Chapter 5 - Les Révélations de la Nuit

Il était deux heures du matin lorsque la berline noire aux vitres teintées quitta silencieusement le garage souterrain de la villa Harrington. À son bord se trouvaient Victor Harrington et son fils Julien, emportant deux mallettes métalliques contenant les disques durs sécurisés et les clefs d'accès aux comptes offshore logés aux îles Caïmans.
Céleste et ma mère étaient restées à la villa, persuadées que Victor réglait une simple "formalité bancaire".
La berline s'engagea sur la route côtière menant à l'aérodrome privé. La pluie s'était mise à tomber, battant le pare-brise avec une violence sombre. Julien regardait nerveusement dans les rétroviseurs.
"Tu es sûr qu'on ne nous suit pas ?" chuchota-t-il, les mains tremblantes.
"Arrête de paniquer," gronda Victor. "J'ai des contacts au plus haut sommet de l'État. Dès que nous serons en Suisse, nous négocierons un accord d'immunité. Évelyne pense avoir gagné, mais elle sous-estime mon réseau."
Soudain, à l'intersection du cap Ferrat, deux gros véhicules tout-terrain noirs débouchèrent de la pénombre, gyrophares éteints, et bloquèrent net la chaussée. Le chauffeur de la berline pilla en urgence, faisant crisser les pneus sur l'asphalte mouillé.
Avant même que Victor ne puisse attraper son téléphone portable, les portières de sa berline furent arrachées par des hommes en tenue d'intervention tactique portant le sigle de la Sécurité Militaire.
"Ne bougez plus ! Mains sur le volant !" cria la voix forte d'un commando.
Victor fut extrait du véhicule sans ménagement et plaqué contre la carrosserie humide. Julien hurlait de terreur, suppliant qu'on ne lui fasse pas de mal.
Une troisième voiture s'arrêta lentement sur le bord de la route. La portière passager s'ouvrit et j'en sortis, protégée par un long manteau d'officier. Marc Vance tenait un parapluie au-dessus de ma tête.
Je m'avançai jusqu'à mon père, dont le visage ruisselait d'eau de pluie et de sueur froide.
"Te voilà bien bas pour un homme qui se croyait intouchable, Victor," dis-je en regardant les mallettes saisies par nos agents.
"Espèce de monstre !" cracha le vieil homme, les poignets désormais enserrés dans des menottes en acier. "Tu détruis ton propre sang ! Tu es une traîtresse !"
"La seule trahison commise ici concerne les quarante-deux marins qui ont failli brûler vifs par ta faute," répondis-je fermement. "Ces mallettes contiennent les preuves définitives des rétrocommissions versées pour falsifier les tests de sécurité du réacteur. Tu as signé ton propre arrêt de mort financier et pénal."
Julien se mit à pleurer à chaudes larmes depuis le sol. "Évelyne ! S'il te plaît ! Je n'y suis pour rien ! C'est papa qui contrôlait tout ! Je ne faisais que suivre ses ordres !"
Je posai mon regard sur mon frère, dégoûtée par sa lâcheté instantanée.
"Tu as profité de chaque centime de cet argent maudit, Julien. Tu savais parfaitement ce qui se passait chez Harrington Tech. Tu répondras de tes actes devant le Conseil d'État."
Je me tournai vers le responsable des commandos. "Emmenez-les en cellule d'isolement au QG Maritime. Aucune visite, aucun appel sans mon autorisation expresse."
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Alors que les véhicules emmenaient mon père et mon frère, Marc se tourna vers moi. "Il reste encore ta sœur et ta mère à la villa. Qu'est-ce qu'on fait ?"
"Céleste garde encore une dernière carte dans sa manche," dis-je en observant la mer démontée. "Et il est temps d'aller la lui faire ravaler."