strive

Chapter 14 - La Chute des Idoles

L'arrestation de Jean-Luc Moreau à Vintimille et ses aveux enregistrés par la police marquèrent le coup de grâce ultime pour le clan des spoliateurs de la famille Vance. La presse mondiale s'empara de l'affaire avec une fureur sans précédent. Ce qui n'était au départ qu'une querelle d'héritage entre deux sœurs s'était transformé sous les yeux du monde en une saga criminelle haletante mêlant meurtres, falsifications génétiques et conspirations financières au plus haut niveau.

Pendant les trois semaines qui suivirent, je m'installai à plein temps dans les bureaux du siège social de Monaco pour orchestrer le sauvetage de Vance Cosmetics. Avec l'aide précieuse de Gabriel et de Maître Bertrand, nous procédâmes à un nettoyage radical de l'entreprise. Tous les cadres corrompus associés à Moreau et Victoria furent immédiatement licenciés et attaqués en justice.

Le surlendemain, je reçus une demande d'audience urgente émanant du parloir de la prison pour femmes de Nice. Lila voulait me voir.

J'hésitai longuement. La haine et la rancœur que j'avais accumulées contre ma sœur adoptive durant toutes ces années étaient immenses. Mais une partie de moi voulait voir ce qu'il restait de la fille magnifique qui m'avait humiliée au bord de la piscine sous les projecteurs.

Le parloir de la maison d'arrêt était une pièce sombre, séparée par une vitre en plexiglas renforcé. Quand Lila entra dans la pièce encadrée par une gardienne, je fus stupéfaite par sa métamorphose.

Sans maquillage, sans ses tenues de créateurs, vêtue d'un survêtement gris informe, ses cheveux blonds noués à la hâte en un chignon désordonné, Lila semblait s'être vidée de toute substance. L'arrogance et la superbe qui la caractérisaient s'étaient évaporées, laissant place à une jeune femme brisée, hagarde et terrifiée.

Elle s'assit en face de moi et décrocha le combiné téléphonique intérieur. Je fis de même.

« Tu es venue... » murmura-t-elle, sa voix rauque étouffée par la vitre.

« Tu as insisté pour me voir », répondis-je sans émotion particulière. « Qu'est-ce que tu veux, Lila ? »

Des larmes silencieuses commencèrent à couler sur ses joues creusées.

« Je voulais te demander pardon, Nora... Je ne savais pas... Je te jure sur ma vie que je ne savais pas que Victoria avait tué ta mère ou qu'elle avait essayé de te brûler vive ce soir-là ! »

« Mais tu savais que tu m'humiliais chaque jour », lui rappelai-je froidement. « Tu savais que tu m'enfermais dans la chambre quand des invités venaient à la maison. Tu savais que tu te moquais de mes cicatrices sur les réseaux sociaux pour faire rire tes abonnés. Tu n'avais peut-être pas mis le feu au pavillon, mais tu as été le bourreau de mon enfance. »

Lila baissa la tête, saisie par un sanglot convulsif.

« J'avais si peur, Nora... Victoria me répétait constamment que si je n'étais pas parfaite, si je ne gagnais pas tous les concours de beauté, elle m'abandonnerait à l'orphelinat. Elle m'a façonnée comme une poupée de plastique. Je pensais que pour être aimée, je devais te détruire. Je croyais que la beauté était la seule chose qui me donnait le droit d'exister... Et aujourd'hui, je n'ai plus rien. Je n'ai plus de nom, plus de famille, plus d'argent, plus d'avenir. »

Un profond silence s'installa entre nous. En regardant cette fille brisée de l'autre côté de la vitre, je réalisai à quel point Victoria avait empoisonné tout ce qu'elle touchait. Elle avait détruit ma chair, mais elle avait détruit l'âme de Lila.

« Tu as encore une chance, Lila », dis-je doucement après un long moment. « La chance de découvrir qui tu es réellement sans le masque que Victoria t'a forcé à porter. Les avocats de la succession te verseront une allocation modeste pour que tu puisses terminer tes études une fois que cette affaire sera jugée, à condition que tu dises toute la vérité devant le tribunal et que tu ne cherches plus jamais à nuire à l'entreprise. »

Lila me regarda avec des yeux écarquillés par l'incompréhension et la gratitude.

« Après tout ce que je t'ai fait... tu ne me laisses pas tomber complètement ? »

« Je ne le fais pas pour toi », répondis-je en me levant de ma chaise. « Je le fais pour la petite fille de huit ans qui jouait avec moi avant que Victoria ne transforme notre maison en enfer. Adieu, Lila. »

May you like

Je raccrochai le combiné et quittai le parloir sans me retourner. En franchissant les portes de la prison pour retrouver l'air pur de la Côte d'Azur, je sentis un poids gigantesque se soulever de mes épaules. La vengeance ne m'intéressait plus. Ce qui m'importait désormais, c'était la reconstruction.

==================================================

Related Stories

Other posts