais pas voulu jouer les femmes d'affaires avec ce Mercer, je serais peut-être sorti sous caution ! Maintenant les juges pensent que nous sommes une famille de criminels organisés ! »
Diane éclata en sanglots hysteriques. « Comment peux-tu me parler ainsi ?! J'ai fait tout ça pour nous sauver ! Pour retrouver notre standing ! C'est cette monstre d'Elena qui nous a tous piégés ! C'est une sorcière ! »
« C'est toi la folle qui lui a jeté un seau d'eau sale au visage ! » lui cria Grant, le visage déformé par la haine. « Si tu ne l'avais pas humiliée ce soir-là, elle ne nous aurait peut-être pas détruits avec tant de cruauté ! Tu as tout gâché, Maman ! Tout ! »
Le garde des sceaux intervint pour rétablir le calme dans la pièce, mais le fossé destructeur au sein de la famille Whitmore était désormais irrémédiable. L'amour d'apparence et le respect de façade qui unissaient cette famille bourgeoise s'étaient volatilisés à la première épreuve, laissant place à une haine féroce et dévorante.
Au siège social de Vortex Global, Elena finalisait les détails du rachat de Mercer Holdings. Installée dans son grand fauteuil de cuir, elle recevait la visite de Maître Laurent, son avocat principal.
« La procédure de divorce avance à une vitesse record, Madame la Présidente », annonça Maître Laurent en posant un épais dossier sur le bureau. « Grant Whitmore a signé tous les papiers de renonciation sans poser la moindre condition, dans l'espoir futile que nous réduirions les charges pénales qui pèsent contre lui. Il abandonne toute prétention sur votre fortune et renonce à la paternité légale directe sous réserve du droit de réserve. »
« Il n'aura rien », dit froidement Elena. « Pas un centime, pas un droit sur mon fils. »
« C'est acté », confirma l'avocat. « De plus, le tribunal de commerce vient de valider la saisie conservatoire de tous les biens personnels de la famille Whitmore pour rembourser les détournements de fonds : la demeure familiale, les véhicules de luxe, les bijoux et les comptes d'épargne ont été confisqués. Ils sont officiellement sans le moindre sou. »
À cet instant, Arthur entra dans le bureau, un sourire énigmatique sur les lèvres. « Madame la Présidente, Monsieur Julian Mercer est dans l'antichambre. Il exige de vous voir. Il est dans un état d'agitation extrême. »
Elena rajusta la veste de son tailleur blanc et hocha la tête. « Faites-le entrer, Arthur. Voyons ce que le titan déchu a encore à dire. »
Julian Mercer pénétra dans le bureau, le teint livide, la cravate de travers et les yeux cerclés de noir. L'homme qui régnait autrefois sur le secteur pétrolier européen semblait avoir vieilli de dix ans en l'espace de quarante-huit heures.
« Vance... », balbutia-t-il d'une voix rauque. « Arrêtez le ramassage d'actions... Je vous en supplie. Si vous continuez, mon conseil d'administration va me révoquer cet après-midi et je serai définitivement ruiné. »
Elena le fixa d'un regard souverain et distant, sans la moindre trace de compassion. « Vous êtes venu dans mon bureau pour me supplier, Monsieur Mercer ? L'homme qui disait hier soir à la presse que j'étais une dirigante inexpérimentée et incapable ? »
« J'ai fait une erreur ! » s'écria Mercer en faisant un pas en avant, immédiatement bloqué par deux gardes du corps. « Une terrible erreur ! Négocions ! Je vous cède 30% de mes parts gratuitement si vous retirez votre offre OPA hostile ! »
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Elena se leva doucement, posant ses mains sur son ventre arrondi. « Il est trop tard, Mercer. Le conseil d'administration de votre propre société vient d'accepter mon offre à cinquante-et-un pour cent il y a dix minutes. Vous n'êtes plus le patron de Mercer Holdings. Vous n'êtes plus rien dans votre propre entreprise.Et votre premier ordre de licenciement vient d'être signé par mes soins. »
Mercer s'effondra à genoux sur le tapis précieux du bureau, le regard vide, réalisant qu'il venait d'être terrassé par la femme qu'il avait osé sous-estimer.