Chapter 5 - L'ombre du serpent

Trois semaines s'étaient écoulées depuis le retour d'Isabelle Vernier dans sa luxueuse résidence de la capitale. La nouvelle n'avait pas tardé à filtrer, malgré la discrétion stricte imposée à son équipe de sécurité. Des photos volées par un paparazzi montraient la milliardaire debout, s'appuyant sur une simple canne en bois, marchant lentement dans les jardins privés de sa propriété. La presse financière et les médias internationaux étaient en ébullition : la Femme de Fer avait-elle feint son handicap pendant plus d'une décennie, ou s'agissait-il d'une avancée médicale secrète financée par ses fonds privés ?
Mais dans l'ombre des gratte-ciel, d'autres regards surveillaient la situation avec une attention bien plus sinistre.
Victor Moreau, l'associé principal d'Isabelle au sein du groupe Vernier-Moreau, observait la vidéo de sa partenaire en train de marcher. Cet homme de cinquante-cinq ans, aux traits tirés par l'ambition et à la garde-robe impeccable, attendait depuis douze ans qu'Isabelle faiblisse pour prendre le contrôle total du conglomérat. L'accident de voiture qui avait paralysé Isabelle n'avait pas été un hasard complet ; bien qu'aucune preuve n'eût pu être retenue contre lui à l'époque, Moreau avait orchestré plusieurs sabotage discrets pour écarter sa rivale. Et voilà qu'elle revenait, plus forte, guérie par un miracle inexplicable.
— Julien, dit Moreau d'une voix feutrée en s'adressant à l'assistant d'Isabelle qu'il avait acheté à coup de pots-de-vin astronomiques. D'où vient cette guérison ? Ne me raconte pas de fables sur des cliniques suisses. Je veux la vérité.
Julien, tremblant de peur, jeta un coup d'œil par-dessus son épaule avant de se rapprocher du bureau imposant de Moreau.
— Ce... ce n'est pas une clinique, monsieur Moreau. C'est un enfant. Dans un village paumé de la haute montagne. Il a posé ses mains sur elle, et elle s'est levée. Je l'ai vu de mes propres yeux !
Un silence lourd s'installa dans le cabinet de travail. Moreau fixa son verre de whisky sans bouger une fibre de son visage. Un sourire cruel finit par étirer ses lèvres fines.
— Un enfant miracle... intéressant. Très intéressant. Imagine le potentiel commercial, Julien. Un être capable de réparer les corps détruits, de guérir l'impossible... Si le groupe Vernier-Moreau met la main sur ce gamin, nous ne posséderons plus seulement des hôtels et des banques. Nous posséderons la vie et la mort. Les plus grands dirigeants de la planète ramperont à nos pieds.
— Monsieur, il faut faire attention, balbutia Julien. Isabelle est très protectrice envers lui désormais. Elle prépare un convoi d'aide humanitaire pour ce village...
— Isabelle est devenue romantique et faible, cracha Moreau en se levant brusquement. Son miracle l'a ramollie. Elle a oublié la règle fondamentale de ce monde : ce qui ne s'achète pas se prend par la force.
Pendant ce temps, là-haut, dans le village d'Avelia, la vie suivait son cours paisible mais transformé. Les habitants, témoins du geste de Sola et de la bonté retrouvée de la grande dame de la ville, traitaient désormais l'enfant avec une révérence mêlée d'amour profond. Ils ne venaient plus lui demander des richesses, mais lui apportaient le peu qu'ils avaient : un morceau de fromage de chèvre, un panier de baies sauvages, une poignée de bois sec pour réchauffer la cabane qu'il partageait avec Elena.
Sola passait ses journées à méditer sur les crêtes de la montagne, contemplant l'horizon infini.
— Tu penses à elle ? demanda doucement Elena en le rejoignant un après-midi, un shawl en laine sur les épaules.
— Je pense à la tempête qui approche, Mère, répondit Sola d'une voix grave qui ne correspondait pas à son apparence enfantine. L'étincelle que nous avons allumée chez Isabelle Vernier a éclairé l'obscurité, mais l'obscurité cherche toujours à éteindre la lumière.
Elena fronça les sourcils, inquiète.
— Des hommes mauvais vont venir ?
— La cupidité des hommes n'a pas de limites, Elena. Ils voient la grâce comme une arme ou un trésor à verrouiller dans un coffre-fort. Le vrai test pour ce monde commence à peine.
Et ses paroles ne tardèrent pas à se vérifier. Au coucher du soleil, le bruit lourd de plusieurs hélicoptères de transport tactique déchira la quiétude de la vallée. Les pales bruyantes faisaient voler la poussière et plier les pins séculaires. Ce n'était pas le convoi humanitaire d'Isabelle. C'étaient des mercenaires lourdement armés, envoyés par Victor Moreau pour s'emparer de l'enfant divin.
Les hommes en tenue noire débarquèrent brutalement, repoussant les villageois terrifiés à coups de crosse de fusil. Le commandant du groupe, un homme balafre nommé Kravic, s'avança vers la cabane d'Elena, un appareil de confinement bio-médical à la main.
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— Attrapez le gamin ! ordonna Kravic d'une voix de rocaille. Et si quelqu'un s'interpose, éliminez-le !
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