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L Ombre de la Verite Roman / Chapter 2 / 20

Chapter 2 - Les fantômes du banc public

Mon souffle s'est bloqué dans ma gorge. Le silence qui a suivi cette déclaration était si lourd qu'il semblait pétrifier l'air ambiant.

— Michaël ? ai-je répété dans un souffle. C'est impossible... Vous ne le connaissiez pas.

Au lieu de me répondre, Walter m'a tendu la pochette plastique. Mes doigts tremblaient tellement que j'ai failli la laisser tomber sur les pavés humides.

J'ai extrait la photographie. Mon cœur a fait un bond violent dans ma poitrine. Sur le cliché, un Walter plus jeune, rase de près, les épaules larges et athlétiques, posait aux côtés de Michaël devant un immeuble de briques rouges. Walter portait une chemise de travail bleue avec un badge au nom d'une société de maintenance. Michaël avait une main posée sur l'épaule de Walter et affichait ce demi-sourire énigmatique que je connaissais si bien — ce sourire qu'il arborait toujours lorsqu'il était absorbé par une pensée complexe.

Cela faisait trois ans que je n'avais pas vu le visage de mon mari ailleurs que sur les photos de notre mariage posées sur ma table de chevet. La douleur de son absence m'a frappée à l'estomac avec la même brutalité qu'au premier jour.

— Comment... d'où vient cette photo ? ai-je demandé, la voix étranglée.

— Je travaillais comme chef de chantier et responsable d'entretien dans plusieurs immeubles du quartier de Roxbury, a expliqué Walter en fixant le sol. Ces bâtiments appartenaient à une filiale de Greer Enterprises, le grand groupe immobilier de Thomas Greer. Michaël travaillait comme auditeur indépendant pour un cabinet comptable mandaté par la ville. C'est là que nos chemins se sont croisés.

Il a fait une pause, reprenant son souffle comme s'il replongeait dans un cauchemar enfoui.

— Michaël a découvert une anomalie massive dans les registres de rénovation. Les hommes de Greer falsifiaient systématiquement les rapports de sécurité et les avis de salubrité pour expulser illégalement les locataires à loyer modéré. Ils provoquaient même de fausses fuites de gaz ou des pannes de chauffage volontaires. Quand les inspecteurs de la ville ont commencé à poser des questions, le groupe Greer a cherché un bouc émissaire. Ils m'ont accusé d'avoir détourné les fonds et d'avoir saboté les installations. J'allais être inculpé, détruit, envoyé en prison.

— Et Michaël ?

— Michaël est intervenu. Il s'est interposé. Il a apporté des preuves complémentaires montrant que ma signature avait été imitée. Il m'a sauvé la vie et mon honneur, même si cela m'a coûté mon travail. C'était un homme d'une intégrité absolue, Claire.

Le son de mon prénom dans la bouche de cet homme que je croyais étranger m'a fait l'effet d'une décharge électrique.

— Comment savez-vous mon nom ?

— Regardez la coupure de presse, a-t-il dit doucement.

J'ai déplié l'article jauni. Il s'agissait d'un fait divers datant d'environ quatre ans. Le titre mentionnait une tentative d'effraction nocturne dans une propriété résidentielle — mon adresse. L'article précisait qu'un individu s'était introduit dans le domicile avant de prendre la fuite à l'arrivée de la police, sans rien emporter de valeur.

— Je ne me rappelle pas de ça... ai-je murmuré. Michaël m'avait dit que c'était une fausse alerte, un cambrioleur amateur apeuré par l'alarme.

— Ce n'était pas un cambrioleur, a tranché Walter. Il y a un mois, quand vous vous êtes penchée pour me donner de l'argent sur ce banc, j'ai aperçu votre badge du cabinet dentaire. Votre nom complet y était inscrit : Claire Vance. J'ai reconnu le nom de famille tout de suite. Le soir même, j'ai pris le même bus que vous à distance pour vérifier si vous habitiez toujours la même maison. Je voulais m'assurer que vous étiez en sécurité. J'espérais sincèrement que le danger s'était éteint le jour où Michaël est mort dans cet accident de voiture sur l'Expressway...

J'ai senti le sol se dérober sous mes pieds. La fraîcheur du matin ne parvenait plus à dissiper le feu qui me brûlait les tempes.

— Et hier soir ? Pourquoi m'avoir attrapée au poignet ? Pourquoi cet avertissement ?

Walter a levé ses yeux gris vers moi. Ils reflétaient une détresse profonde.

— Hier soir, vers dix-neuf heures, je suis retourné près de votre rue. Je le faisais de temps en temps, par acquit de conscience. Et c'est là que je l'ai vu. Le même homme qu'il y a quatre ans. La même démarche, le même visage dur marqué par une cicatrice au-dessus du sourcil droit. Il était garé dans une berline noire, de l'autre côté de la chaussée. Il observait votre maison avec des jumelles. Il faisait l'inventaire de vos allées et venues.

L'air est devenu irrespirable. Ma maison. Mon havre de paix. L'endroit où je me croyais protégée du reste du monde était surveillé par un prédateur.

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— Qu'est-ce qu'il cherche ? ai-je articulé avec peine. Michaël est mort depuis trois ans ! Qu'est-ce qu'on pourrait bien me vouloir ?

— Ce que Michaël a conservé, a répondu Walter d'un ton solennel. Ce que Thomas Greer recherche désespérément depuis tout ce temps et qu'il n'a jamais pu trouver.

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