Chapter 7 - Course-poursuite sur la Corniche

Les pneus de notre berline crissèrent violemment sur l'asphalte brûlant de la moyenne Corniche. Le choc contre le pare-chocs arrière propulsa mon corps vers l'avant, retenu de justesse par la ceinture de sécurité.
« Accélérez ! » ordonna Maître Bertrand à son chauffeur, son visage habituellement stoïque trahissant une panique grandissante.
« Je fais ce que je peux, Monsieur, mais ce monstre de quatre tonnes cherche clairement à nous pousser au-dessus de la falaise ! » répliqua le chauffeur en écrasant la pédale d'accélérateur.
Derrière nous, l'imposant SUV noir aux vitres teintées accéléra à nouveau, cherchant délibérément à percuter notre flanc gauche pour nous envoyer percuter les barrières de sécurité métalliques qui nous séparaient d'un vide de plus de deux cents mètres surplombant la Méditerranée.
Je me retournai pour regarder par la vitre arrière. À travers le pare-brise du véhicule agresseur, je distinguai la silhouette du conducteur : un homme au crâne rasé portant une balaclava sombre, mais sur le siège passager, une silhouette trop familière tenait un téléphone à la main. C'était l'homme de main personnel de ma mère, un ancien agent de sécurité privée nommé Lazare, que Victoria utilisait pour les basses œuvres de l'entreprise.
« Ce sont les hommes de Victoria ! » criai-je au milieu du rugissement du moteur. « Elle sait que nous allons à Genève ! Elle ne veut pas que nous ouvrions ce coffre-fort ! »
« Ils ne tenteront pas de nous tuer en plein jour sur une route fréquentée ! » protesta Maître Bertrand.
« Vous sous-estimez le désespoir de ma mère ! » répondis-je. « Si la vérité sur l'héritage et la formule authentique est révélée, elle risque la prison à perpétuité et la ruine totale ! Pour elle, ma vie n'a jamais eu la moindre valeur ! »
Le SUV nous percuta une deuxième fois avec une violence inouïe. Le verre de notre feu arrière éclata en mille morceaux, et la berline partit en un tête-à-queue terrifiant sur la chaussée étroite. Le chauffeur lutta magnifiquement avec le volant, parvenant à redresser le véhicule à quelques centimètres seulement du parapet en béton.
« Prenez la bretelle vers le tunnel de la Turbie ! » lui criai-je en repérant le panneau d'signalisation à deux cents mètres. « Là-bas, il y a des caméras de surveillance du réseau autoroutier ! Ils n'oseront pas continuer ! »
Le chauffeur obéit sans discuter, donnant un coup de volant agressif sur la droite pour s'engager sur la bretelle d'accès. Le SUV tenta de nous couper la route, mais un semi-remorque arrivant en sens inverse contraignit l'agresseur à piler brusquement dans un concert de klaxons assourdissants.
Nous nous engouffrâmes sous le tunnel éclairé par des néons jaunes étincelants. Profitant du trafic plus dense et de la présence des nombreux véhicules, notre chauffeur réussit à distancer nos poursuivants et à rejoindre l'enceinte sécurisée de l'aéroport privé de Nice-Côte d'Azur.
Lorsque nous sortîmes enfin de la voiture devant le terminal d'aviation d'affaires, nos mains tremblaient incontrôlablement. Maître Bertrand s'appuya un instant sur la carrosserie déformée pour reprendre son souffle.
« Cette femme est un monstre... » murmura-t-il, la voix altérée par le choc. « Evelyn m'avait prévenu, mais je refusais de croire qu'une mère puisse aller jusqu'à ordonner l'élimination physique de sa propre fille. »
« Victoria n'a jamais été ma mère », répondis-je en ajustant mon manteau pour masquer mes cicatrices que le choc avait mises à nu. « Elle n'a été que mon géolier. Mais aujourd'hui, les rôles sont inversés. »
Deux hommes de sécurité armés affrétés par la compagnie d'aviation privée nous escortèrent jusqu'au jet privé qui nous attendait sur la piste, les réacteurs déjà en route. En montant les marches de l'appareil, je jetai un dernier regard vers l'horizon. La bataille de la Côte d'Azur était terminée, mais la guerre décisive allait se jouer dans les coffres-forts blindés de la Suisse.
Pendant le vol de cinquante minutes au-dessus des Alpes enneigées, Maître Bertrand passa plusieurs coups de téléphone sécurisés. Quand il raccrocha, son visage était sombre.
« J'ai des nouvelles du tribunal de Nice », annonça-t-il. « Victoria Vance a été libérée sous caution il y a une heure grâce à l'intervention d'un collège d'avocats parisiens extrêmement influents. Elle a immédiatement convoqué une conférence de presse au siège de Vance Cosmetics pour dix-huit heures. Elle compte annoncer que vous avez été manipulée par des intérêts concurrents et que vous avez volé des documents d'entreprise. »
Je laissai échapper un rire froid.
« Laisse-la parler. Plus son mensonge sera grand et public, plus sa chute sera brutale quand nous diffuserons le contenu du coffre de Genève. »
May you like
L'avion amorça sa descente vers l'aéroport de Genève-Cointrin. Le ciel au-dessus de la ville suisse était gris, lourd de nuages menaçants, reflétant parfaitement l'atmosphère de règlement de comptes qui m'attendait. Je savais que dans quelques heures, la vérité sur ma naissance allait soit me libérer définitivement, soit m'anéantir à jamais.
==================================================