Chapter 4 - L'ombre du passé

La nuit était tombée sur la baie, mais personne ne dormait dans le manoir Vale. Le vent soufflait violemment contre les fenêtres, accompagnant le grondement sourd des vagues au bas des falaises.
Après le départ précipité et humilié de Charles Blackwood, je rejoignis mes parents dans le petit salon privé du premier étage. Ma mère était assise près du feu de cheminée, enveloppée dans un plaid en cachemire doux, une tasse de tisane entre les mains. Mon père repassait distraitement son journal, l'air anxieux.
— Elena, ma fille... dit ma mère en me voyant entrer. Viens t'asseoir à côté de moi.
Je m'assis sur le pouf en cuir et posai ma tête sur ses genoux, retrouvant un instant la sensation de sécurité de mon enfance.
— Je suis si désolée, maman. Vous n'auriez jamais dû vivre ce cauchemar. J'ai été aveuglée par mes sentiments pour Adrian.
Mon père posa son journal et secoua la tête.
— Ce n'est pas ta faute, ma chérie. Tu voulais croire en la bonté de cet homme. C'est tout à ton honneur. Mais nous avons toujours su que cette famille avait le cœur sec comme de la pierre. Ce qui m'inquiète... c'est la suite. Tu t'attaques à des monstres très puissants.
— Ils ne sont puissants que parce que les gens ont peur d'eux, répondis-je en me redressant. Mais ils oublient que ma fortune et mes réseaux ont été bâtis dans la discrétion la plus absolue par grand-père et moi. Ils ont cru que parce que tu réparais des voitures et que maman cousait ses vêtements, nous étions vulnérables. Ils ignorent que la vraie force ne s'affiche pas avec des diamants ostentatoires.
Ma mère me caressa doucement les cheveux.
— Tu as hérité de l'esprit inflexible de ton grand-père Arthur Vale. Il disait toujours : « L'or brille, mais l'acier tranche. »
Un coup discret frappa à la porte. Marcus Sterling entra, un dossier de cuir bordeaux sous le bras. Son visage était particulièrement grave.
— Excusez-moi de vous interrompre, Mademoiselle Vale, mais nous avons un problème inattendu.
Je me levai immédiatement.
— Qu'y a-t-il, Marcus ?
— Charles Blackwood n'est pas rentré chez lui après notre entretien. Il s'est rendu directement au cercle privé Saint-Honoré. Il y a rencontré Julien de la Tour.
Un frisson parcourut mon échine. Julien de la Tour était le principal rival de notre famille dans le secteur financier et bancaire. Un homme machiavélique, milliardaire sans scrupules, qui cherchait depuis dix ans à mettre la main sur les actifs du groupe Vale.
— Julien de la Tour... murmurai-je. Charles cherche un sauveur.
— Exactement, confirma Marcus. Nos informateurs sur place rapportent que Charles a proposé de vendre toutes les actions de Blackwood Holdings à de la Tour pour un prix dérisoire, à condition que de la Tour utilise son réseau d'influence pour annuler nos saisies conservatoires et bloquer l'enquête fiscale.
— Julien de la Tour ne ferait pas ça par pure bonté de cœur, observai-je. Que demande-t-il en échange ?
— Il veut le contrôle exclusif du port privé de la ville et... l'anéantissement direct de la fondation Vale, répondit Marcus. Julien a toujours su que vous étiez le cerveau derrière l'empire Vale. Il voit dans cette crise l'occasion rêvée d'éliminer son plus grand obstacle.
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Je marchai vers la fenêtre, observant l'obscurité de la mer. La guerre venait de changer d'échelle. Il ne s'agissait plus seulement de donner une leçon à la famille Blackwood pour leur arrogance de parvenus, mais d'affronter le prédateur le plus dangereux de la finance européenne.
— Préparez l'hélicoptère pour demain matin cinq heures, ordonnai-je à Marcus. Nous volons vers Paris. Si Julien de la Tour veut entrer dans la danse, nous allons lui offrir un spectacle qu'il n'oubliera jamais.