Chapter 8 - Le Corbeau de Genève

À cinq jours du conseil d'administration fatidique, un événement imprévu vint accélérer la paranoïa de Grant Price, plongeant ce dernier dans un état de fébrilité extrême que Leona observa avec une délectation secrète.
Grant reçut sur sa messagerie privée un courrier électronique anonyme émis depuis un serveur sécurisé situé à Genève. Le message contenait une simple pièce jointe : la copie numérisée d'un ordre de virement secret effectué six mois plus tôt depuis l'un de ses comptes offshore vers la société d'Élise Moreau, accompagné d'un mot laconique :
*Le conseil d'administration appréciera la lecture de vos dépenses de conseil lors de la séance de jeudi.*
En réalité, cet envoi n'était pas l'œuvre d'un véritable chanteur externe, mais une manœuvre tactique orchestrée par Mara sur les instructions de Leona. L'objectif était de pousser Grant à commettre l'ultime imprudence : tenter d'effacer les traces informatiques en accédant aux serveurs centraux de l'entreprise avec ses identifiants de haute sécurité.
Ce soir-là, vers vingt-trois heures, Leona fit mine de s'endormir dans la suite principale. Dès que la respiration de Grant se fit régulière, ce dernier se leva sans faire de bruit, enfila une robe de chambre et se glissa hors de la pièce.
Leona ouvrit les yeux. Elle attendit deux minutes, remit son déshabillé et suivit silencieusement son mari à travers les couloirs sombres de la villa jusqu'à son bureau privé situé dans l'aile ouest.
La porte du bureau était entrebâillée. Une fine ligne de lumière balayait le parquet de bois précieux. À travers l'ouverture, Leona vit Grant repousser nerveusement ses cheveux en arrière, le visage illuminé par le reflet bleuâtre de son écran d'ordinateur. Ses doigts martelaient le clavier avec une frénésie désespérée.
Il était en train d'initier un transfert d'urgence de données pour tenter d'écraser les journaux de transactions financières stockés sur le serveur central de Price Meridian.
Ce qu'il ignorait totalement, c'est que le département informatique du groupe, sous la direction directe de Mara et du cabinet Harrison, avait placé son compte administrateur sous surveillance vidéo et informatique totale depuis près de quarante-huit heures. Chaque frappe de touche, chaque tentative d'effacement, chaque dossier supprimé était enregistré en temps réel et horodaté sur des serveurs distants infalsifiables.
Grant pensait détruire les preuves de sa culpabilité ; il ne faisait qu'ajouter des chefs d'accusation d'obstruction à la justice et de piratage informatique d'entreprise à son dossier criminel déjà accablant.
Leona l'observa pendant plusieurs minutes depuis l'ombre du couloir. Elle voyait la sueur perler sur le front de cet homme qui, quelques semaines plus tôt, planifiait sa mort avec un calme olympien. La peur avait changé de camp. L'assurance arrogante du prédateur s'était effondrée, laissant place à la panique désordonnée de la bête traquée.
Sans un bruit, Leona retourna dans sa chambre et se glissa sous les draps.
Quand Grant repassa la porte de la suite une heure plus tard, l'air harassé et les traits tirés, Leona ne bougea pas, feignant un sommeil paisible.
« Tu ne peux plus rien effacer, Grant, pensa-t-elle dans le silence de la nuit. Tu te piéges toi-même un peu plus à chaque seconde qui passe. »
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Le compte à rebours final était désormais enclenché. Le conseil d'administration n'allait pas seulement être le théâtre de sa déchéance financière ; il allait devenir le lieu de son exécution politique et morale complète.
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