Chapter 4 - L'Enfant du Silence

Le lendemain dès l'aube, Leona investit les bureaux secrets du cabinet d'avocats Harrison & Associates, situés au trentième étage d'une tour anonyme du centre-ville de Los Angeles. Loin des regards indiscrets et des espions potentiels que Grant aurait pu placer au siège de Price Meridian, cette pièce aveugle devint son quartier général.
Maître Harrison, un homme quinquagénaire au regard acéré et aux manières d'une sobriété monacale, étalait sur une grande table en acajou les premiers résultats de leurs investigations confidentielles.
« Le virement en faveur de la clinique de Boston est confirmé, Madame Price, commença l'avocat en ajustant ses lunettes. La petite Clara Rowe a été admise dans le protocole expérimental d'oncologie pédiatrique. Les médecins sont optimistes quant à ses chances de rémission complète si le traitement est mené à son terme. »
Leona hocha la tête, le visage impassible. « Et le capitaine Rowe ? »
« Il a signé la déposition complète rédigée par nos soins, certifiée conforme sous peine de poursuites pénales immédiates. Les enregistrements audio, les métadonnées des messages texte et la preuve du dépôt initial de deux cent mille dollars sur son compte offshore sont désormais stockés dans un coffre-fort virtuel hautement sécurisé à Zurich. »
« Bien, dit Leona en s'asseyant. Maintenant, parlons de mon mari. Pourquoi une telle urgence ? Pourquoi risquer un assassinat aussi spectaculaire que le crash d'un jet privé ? »
Harrison fit glisser un sous-dossier de couleur verte vers elle. « Parce que Grant Price est au bord de l'abîme financier personnel, Madame. Il a accumulé des dettes abyssales au cours des deux dernières années. Des investissements désastreux dans des fonds spéculatifs non déclarés, mais aussi et surtout des détournements massifs de fonds sociaux au sein de votre propre groupe. »
Leona ouvrit le dossier. Les relevés comptables alignaient des colonnes de chiffres étourdissantes. « Combien a-t-il extrait des caisses de l'entreprise ? »
« À ce stade de nos recherches, nous estimons les prélèvements frauduleux à environ soixante-quinze millions de dollars, expliqua Harrison. Il a utilisé un réseau complexe de sociétés écrans basées au Panama et aux Îles Caïmans. Mais l'audit annuel commandé pour le mois de novembre aurait inévitablement mis en lumière ces pérégrinations financières. »
Leona comprit immédiatement la terrifiante logique de Grant. Si elle mourait dans l'accident d'avion avant l'audit, il héritait non seulement de sa fortune personnelle gigantesque, mais prenait également le contrôle total du conseil d'administration. En tant que veuf éploré et nouvel actionnaire ultra-majoritaire, il aurait eu toute latitude pour annuler l'audit, étouffer le scandale et restructurer la dette à sa guise.
Sa mort n'était pas un crime passionnel ou un coup de folie. C'était une simple opération de nettoyage comptable.
« Il y a autre chose, intervint Mara, qui venait d'entrer dans la pièce avec son ordinateur portable ouvert. J'ai creusé les activités personnelles de Grant au cours des dix-huit derniers mois. Il ne travaillait pas seul. »
« Qu'avez-vous trouvé ? » demanda Leona.
« Une femme, répondit Mara en faisant pivoter son écran. Elise Moreau. »
La photographie d'une femme d'une trentaine d'années, à la chevelure blonde impeccable et au regard ambitieux, apparut à l'écran.
« Élise Moreau est une ancienne conseillère en acquisitions stratégiques que nous avons engagée il y a deux ans pour le rachat de la filiale canadienne, poursuivit Mara. Elle a quitté le groupe officiellement il y a six mois. Mais dans les faits, elle est devenue la consultante exclusive de plusieurs sociétés écrans contrôlées par Grant. Et selon mes sources, ils partagent bien plus que des intérêts financiers. »
Leona fixa la photo d'Elise Moreau. L'équation devenait limpide. Grant n'avait pas seulement prévu d'éliminer sa femme pour sauver sa peau financièrement ; il préparait déjà sa seconde vie avec sa maîtresse, financée par le sang de son épouse légitime.
« Elle est le maillon faible », déclara Leona d'une voix calme.
« Pourquoi dites-vous cela ? » demanda Maître Harrison.
« Parce que les maîtresses ambitieuses finissent toujours par laisser des traces quand elles croient avoir gagné, répliqua Leona. Grant est trop précautionneux. Mais elle... elle veut profitez du luxe. Mara, je veux une surveillance intégrale sur Élise Moreau. Ses déplacements, ses comptes bancaires, ses communications. Je veux savoir où elle va, qui elle rencontre et chaque centime qu'elle dépense. »
« Ce sera fait dès aujourd'hui », confirma Mara.
Leona se leva et marcha vers la haute baie vitrée donnant sur la ville. L'après-midi touchait à sa fin, teignant le ciel de Los Angeles d'une nuance orange sanglant.
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« Grant pense qu'il contrôle le temps, murmura Leona pour elle-même. Il attend le prochain moment propice pour frapper à nouveau. Nous allons lui donner l'illusion parfaite que son plan fonctionne, jusqu'au jour où le sol se dérobera sous ses pieds. »
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