Chapter 19 - Le Dernier Confessionnal

La chambre de l'hôpital pénitentiaire baignait dans une lumière blafarde et froide. Le bip régulier et monotone des moniteurs cardiaques rythmait le silence de la pièce. Deux gardes armés se tenaient derrière la porte blindée.
Sur le lit médicalisé, Valérie Gomez était méconnaissable. Le cancer qui la rongeait et les complications cardiaques avaient prélevé un tribut effroyable sur sa beauté d'autrefois. Son visage était emacié, sa peau grise et transparente, ses yeux enfoncés dans leurs orbites. Mais en nous voyant entrer — Daniel, Julien et moi —, une étincelle de lucidité féroce brilla un instant dans ses yeux mourants.
Son regard se posa d'abord sur mes longs cheveux d'argent qui dépassaient de mon manteau. Un rire faible et rauque, semblable à un frottement de feuilles mortes, s'échappa de sa gorge desséchée.
— Vous... murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle pénible. Vous avez laissé repousser votre chevelure... Éléonore...
— Je n'ai jamais cessé d'être celle que je suis, Valérie, répondis-je en m'arrêtant au pied du lit, sans haine mais sans fausse pitié. Tu nous as fait venir ici pour nous parler de ma petite-fille. Parle. Nous t'écoutons.
Valérie tourna péniblement la tête vers Daniel, des larmes de faiblesse glissant sur ses tempes creuses.
— Daniel... pardonnez-moi... murmura-t-elle. Je sais que vous me détestez... et vous avez raison. J'ai été élevée dans la haine par mon père. Il m'a appris dès mon plus jeune âge que les Saint-Clair étaient des monstres qui avaient volé notre fortune... J'ai été entraînée à vous détruire...
— Pourquoi parler d'Hélène ? coupa Daniel d'une voix sèche et contenue. De quoi s'agit-il ?
Valérie inspira difficilement, sa poitrine se soulevant avec peine sous le drap blanc.
— Mon père... avant de mourir en cellule l'année dernière... avait engagé un détective privé véreux... Il voulait créer un dossier sur votre fille pour organiser un enlèvement après sa sortie de prison... Il a laissé des instructions et une somme d'argent importante à un intermédiaire nommé M. Vance... pour que l'opération soit exécutée à son anniversaire des cinq ans...
Un silence effroyable s'abattit sur la chambre. Julien s'avança immédiatement vers le lit, son instinct de spécialiste de la sécurité en alerte maximale.
— Où sont stockés ces documents ? Où se trouve cet intermédiaire ? demanda-t-il d'une voix impérieuse.
— Dans un coffre-fort... à la banque cantonale de Genève... numéro 408... murmura Valérie, son pouls faiblissant dangereusement sur le moniteur. La clé est cachée dans le doublure de mon sac à main... qui est dans les scellés du tribunal... Je vous donne le code... 1998... le fameux code...
Ses yeux se fermèrent un instant, submergés par la fatigue ultime.
— Pourquoi nous dire ça maintenant ? demandai-je doucement. Pourquoi trahir la mémoire de ton père sur ton lit de mort ?
Valérie rouvrit de grands yeux humides, fixant le plafond avec une détresse absolue.
— Parce que... quand j'étais dans cette cellule sombre... pendant toutes ces années... j'ai compris que vous étiez la seule personne qui m'ait jamais parlé avec dignité... Même le jour où je vous ai coupé les cheveux... vous ne m'avez pas insultée... Vous m'avez regardée avec de la compassion pour la créature haineuse que j'étais... Je ne veux pas aller en enfer avec le sang d'une innocente sur la conscience...
Le moniteur cardiaque émit un signal sonore plus rapide et irrégulier. Les médecins se précipitèrent dans la chambre.
— S'il vous plaît... partez... murmura-t-elle une dernière fois en croisant mon regard. Sauvez votre petite-fille... et pardonnez-moi si vous le pouvez...
Nous quittâmes la chambre alors que l'équipe médicale tentait une dernière réanimation. Quelques minutes plus tard, dans le couloir, l'inspecteur nous informa que Valérie Gomez venait de rendre son dernier souffle.
May you like
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Daniel, bouleversé par cette scène tragique et effrayé par la menace pesant sur sa fille.
— Nous récupérons la clé dans les scellés avec l'aide du procureur et nous détruisons ce coffre à Genève avant la fin de la journée, répondit Julien sans hésiter. L'ombre de Charles de Vance va définitivement disparaître de notre existence.