Chapter 9 - L'Attentat du Port

La menace du Baron von Kessel n'était pas tombée dans l'oreille d'une sourde. Dès la sortie de la réunion, l'Amiral Reed ordonna un renforcement immédiat de ma protection rapprochée. Marc Vance refusait désormais de quitter mon côté d'un seul pouce.
Il était dix-neuf heures lorsque nous sommes retournés au port militaire pour vérifier le transfert des preuves physiques scellées vers le coffre-fort de la Base Navale. La nuit tombait rapidement sur les bassins, enveloppant les cuirassés d'une brume épaisse et glaciale.
"Von Kessel va tenter quelque chose de désespéré," me glissa Marc alors que nous marchions le long du quai numéro 4. "Les juges d'instruction viennent de refuser la libération sous caution de ton père. Il sait que la justice se rapproche de lui."
"Il n'a pas d'autre choix," répondis-je en ajustant le col de mon manteau. "Si les disques durs sont décryptés demain matin, son réseau d'influence en Europe s'effondre entièrement."
Soudain, un bruit anormal retentit au loin : le vrombissement sourd d'un moteur de bateau à forte puissance, coupé de tout feu de signalisation.
"Évelyne, baisse-toi !" hurla Marc en me plaquant violemment au sol derrière un conteneur en acier.
Au même instant, une rafale d'armes automatiques balaya le quai. Les balles ricochèrent sur le métal dans un concert d'étincelles aveuglantes et de bruits stridents. Deux des agents de notre escorte ripostèrent immédiatement, se mettant à couvert derrière les structures du port.
Une vedette rapide noire approchait à vive allure du quai, avec à son bord trois hommes cagoulés armés de fusils d'assaut.
"Ils en veulent aux scellés !" cria Marc en dégainant son arme de service. "Il faut sortir d'ici !"
Des projecteurs du port s'allumèrent brusquement, faisant hurler les sirènes d'alarme de la base navale. Les assaillants, réalisant qu'ils venaient d'alerter toute la garnison, lancèrent une grenade fumigène pour couvrir leur retraite.
Dans la confusion du brouillard dense et des tirs de riposte, l'un des tireurs ajusta sa visée vers la silhouette de Marc qui tentait de me protéger de son corps.
"Marc, attention !" criai-je.
Sans hésiter une seconde, je me jetai sur lui. Une douleur cuisante traverse mon épaule droite alors qu'un projectile m'effleurait la chair, rouvrant une partie des anciennes cicatrices de mon dos.
La vedette rapide fit demi-tour dans un rugissement de moteur, s'éloignant à toute vitesse vers la haute mer sous la riposte des fusiliers marins accourus en renfort.
Marc me retint dans ses bras, le visage décomposé par la frayeur en voyant le sang couler sur ma veste d'officier.
"Évelyne ! Tu es touchée !" s'écria-t-il, les mains tremblantes en pressant sa veste sur ma blessure.
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Je laissai échapper un grincement de dents, mais je restai consciente, le regard étincelant d'une détermination farouche.
"Ce n'est rien... juste une égratignure..." chuchotai-je à travers la douleur. "Von Kessel vient de commettre sa plus grande erreur. Il a attaqué une base militaire souveraine."