Chapter 18 - La Justice des Hommes

Trois jours après la nuit du drame à Ipswich, le tribunal correctionnel de Boston tenait une audience d'urgence sous haute sécurité. La tentative d'intrusion violente et d'agression à main armée commise par Cole Warren avait fait la une de tous les médias du pays. Cette fois, aucune manipulation possible, aucune fausse victime : Cole avait été pris sur le fait, immobilisé sous les décombres de sa propre folie.
Dans la salle d'audience bondée, June était assise au premier rang, entourée de Malcolm Pierce et de Clara Vance. Sa cheville droite était maintenue par une attelle légère, mais son visage traduisait un calme absolu.
Cole fut introduit dans la cage des accusés par deux marshals fédéraux. Il portait la tenue orange des détenus à haute sécurité. Son poignet droit était plâtré, son visage portait les marques des coupures de verre, et ses épaules étaient voûtées. Il ne ressemblait plus qu'à l'ombre de l'homme arrogant qu'il était autrefois.
Le procureur de la République prit la parole avec une sévérité exemplaire :
« Votre Honneur, l'accusé Cole Warren a prémédité avec une extrême violence une attaque contre la personne de Melle June Hale. Il a rompu une ordonnance de restriction judiciaire, coupé les communications d'une demeure privée, s'est armé d'une arme blanche et a proféré des menaces de mort explicites. Son casier judiciaire et ses collusions répétées avec le milieu du grand banditisme prouvent un mépris total pour les lois de la République. Nous réclamons la peine maximale sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans. »
L'avocat commis d'office de Cole tenta une bien maigre défense, évoquant la détresse psychologique et l'altération du discernement dues à la précarité financière.
La juge Mercer, qui présidait une fois de plus la séance, observa Cole avec une sévérité méprisante.
« M. Warren », déclara la juge d'une voix martiale. « Vous avez bénéficié de toutes les indulgences de notre système juridique lors de votre divorce. Au lieu de reconstruire votre vie par le travail et l'honnêteté, vous avez choisi la voie du crime, du chantage et de la violence aveugle. Vous êtes un danger public pour la société et pour Mademoiselle Hale en particulier. »
Elle frappa de son marteau sur le socle en bois.
« Le tribunal vous déclare coupable de tentative de kidnapping, agression armée avec prédiction, violation de domicile et rupture de contrôle judiciaire. Vous êtes condamné à une peine de douze années de réclusion criminelle à purger dans le pénitencier de sécurité maximale de Walpole. »
Un murmure de satisfaction parcourut l'assistance. Cole s'effondra sur son banc, les larmes coulant sur son visage ridé par la déchéance. Il leva des yeux terrifiés vers June, cherchant une lueur de compassion dans son regard.
June se leva lentement, s'appuyant légèrement sur sa canne élégante. Elle le fixa une dernière fois droit dans les yeux. Il n'y avait plus de colère dans son regard, plus de vengeance, seulement le vide sidéral que laisse le départ d'une illusion.
Alors que les marshals entraînaient Cole vers les geôles du sous-sol, Vance et ses complices du port furent à leur tour interpellés par les agents du FBI dans le hall du tribunal pour leur rôle dans les activités de prêt usuraire et de complicité. Le réseau de prédateurs qui avait gravitér autour de la fortune des Hale était définitivement démantelé.
En sortant sur le perron du bâtiment sous un soleil d'hiver éclatant, June fut accueillie par une foule de journalistes et d'anonymes qui l'applaudirent chaleureusement.
Malcolm Pierce s'approcha d'elle et lui tendit un document scellé.
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« C'est le décret final de dissolution de tout lien juridique restant avec M. Warren, June », dit doucement le vieil avocat. « Vous êtes désormais entièrement, totalement libre. »
June inspira profondément l'air pur et glacé de Boston. La page était enfin tournée.