Chapter 11 - L'Ombre du Passé

La voix mystérieuse au téléphone résonna dans mon esprit toute la nuit comme une prophétie de malheur. "Victoria n'était pas seule... Le véritable cerveau est encore en liberté." Ces mots gravés dans ma mémoire brûlaient plus fort encore que les cicatrices qui couvraient mon corps.
Dès six heures du matin, bravant les recommandations de Maître Bertrand qui me suppliait de rester sous la protection des gardes du corps à Monaco, je pris la route en direction de la villa d'Antibes. Le domaine, désormais débarrassé des rubans de scellés judiciaires posés sur la maison principale, semblait spectral dans la brume matinale. La piscine à débordement où s'était déroulée la soirée cauchemardesque de mes dix-huit ans était désormais abandonnée, des feuilles mortes flottant à la surface de l'eau immobile.
Accompagnée de Gabriel, un jeune avocat brillant du cabinet de Maître Bertrand qui m'avait été assigné pour assurer ma sécurité juridique et personnelle, je pénétrai dans l'ancienne demeure de mon grand-père Henri Vance.
« Êtes-vous sûre de vouloir faire cela seule, Nora ? » me demanda Gabriel en ajustant sa veste. Ses yeux marron vifs trahaient une inquiétude sincère. « L'appel de cette nuit pouvait être un piège tendu par les derniers fidèles de votre mère. »
« Si c'est un piège, nous le découvrirons vite », répondis-je d'un ton résolu. « Mais je ne passerai pas le reste de ma vie à trembler dans l'ombre. Je veux la vérité complète sur la mort de ma mère Hélène. »
Nous montâmes au deuxième étage de la villa, jusqu'à l'ancien bureau d'Henri Vance. La pièce avait été conservée presque intacte par Victoria, qui s'en servait comme d'un débarras pour les archives inutilisées du groupe. L'odeur du vieux papier, de la poussière et du bois ciré remplissait l'air.
Nous nous agenouillâmes sur l'immense tapis de Perse usé qui recouvrir le sol en parquet de chêne massif. Avec l'aide de Gabriel, nous tirâmes le lourd meuble en acajou pour dégager le coin du tapis mentionné par l'inconnu du téléphone.
Lorsque nous soulevâmes l'épaisse laine tressée, nous découvrîmes une trappe en métal dissimulée dans le plancher, verrouillée par un cadenas à combinaison à quatre chiffres.
« Une combinaison... » murmura Gabriel en examinant le mécanisme. « Connaissez-vous le code ? »
Je réfléchis intensément. Mon grand-père était un homme de science passionné par l'astronomie et les dates historiques. J'essayai la date de naissance de ma mère Hélène, puis celle de sa rencontre avec Grand-Mère Evelyn, sans succès. Le cadenas restait désespérément bloqué.
C'est alors qu'un souvenir de mon enfance me revint en mémoire. Quand j'avais six ans, Grand-Père Henri me montrait souvent les étoiles depuis le balcon du bureau et me répétait toujours le même nombre : *1969*, l'année du premier pas de l'homme sur la Lune, qu'il considérait comme le plus grand triomphe de la curiosité humaine.
Je composai frénétiquement les chiffres : 1 - 9 - 6 - 9.
Un cliquetis sec retentit. Le cadenas s'ouvrit.
Mon cœur battait la chamade tandis que je soulevais la lourde trappe en métal. À l'intérieur de la cavité aménagée entre deux poutres du plancher se trouvait un petit coffre métallique étanche et un enregistreur à microcassettes des années quatre-vingt-dix.
Gabriel m'aida à sortir le coffre. À l'intérieur se trouvaient des lettres confidentielles jaunies par le temps et des relevés de comptes bancaires provenant d'une banque offshore basée dans les îles Caïmans.
Mais le plus troublant était une série de photographies d'époque. Sur ces clichés, on voyait une jeune femme magnifique aux cheveux sombres — ma mère biologique Hélène — souriante, aux côtés d'un homme jeune, élégant, portant un costume coûteux, dont le visage m'était terriblement familier.
Je me rapprochai de la lumière de la fenêtre pour mieux examiner le visage de l'homme.
« Mon Dieu... » m'échappai-je dans un souffle d'horreur.
« Qui est-ce ? » demanda Gabriel en se penchant sur la photo.
« C'est Jean-Luc Moreau », répondis-je, les lèvres tremblantes. « Le vice-président actuel de Vance Cosmetics. L'homme qui siège au conseil d'administration depuis vingt ans et qui prétendait être le meilleur ami de la famille ! »
Je pris la microcassette et l'insérai dans le lecteur portable que Gabriel avait apporté avec lui. Après quelques grésillements, une voix d'homme jeune mais reconnaissable entre mille résonna dans la pièce poussiéreuse. C'était la voix de Jean-Luc Moreau, enregistrée il y a près de vingt ans.
*"... Tu ne comprends pas, Hélène ! Henri est un vieux fou idéaliste ! Sa formule de régénération cellulaire vaut des centaines de millions de dollars sur le marché mondial ! Si tu refuses de me céder tes parts et de m'épouser, je m'allierai avec Victoria. Elle est bien plus pragmatique que toi. Elle fera tout ce qu'il faut pour que nous prenions le contrôle de la société... Et si tu te mets en travers de notre chemin, tu le regretteras amèrement."*
La cassette s'arrêta sur ces mots menaçants.
Gabriel me regarda avec des yeux écarquillés par la stupeur.
« Moreau... Moreau était le complice de Victoria depuis le tout début ! C'est lui qui orchestrait la spoliation de votre famille dans l'ombre ! »
May you like
Je serrai la cassette entre mes poings fermés. La voix mystérieuse de cette nuit n'avait pas menti. Victoria n'était que le bras armé et le visage visible du complot. Le véritable cerveau, celui qui avait tout planifié pour s'emparer de la fortune des Vance et qui avait ordonné la mort de ma mère Hélène, était Jean-Luc Moreau. Et à cet instant précis, cet homme était toujours libre, puissant, et contrôlait une partie des réseaux de l'entreprise.
==================================================