Chapter 11 - Le retour dans la cité de verre

La métropole s'éveillait sous un ciel gris et lourd, chargé d'une pluie fine qui faisait briller l'asphalte des avenues. Les tours de verre et d'acier se dressaient comme des géants silencieux, indifférents aux drames humains qui se jouaient à leurs pieds. Au cœur du quartier financier, le siège du groupe Vernier-Moreau — un gratte-ciel de soixante-dix étages étincelant — était en effervescence.
Des dizaines de camions de chaînes de télévision internationales étaient stationnés au pied de l'immeuble. Des centaines de journalistes, de photographes et de curieux se pressaient derrière les barrières de sécurité. La rumeur d'une annonce historique par Isabelle Vernier et d'une prise de contrôle totale par Victor Moreau avait fait le tour de la planète en quelques heures.
À 9 heures 45, une berline noire blindée fendit la foule et s'arrêta devant le parvis de marbre.
La portière s'ouvrit. Isabelle Vernier en sortit la première. Elle portait un tailleur-pantalon blanc d'une élégance souveraine. Elle ne tenait aucune canne. Sa démarche était droite, noble, assurée, provoquant une crépitation frénétique de flashs photographiques. Les journalistes hurlaient des questions de toutes parts.
— Madame Vernier ! Est-il vrai que vous avez retrouvé l'usage de vos jambes grâce à une méthode miracle ?
— Madame Vernier ! Allez-vous céder vos parts à Victor Moreau ce matin ?
Isabelle ignora les questions et se tourna vers la portière arrière. Elle tendit la main pour aider Elena à descendre. La pauvre femme du village, vêtue d'une robe simple mais propre fournie par Isabelle, regardait la foule hystérique avec des yeux effrayés. Enfin, Sola descendit à son tour. Vêtu de sa modeste tunique blanche, les pieds chaussés de simples sandales de cuir, l'enfant marchait avec une grâce surnaturelle au milieu du tumulte urbain.
Les objectifs des caméras se focalisèrent immédiatement sur le garçon. Son aura apaisante semblait créer une bulle de silence autour de lui au fur et à mesure qu'il avançait vers l'entrée du gratte-ciel.
Dans le hall d'entrée monumental, Marc et l'équipe de sécurité rapprochée formèrent un cordon de protection imperméable. Ils prirent l'ascenseur privé menant au dernier étage : la salle du conseil d'administration.
Pendant la montée silencieuse dans la cabine de verre qui surplombait la ville, Elena serra la main de Sola.
— J'ai peur, mon enfant. Cet endroit sent la méchanceté et l'orgueil.
— N'aie pas peur, Mère, répondit Sola doucement. La transparence du verre ne peut pas cacher la noirceur des intentions, mais la lumière la dissout toujours.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent au 70e étage. La salle du conseil était immense. Une table ovale en bois précieux de vingt mètres de long occupait le centre de la pièce, entourée par les membres du conseil d'administration, les plus grands investisseurs mondiaux et les avocats d'affaires les plus influents. Au bout de la table, assis sur le fauteuil présidentiel comme un roi sur son trône, se tenait Victor Moreau.
À la vue d'Isabelle marchant fièrement sur ses deux pieds, le visage de Moreau se crispa d'une jalousie féroce, mais il reprit rapidement un sourire cynique.
— Isabelle... Quelle entrée théâtrale ! dit Moreau en applaudissant ironiquement. Et tu m'amènes le fameux 'petit miracle' de la montagne. Tu es bien urbaine.
Isabelle s'avança jusqu'à l'autre extrémité de la table, restant debout, imposante.
— Victor. L'heure des jeux politiques est terminée. Tu as menacé un village innocent, engagé des mercenaires et tenté d'extorquer un enfant. Tes crimes s'arrêtent aujourd'hui.
Moreau éclata d'un rire gras, suivi par quelques actionnaires corrompus autour de la table.
— Mes crimes ? Voyons, Isabelle, tu délires ! Ici, nous sommes dans le monde réel. Le monde du capital, des contrats et du pouvoir. J'ai racheté 51 % des parts du groupe ce matin même. Je suis le maître absolu de cette entreprise. Tu n'es plus qu'une invitée gênante qu'on va bientôt escorter vers la sortie !
Moreau se tourna alors vers Sola, les yeux étincelants d'une cupidité maladive.
— Quant à toi, mon petit... Tu vas devenir la propriété exclusive de notre division pharmaceutique. Nous allons analyser ton sang, comprendre ton pouvoir et le vendre au plus offrant. Les milliardaires de cette planète paieront des fortunes pour chaque goutte de ta magie !
Sola fit un pas vers la table du conseil.
— Tu veux mon pouvoir, Victor Moreau ? Tu veux posséder la grâce divine ?
Moreau se leva, tendant ses mains crochues vers l'enfant.
— Oui ! Je veux tout ! Donnez-moi ce pouvoir et je vous laisserai la vie sauve !
Sola fixa l'homme d'affaires avec un regard d'une profondeur abyssale.
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— Soit. Que ton désir soit accordé. Mais prépare-toi à recevoir exactement ce que ton cœur contient.
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