Chapter 12 - La Chute de Cole

Pendant que June prenait les rênes de la Hale Maritime Holdings, le monde de Cole Warren s'effondrait irrémédiablement dans les profondeurs de la misère qu'il avait lui-même creusée. Saisi par l'ordonnance de restriction, abandonné par Richard Sterling qui avait pris la fuite vers une destination inconnue, et poursuivi par les créanciers de Vance, Cole était aux abois.
Dans la chambre puante du motel de banlieue où il se terrait, les bouteilles de bière vides jonchaient le sol moquetté. La télévision bon marché diffusait en boucle les images de la conférence de presse donnée par June à la sortie du siège social. On la voyait, rayonnante, entourée de journalistes, annonçant la restructuration du groupe et le lancement d'une fondation caritative portant le nom de sa mère.
« Regarde-la... », cracha Cole en jetant une boîte de conserve vide contre l'écran. « Regarde cette petite sainte... C'est mon fric qu'elle dépense ! Mon fric ! »
La porte de la chambre fut soudainement défoncée d'un coup de pied violent.
Trois hommes trapus s'engouffrèrent dans la pièce étroite. À leur tête se tenait Vance, vêtu d'un manteau en cuir élimé, les yeux étincelants d'une colère froide.
« Vance ! » Bégaya Cole en se reculant précipitamment vers le lit, les mains levées en signe de défense. « Qu'est-ce que vous faites là ? Je vous avais dit de ne pas venir ici ! »
Vance s'avança lentement et attrapa Cole par le col de son t-shirt thermique sale, le soulevant presque de terre.
« T'es une vraie calamité, Cole », cracha le caïd en lui envoyant une gifle retentissante qui lui ouprit la lèvre. « Tu m'avais promis des millions. J'ai avancé dix mille dollars pour tes avocats et tes cartes de crédit, et aujourd'hui j'apprends que ton pote Sterling s'est tiré et que ta femme t'a plumé au tribunal ! »
« Ce n'est pas ma faute ! » Hurla Cole, les larmes aux yeux, la terreur lui tordant le ventre. « Laisse-moi une chance ! Je vais contester le divorce ! Je peux encore obtenir une prestation compensatoire ! L'avocat a dit qu'on pouvait toucher deux cent mille dollars ! »
Vance le jeta lourdement sur le sol entre les bouteilles cassées. « Le divorce a été prononcé ce matin à dix heures, idiot. C'est passé aux infos. Tu n'as plus un centime. Tu es officielment un SDF endetté jusqu'au cou. »
Cole resta prostré sur le sol mouillé, la bouche sanglante, réalisant la portée de la nouvelle. Il était divorcé. Dépossédé. Seul.
« Et maintenant, on fait comment pour mes dix mille billets ? » Demanda Vance en faisant jouer ses articulations.
« J'ai... J'ai la ferme de Warren Road ! » Bégaya Cole dans un élan de désespoir. « Elle est à mon nom ! Je peux vous la céder ! Elle vaut au moins cinquante mille dollars ! »
Vance laissa échapper un rire méprisant. « Ta baraque délabrée dont le toit s'effondre et dont le terrain est noyé sous la boue ? Elle ne vaut même pas le prix du bois de chauffage, Cole. Mais la banque a déjà engagé une procédure de saisie pour impayés de taxe foncière depuis trois mois. Tu n'as même plus de toit. »
Les deux hommes de main de Vance s'avancèrent et attrapèrent Cole par les bras.
« Tu vas venir avec nous », ordonna Vance en attrapant les quelques affaires de Cole. « Tu vas travailler dans nos entrepôts de South Boston pour rembourser ta dette. Et si tu essaies de te faire la malle ou d'approcher encore une fois de ta femme, c'est au fond du port qu'on te retrouvera. »
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Cole fut traîné hors de la chambre sous la pluie battante, hurlant et pleurant comme un enfant. En montant à l'arrière du fourgon tôlé, il aperçut sur le panneau d'affichage de la rue une immense affiche publicitaire pour la Hale Maritime Holdings. Le visage de June y apparaissait en grand, majestueux et serein, au-dessus du slogan : « Construire l'Avenir sur des Fondations Inébranlables. »
C'était le dernier aperçu qu'il aurait de la femme qu'il avait jetée dans la boue.