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Chapter 25 - Les racines et les ailes

Les années s'écoulaient comme un fleuve paisible, apportant avec elles la maturité et la sérénité des grands accomplissements.

Arthur avait désormais quinze ans. C'était un adolescent grand, fort, passionné par les sciences et la mécanique comme son grand-père, mais doté de la finesse d'esprit et de l'autorité naturelle de sa mère. La petite Rose, du haut de ses douze ans, manifestait déjà un talent exceptionnel pour la peinture et le design, passant des heures dans le grand atelier d'art aménagé dans les anciennes serres du domaine.

Chaque été, toute la famille se réunissait au domaine Vale pour la grande moisson des oliviers et la récolte des pivoines. C'était une tradition sacrée que rien au monde ne pouvait perturber.

Ce samedi d'été, mon père, malgré ses cheveux totalement blancs et sa démarche un peu plus lente, tenait absolument à guider Arthur dans la taille des vieux oliviers du haut de la colline.

Je les observais depuis l'ombre de la grande tonnelle, assise à côté de ma mère qui tricotait paisiblement une layette pour la fille d'une ancienne apprentie de la fondation.

— Regarde-les, Elena, dit ma mère avec un doux sourire en désignant mon père et Arthur. On dirait Joseph il y a quarante ans quand il apprenait le métier à son propre père.

— Les vraies valeurs ne meurent jamais, maman, répondis-je en posant ma hand sur la sienne. Elles se transmettent de génération en génération, comme un feu sacré qu'aucune tempête ne peut éteindre.

Gabriel s'approcha, portant un grand panier rempli de figues fraîches qu'il venait de cueillir dans le verger. Ses cheveux bruns s'étaient teintés de quelques reflets argentés au niveau des tempes, lui donnant une allure encore plus noble et imposante.

— Les figues sont délicieuses cette année, déclara-t-il en posant le panier sur la table en bois.

Il vint s'asseoir à côté de moi et déposa un baiser tendre sur ma joue.

— À quoi réfléchis-tu, ma reine ?

— Je repensais à la première fois où tu es venu dîner ici, répondis-je en souriant. Tu te souviens comme tu étais intimidé par le repas de famille de mon père ?

Gabriel laissa échapper un rire chaleureux.

— J'avais tellement peur de ne pas être à la hauteur ! Je venais d'un monde de requins où tout se négocie et où personne ne se fait confiance. Ce soir-là, votre père m'a servi un plat mijoté en me disant : « Ici, on mange ce qu'on a semé, et on dit ce qu'on pense. » C'est le plus grand cours de philosophie qu'on m'ait jamais donné.

Arthur arriva en courant depuis l'oliveraie, le visage en sueur mais les yeux étincelants.

— Maman ! Papa ! Venez voir ! Papy m'a appris à régler le tracteur de 1950 ! Il tourne comme une horloge suisse !

Gabriel se leva en riant.

— Allons voir ce chef-d'œuvre !

Je les regardai s'éloigner tous les trois — mon père, mon mari et mon fils —, leurs rires résonnant à travers toute la vallée. Il n'y avait plus de traces d'amertume, plus aucun spectre du passé. L'empire que nous avions bâti reposait sur des fondations en béton armé d'amour, de respect et de vérité.

Ma mère me regarda avec des yeux remplis de larmes de bonheur.

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— Tu as réussi, Elena. Tu as protégé notre famille et tu as offert à tes enfants la plus belle des vies.

— Nous avons réussi ensemble, maman, chuchotai-je en la serrant fort dans mes bras. Ensemble.

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