Chapter 8 - L'Entrepôt du Port

La nuit était noire comme de l'encre, balayée par une pluie fine et pénétrante qui faisait briller les dalles humides du port industriel. Les silhouettes des grues métalliques gigantesques se détachaient sur le ciel sombre comme des monstres d'acier endormis. L'entrepôt numéro 4, une structure désaffectée aux tôle rouillées et aux vitres brisées, se dressait au bout de la jetée isolée.
Dissimulés à l'intérieur d'un véhicule de commandement banalisé garé à deux cents mètres de là, Daniel, Julien et moi suivions la scène en direct grâce aux caméras thermiques et aux micros cravate dissimulés sur les agents de police déjà infiltrés dans le bâtiment.
À vingt-deux heures précises, une berline allemande noire aux vitres teintées s'arrêta dans un grand crissement de freins devant les portes rouillées de l'entrepôt. Marc Laurent en descendit, entouré de deux gardes du corps imposants en costume sombre. Il tenait à la main une mallette en aluminium renforcé contenant un ordinateur de diagnostic haute fréquence et les identifiants de transfert de fonds offshore.
Quelques secondes plus tard, la sportive rouge de Vanessa fit son apparition. Elle en sortit drapée dans un manteau de fourrure coûteux, affichant une assurance insolente. Chloé la suivait à pas hésitants, le visage dissimulé sous la capuche de son vêtement, tremblant de tout son corps.
— Tu es en retard, Laurent, déclara Vanessa en pénétrant dans la lumière crue d'un projecteur suspendu au plafond de l'entrepôt.
— La prudence est la mère de la sécurité, Gomez, répondit le rival de Daniel d'un ton sec et dépourvu d'aménité. Montre-moi la clé USB. Je veux m'assurer que le code d'Arès est complet avant de débloquer le virement de quatre millions d'euros.
Vanessa esquissa un sourire méprisant et tira de sa poche la fameuse clé USB métallique marquée du sceau rouge — le leurre parfait préparé par mes soins.
— La voilà. Le joyau de la couronne de la société de Daniel. Avec ça, tu pourras déposer le brevet avant lui et réduire sa société en poussière d'ici quarante-huit heures. Mais l'argent d'abord.
Marc Laurent fit un signe de la tête à l'un de ses hommes, qui posa la mallette en aluminium sur un bidon d'huile rouillé et l'ouvrit. Le moniteur s'alluma, diffusant une lumière bleue glaciale sur les visages des conspirateurs.
— Insère la clé, ordonna Laurent en tapotant sur le clavier.
Vanessa s'avança et enfonça la clé USB dans le port informatique. Pendant quelques secondes, une barre de progression s'afficha sur l'écran : *Analyse des fichiers confidentiels - Projet Arès... 10%... 45%... 85%...*
Soudain, l'écran de la mallette devint rouge sang. Un signal sonore d'alarme retentit dans tout l'entrepôt, répétant en boucle un message vocal automatisé à fort volume :
*« ALERTE SÉCURITÉ - SYSTÈME CORROMPU - DONNÉES PIÉGÉES DÉTECTÉES - LOCALISATION TRANSMISE AUX AUTORITÉS »*
Marc Laurent pâlit affreusement et se tourna vers Vanessa avec des yeux furieux :
— Espèce de folle ! Qu'est-ce que c'est que cette mascarade ? Tu as essayé de me vendre un virus piège ?
— Quoi ? Non ! C'est impossible ! hurlait Vanessa, paniquée, essayant frénétiquement d'arracher la clé USB de l'ordinateur. C'est la vraie clé ! Je l'ai volée moi-même dans la chambre de Daniel !
— Tu m'as trahi ! rugit Laurent en attrapant brutalement Vanessa par le col de son manteau de fourrure. Mes hommes vont régler ton compte !
C'est à cet instant précis que le piège se referma définitivement.
Des projecteurs de forte puissance de la police éclairèrent violemment l'intérieur de l'entrepôt, brisant les ténèbres. Les portes métalliques d'accès furent enfoncées dans un fracas assourdissant par les unités d'intervention armées.
— POLICE ! N'ÉVOLUEZ PLUS ! MAINS SUR LA TÊTE !
— Ne bougez plus ! Jetez vos armes ! hurlèrent des dizaines de policiers en uniforme surgissant de toutes parts, leurs armes pointées sur les suspects.
Marc Laurent et ses gardes du corps levèrent immédiatement les mains en l'air, comprenant que toute résistance était inutile. Chloé s'effondra sur les genoux, fondant en larmes et hurlant qu'elle était innocente et qu'elle avait tout avoué.
Seule Vanessa resta debout au milieu du chaos, le visage défiguré par une rage hystérique.
— Non ! C'est un coup monté ! Je suis la victime ici ! crio-t-elle en essayant de se ruée vers la sortie latérale.
L'inspecteur Renard s'avança calmement, un jeu de menottes en acier étincelant à la main. Il lui coupa promptement la route et lui plaqua brutalement le bras dans le dos.
— Valérie Gomez, alias Vanessa de la Tour, vous êtes en état d'arrestation pour tentative d'extorsion de fonds en bande organisée, vol de secrets industriels, complicité d'espionnage économique et violences volontaires avec préméditation. Vous avez le droit de garder le silence...
Dans le véhicule de surveillance, Daniel laissa échapper un long soupir de soulagement, serrant ma main avec une force immense.
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— C'est fini, maman, murmura-t-il, les yeux remplis de larmes. C'est enfin fini.
— Non, mon fils, répondis-je doucement en observant Vanessa se faire passer les menottes sur l'écran du moniteur. Ce n'est que le début de la justice. Et nous allons veiller à ce qu'elle paie pour chaque mèche de cheveux qu'elle a osé couper.