Chapter 10 - Révélations de Minuit

La tempête médiatique qui suivit l'arrestation spectaculaire de Victoria et Charles Vance fit l'effet d'un séisme d'une magnitude inédite dans le monde des affaires et de la jet-set internationale. En vingt-quatre heures, l'empire Vance Cosmetics s'était effondré comme un château de cartes emporté par le vent de la vérité.
Installer dans le grand bureau de présidence du siège de Monaco, désormais officiellement le mien, j'observai les lumières du port de plaisance qui scintillaient sous la nuit noire. Il était près de minuit. Maître Bertrand entra doucement dans la pièce, portant une tasse de thé chaud qu'il posa sur mon bureau en acajou.
« Vous devriez vous reposer, Nora », dit-il avec une bienveillance paternelle. « Vous n'avez pas dormi depuis plus de quarante-huit heures. La police judiciaire a terminé les premières auditions des accusés. »
« Qu'ont-ils dit ? » demandai-je en prenant la tasse entre mes mains froides.
Maître Bertrand soupira profondément et s'assit dans l'un des somptueux fauteuils en cuir de la pièce.
« Charles a complètement craqué lors de son interrogatoire. Il a tout avoué au juge d'instruction dans l'espoir d'obtenir une réduction de peine. Ses déclarations confirment point par point les enregistrements de votre grand-mère. »
« Et pour l'incendie du pavillon ? »
« Charles a avoué que c'est Victoria qui a tout planifié », expliqua l'avocat d'une voix sombre. « Victoria avait découvert que votre grand-père Henri avait légué la totalité de ses recherches scientifiques et de ses brevets à votre mère biologique, Hélène Vance. Quand Hélène est décédée tragiquement peu après votre naissance, les droits vous sont revenus directement. Victoria savait que le jour de vos dix-huit ans, vous deviendriez automatiquement la propriétaire exclusive de la technologie cosmétique et de la majorité de la société. Elle a utilisé Lila, qui n'était alors qu'une enfant manipulée de huit ans, pour vous attirer dans le pavillon ce soir-là... »
Je fermai les yeux un instant. L'image de ma petite sœur de huit ans me souriant gentiment pour me demander de venir jouer à la poupée dans le pavillon de chasse me traversa l'esprit avec une acuité douloureuse.
« Lila savait ce qu'elle faisait ? » demandai-je, la voix étranglée.
« Lila ne comprenait pas toute la gravité de l'acte », nuance Maître Bertrand. « Victoria lui avait dit que c'était un jeu, une surprise pour fêter l'anniversaire de la société. Mais une fois que vous étiez à l'intérieur, c'est Victoria elle-même qui a versé le produit inflammable et mis le feu depuis l'extérieur, avant d'enfermer la porte à clé. Lila a vu les flammes monter et s'est enfuie en hurlant. C'est à ce moment-là que vous avez réussi à briser une vitre avec vos mains nues pour vous échapper, mais les brûlures étaient déjà terribles. »
Une larme solitaire glissa sur ma joue. La monstruosité de Victoria dépassait tout ce que j'avais pu imaginer. Elle avait été prête à sacrifier une enfant de huit ans sur l'autel de sa cupidité et de sa vanité.
« Et qu'en est-il de ma mère biologique, Hélène ? » demandai-je en rouvrant les yeux. « Comment est-elle morte ? »
Maître Bertrand hésita un long moment, ajustant ses lunettes d'un geste nerveux. Ce silence pesant me fit frissonner.
« La version officielle de l'époque parlait d'un accident de la route survenu sur une route de montagne près de Chamonix », dit-il lentement. « Mais au vu des nouvelles révélations et des documents retrouvés dans le coffre-fort de Genève, le procureur de la République a décidé de rouvrir le dossier de sa disparition. Il y a de fortes présomptions que le freinage du véhicule d'Hélène ait été délibérément saboté. »
Je me levai brusquement de mon siège, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine.
« Victoria a aussi assassiné ma véritable mère ? »
« Nous n'en avons pas encore la preuve légale irréfutable », temporisa Maître Bertrand. « Mais le juge d'instruction a ordonné la saisie de tous les comptes bancaires secrets de Victoria en Suisse et au Luxembourg pour retracer les versements effectués à cette époque à un mécanicien automobile qui a mystérieusement quité le pays peu après le drame. »
Je marchai vers la grande baie vitrée donnant sur la mer. La vérité ne cessa de s'épaissir, révélant des strates de crimes et de noirceur de plus en plus profondes. Victoria n'était pas seulement une mère abusive ou une faussaire. C'était une criminelle en série prête à éliminer quiconque se dressait entre elle et sa fortune.
C'est alors que mon téléphone personnel, dont le numéro était réservé à une poignée d'intimes, vibra sur le bureau.
Le numéro affiché sur l'écran était inconnu.
J'hésitai un instant avant de décrocher et de porter l'appareil à mon oreille.
« Allô ? »
Une voix masculine, grave, feutrée et inconnue résonna à l'autre bout du fil.
« Mademoiselle Vance... Félicitations pour votre victoire d'aujourd'hui. Mais si vous voulez découvrir qui a réellement donné l'ordre de truquer les freins de la voiture d'Hélène Vance, vous devriez regarder sous le tapis de sol du bureau de votre grand-père à la villa d'Antibes. Victoria n'était pas seule dans ce complot. Le véritable cerveau de cette affaire est encore en liberté... et il se trouve très proche de vous. »
Avant que je ne puisse prononcer un seul mot, la communication fut brutalement coupée.
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Je restai immobile, le téléphone collé à l'oreille, écoutant la tonalité de fin d'appel qui résonnait comme un avertissement venu des profondeurs de l'enfer.
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