Chapter 10 - Le Prix de la Pitié

Après quarante-huit heures de garde à vue au commissariat du huitième arrondissement de Paris, Adrian fut libéré sous contrôle judiciaire strict, moyennant la remise de son passeport et l'interdiction formelle de s'approcher de moi ou des sièges sociaux de la société Valrose Innovations. Sa tentative d'usurpation d'identité n'avait fait qu'alourdir son dossier d'instruction.
Ruiné, chassé de ses appartements et abandonné par tous ses soutiens financiers, il tenta l'ultime démarche de la désespérance : contacter ma propre mère, Hélène Valrose, qui vivait retirée dans sa propriété de famille en Normandie.
Hélène, une femme de principes, âgée de soixante-dix ans, m'appela immédiatement sur ma ligne sécurisée.
« Claire, mon enfant », dit ma mère d'une voix altérée par l'émotion. « Adrian vient de m'appeler en pleurant depuis une cabine téléphonique. Il affirme que tu l'as dépouillé de tout, qu'il dort dans des hôtels misérables et qu'il n'a même plus de quoi se payer à manger. Est-il vrai que tu as bloqué jusqu'à ses comptes personnels ? »
Je poussai un profond soupir, attristée par la manipulation abjecte dont ma mère faisait l'objet. « Maman, écoute-moi très attentivement. Adrian m'a trompée publiquement avec Céleste Vale le jour de la Saint-Valentin, devant toute la presse économique. Il a tenté de revendre les brevets de papa à des investisseurs étrangers et il a détourné quatorze millions d'euros des caisses de la société. »
Un silence suffoqué se fit entendre à l'autre bout du fil.
« Mon Dieu... » murmura ma mère, abasourdie. « Il m'a juré sur la mémoire de ton père qu'il s'agissait d'un malentendu d'affaires... »
« C'est un menteur et un manipulateur, Maman », dis-je d'une voix ferme mais empreinte de tendresse. « Il utilise ta bonté pour essayer de me faire fléchir. Je te demande solennellement de ne pas lui verser un seul centime et de ne plus répondre à ses appels. Tout ce qu'il subit aujourd'hui n'est que la conséquence directe de ses propres crimes. »
« Je comprends, Claire », répondit ma mère, sa voix retrouvant sa gravité naturelle. « Pardonne-moi d'avoir douté de toi. Ton père m'avait prévenue peu avant sa mort qu'Adrian avait trop d'orgueil et pas assez d'honneur. Il avait raison. Fais ce que tu dois faire, ma fille. Proptège notre nom. »
Après avoir raccroché, je me suis tournée vers Julien qui m'attendait dans le grand salon de réception de notre filiale parisienne.
« Tout va bien ? » me demanda-t-il avec sollicitude.
« Il essaie d'attaquer ma famille maintenant », dis-je en serrant les poings. « La pitié n'a plus aucune place dans cette histoire. Miriam doit accélérer la demande de liquidation judiciaire de ses avoirs personnels. Je veux que chaque centime détourné de l'héritage de mon père soit remboursé jusqu'au dernier centime. »
« C'est déjà en cours », m'assura Julien. « Demain soir a lieu le grand gala de la Banque de France au Palais Brongniart. Tu y es invitée d'honneur en tant que nouvelle présidente de Valrose Innovations. Toute la finance européenne sera présente. Ce sera l'occasion de sceller définitivement ta victoire aux yeux du monde. »
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Je me suis observée dans le miroir du salon. La femme timide et réservée d'autrefois avait laissé la place à une dirigeante sûre d'elle, prête à assumer son destin sans trembler.
« Nous irons ensemble, Julien », déclarai-je avec assurance. « Il est temps de montrer à tous que l'ère d'Adrian est définitivement révolue. »