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L Enfant des Cieux / Chapter 3 / 30

Chapter 3 - La rencontre au sommet du monde

Le convoi de SUV noirs surpuissants serpentait le long de la corniche escarpée comme une chenille d'acier polie. La poussière s'élevait en denses nuages derrière eux, masquant la vallée qui s'enfonçait profondément en contrebas. La route devenait de plus en plus étroite, le bitume cédant la place à une piste de terre battue et de pierres effritées. À chaque virage serré, même les chauffeurs aguerris de la sécurité d'Isabelle retenaient leur souffle. L'air devenait vif, raréfié, chargé d'une odeur de pin sauvage et de terre humide.

Isabelle observait le paysage à travers les vitres teintées de son véhicule blindé. Son visage ne laissait transparaître aucune émotion, mais au fond de sa poitrine, son cœur battait à un rythme anormalement rapide. Elle détestait ce sentiment d'anticipation. C'était une faille dans sa cuirasse.

Lorsqu'ils atteignirent enfin le village d'Avelia, le temps sembla suspendre son vol. Le contraste était saisissant. Face aux mastodontes d'acier noirs aux vitres fumées se dressait une poignée de cabanes en bois usées par les intempéries, des toits de chaume alourdis par des pierres pour résister aux vents d'hiver, et quelques chèvres broutant une herbe rase. Des enfants aux pieds nus s'arrêtèrent au milieu de leurs jeux, fixant les véhicules avec des yeux écarquillés d'étonnement, comme si des visiteurs d'une autre planète venaient d'atterrir dans leur monde oublié.

Les villageois sortirent lentement de leurs demeures. Aucun sourire sur leurs visages, aucun élan de curiosité naïve : juste une méfiance prudente, celle des hommes et des femmes qui savent par expérience que ce qui vient de la ville apporte rarement du bien sans réclamer un prix exorbitant.

La sécurité d'Isabelle se déploya immédiatement, inspectant le périmètre avec une efficacité militaire. Le chauffeur ouvrit la portière arrière et aida la Femme de Fer à s'installer dans son fauteuil roulant en carbone ultraléger. Dès que les roues avant s'enfoncèrent légèrement dans la terre meuble et inégale, une grimace de dégoût traversa le visage d'Isabelle. Elle haïssait cette sensation : la terre qui lui rappelait l'instabilité de son propre corps.

Mais elle avança malgré tout, poussant les roues d'un mouvement ferme et rythmé.

Sur une petite pente au bord du village, devant une cabane particulièrement modeste qui semblait tenir debout par miracle, un jeune garçon était assis dans la poussière. Il n'était pas en train de jouer avec des jouets ordinaires. Il alignait méticuleusement de petits cailloux, dessinant des motifs géométriques parfaits, comme s'il calculait les trajectoires des étoiles. À côté de lui, une femme d'une trentaine d'années, au visage usé par la faim mais empreint d'une dignité royale, réparait un vieux vêtement au soleil. Ses mains étaient fines, ses articulations saillantes : la maigreur des pauvres qui refusent de mendier.

Isabelle s'arrêta juste devant l'enfant. Les molosses de sa sécurité se tinrent à ses côtés, imposants et menaçants.

— C'est toi dont tout le monde parle dans la vallée ? demanda Isabelle d'une voix sèche, dénuée de toute chaleur humaine.

Le garçon leva lentement la tête. Ses yeux, d'un bleu d'une profondeur insondable, se posèrent sur la milliardaire. Il n'y avait aucune peur chez lui, aucune intimidation face aux hommes armés ni face au luxe insolent de la femme d'affaires.

— Oui, répondit Sola simplement.

Isabelle le fixa comme elle fixait ses adversaires lors d'une fusion d'entreprises : avec un regard perçant, cherchant la faille, le mensonge ou l'escroquerie.

— Je suis Isabelle Vernier. Je te donnerai un million d'euros en argent liquide immédiatement si tu me guéris et me fais remarcher, dit-elle, posant ses conditions comme s'il s'agissait d'un contrat commercial.

Un murmure saisit la foule de villageois rassemblés à distance. Un million d'euros. C'était une somme impensable, de quoi acheter toute la montagne et nourrir le village pendant des générations. La mère de Sola, Elena, se figea, son aiguille suspendue au-dessus du tissu râpé.

Pourtant, le garçon ne cilla même pas. Il ne montra ni surprise ni convoitise. Il cligna des yeux, doucement.

— Je peux vous aider sans votre argent, madame, dit-il d'une voix calme qui semblait porter l'écho des montagnes.

Isabelle fronça les sourcils, profondément déstabilisée par cette absence totale d'avidité.

— Sans argent ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Rien n'est gratuit dans ce monde, petit. Tout a un prix.

Sola se leva doucement. Il regarda sa mère adoptive, dont le visage pâle trahissait l'épuisement d'avoir sauté le repas de la veille pour lui donner la dernière portion de soupe.

— Vous devez simplement nourrir ma mère, dit l'enfant fermement.

Pendant un instant, la montagne entière sembla faire silence. Isabelle restas interloquée. Nourrir sa mère ? Un million d'euros refusé pour une assiette de nourriture ?

— Ce n'est pas ainsi que fonctionnent les miracles ! s'emporta Isabelle, piquée au vif par la petitesse absurde de cette demande face à la grandeur de son offre. C'est une mascarade ! Vous jouez sur la comédie pour tromper les crédules !

Elena laissa échapper un soupir étouffé.

— Personne ne croit jamais en mon enfant... murmura-t-elle avec une tristesse infinie.

Quelque chose se serra brutalement dans la poitrine d'Isabelle. Une émotion sèche, cuisante, qu'elle reconnut avec horreur : de la honte. Pas la honte d'être handicapée, car elle avait transformé son fauteuil en trône de fer, mais la honte d'avoir débarqué avec sa fortune arrogante et d'être incapable de concevoir un acte humain sans le réduire à une transaction commerciale.

Les villageois la regardaient, attendant de voir si la milliardaire allait écraser ce pauvre enfant sous son mépris ou faire preuve d'un brin d'humanité.

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— Très bien, cracha Isabelle, plus durement qu'elle ne l'aurait voulu pour masquer son malaise. Montre-moi ce que tu sais faire.

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