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Chapter 4 - Les Secrets d'Everett

Le lendemain matin, le soleil perça à peine la brume matinale de Boston. Dans le bureau de Malcolm Pierce, situé au quarantième étage d'une tour de verre du quartier financier, l'ambiance était électrique. Les murs tapissés de boiseries sombres et les diplômes encadrés donnaient une impression d'invulnérabilité, mais le message reçu par June la veille au soir pendait au-dessus de la table comme une épée de Damoclès.

Clara Vance projetait sur un grand écran plat l'arbre généalogique de la famille Hale ainsi que les états financiers de la Hale Maritime Holdings.

« Cole ne bluffe pas totalement », expliqua Clara en pointant un dossier marqué d'un coup de tampon rouge Confidentiel. « Il n'a pas les capacités intellectuelles pour concevoir une stratégie juridique complexe, mais il s'est entouré de prédateurs extrêmement dangereux. Arthur Pendelton est un maître du chantage médiatique. Il a déjà utilisé cette tactique contre d'autres familles aisées de la côte Est. »

June, vêtue d'un ensemble élégant mais sobre en laine beige acheté en urgence la veille, se tenait droite sur son siège. « De quoi parle-t-il quand il évoque ma grand-mère ? Ma mère ne m'a presque jamais parlé d'elle. Elle s'appelait Victoria, n'est-ce pas ? »

Malcolm prit la parole, posant ses mains croisées sur la table. « Victoria Hale est décédée en 1984. Officiellement, une pneumonie foudroyante dans la propriété familiale d'Ipswich. Mais la vérité est que Victoria et Everett vivaient une séparation de fait destructrice. Victoria menaçait de divorcer et de réclamer la moitié des parts de la compagnie maritime, ce qui aurait coulé l'entreprise à l'époque. Deux jours avant la signature des papiers officiels de séparation, elle est tombée malade et est décédée subitement. Aucun examen autopsique approfondi n'a été mené à l'époque, en raison de l'influence politique de votre grand-père. »

Un frisson glissa le long de la colonne vertébrale de June. « Vous voulez dire que mon grand-père l'a... ? »

« Non », coupa immédiatement Malcolm. « Everett adorait sa femme, malgré leurs différends violents. Les rapports médicaux privés que nous avons retrouvés dans ses archives personnelles prouvent qu'elle souffrait d'une maladie auto-immune rare, non diagnostiquée à l'époque. Mais pour la presse à scandale ou un tribunal influençable, le timing de sa mort paraît hautement suspect. Si Pendelton réussit à vendre cette histoire aux journaux à sensation, le cours de l'action de la Hale Maritime va dévisser de cinquante pour cent en quelques heures, et la valeur de votre héritage sera pulvérisée. »

« C'est pour cela que Cole essaie de me terrifier », réalisa June, la voix ferme. « Il veut que je panique et que je signe un accord à l'amiable pour lui céder quelques millions en échange de son silence. »

« Exactement », confirma Clara. « Et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Si vous cédez une fois, il reviendra toute sa vie pour vous réclamer plus. »

Pendant ce temps, dans les bureaux miteux d'un détective privé véreux de la banlieue de Boston, Cole trépignait d'impatience. Assis en face d'Arthur Pendelton, il observait un homme aux cheveux gras étaler des documents jaunis sur le bureau.

« On a trouvé le point faible », déclara le détective privé avec un rictus mauvais. « L'ancien médecin de famille des Hale, le docteur Julian Thorne, est encore en vie. Il a quatre-vingt-quatre ans et vit dans une maison de retraite médicalisée à Cape Cod. C'est lui qui a signé le certificat de décès de Victoria Hale sans poser de questions à l'époque. Ses comptes bancaires de 1984 montrent un virement inhabituel de cent mille dollars effectué deux semaines après les funérailles. »

Cole frappa dans ses mains avec enthousiasme. « Un pot-de-vin ! Le vieux salaud a acheté le silence du toubib ! C'est la preuve qu'on cherchait ! »

Pendelton calma son ardeur d'un geste de la main. « Ce n'est pas encore une preuve légale indiscutable, Cole. Mais c'est amplement suffisant pour créer un typhon médiatique. Nous allons rendre visite au docteur Thorne cet après-midi. S'il confirme nos soupçons devant un enregistreur cachée, nous tenons la petite June par les sentiments. »

« Et si le vieux refuse de parler ? » Demanda Vance, qui s'était adossé contre le cadre de la porte, les bras croisés sur sa large poitrine.

Pendelton eut un sourire froid. « À quatre-vingt-quatre ans, les gens ont très peur des accidents de santé opportuns. Il parlera. »

À dix heures du matin, June quitta le cabinet d'avocats accompagnée de deux gardes du corps rapprochés engagés par Malcolm. Son premier arrêt devait être la demeure historique de son grand-père à Ipswich, un magnifique domaine surplombant l'océan Atlantique où elle n'avait encore jamais mis les pieds. Elle avait besoin de voir l'endroit où sa famille avait été brisée, de comprendre qui était vraiment cet homme qui lui léguait sa fortune.

Alors que sa limousine noire quittait l'autoroute pour s'engager sur les petites routes menant à la côte, June reçut un appel direct sur le téléphone sécurisé que Malcolm lui avait fourni.

« June ? C'est Clara », dit la voix urgente de l'avocate à l'autre bout du fil. « Nous venons de localiser le téléphone de Cole. Il fait route vers le sud, en direction de Cape Cod, accompagnés de Pendelton. On a piraté leurs échanges récents : ils ont retrouvé le docteur Thorne, le médecin qui a assisté votre grand-mère. Ils veulent lui extorquer un faux témoignage pour détruire la mémoire d'Everett. »

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June serra les poings, la rage remplaçant la peur dans ses yeux. Cole avait piétiné sa dignité pendant cinq ans, l'avait jetée dans la boue comme un déchet, et maintenant il s'en prenait aux fantômes de sa famille pour satisfaire sa cupidité insatiable.

« Faites faire demi-tour à la voiture », ordonna June au chauffeur avec un calme glacial qui surprit ses propres gardes du corps. « Nous allons à Cape Cod. Il est hors de question que je laisse cet homme salir une minute de plus le nom des miens. »

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