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Chapter 6 - Les Cendres du Passé

Assise dans le fauteuil en cuir de mon ancien père, je tenais entre mes mains une photographie jaunie par le temps. On y voyait mon père, le docteur Charles Valrose, souriant devant le premier prototype de moteur à énergie propre qu'il avait mis au point dans son petit laboratoire de banlieue. À ses côtés, un jeune homme timide et ambitieux tenait un cahier de notes : Adrian, vingt-quatre ans à l'époque, que mon père avait pris sous son aile comme un fils spirituel.

Je me suis remémoré le jour où tout avait basculé. Mon père luttait contre une maladie foudroyante à l'hôpital. Sur son lit de mort, il m'avait fait promettre de protéger son invention contre les prédateurs de la haute finance. Il ignorait que le loup était déjà dans la bergerie. Adrian avait profité de ma détresse émotionnelle pour me séduire, me convaincre de l'épouser et de lui confier la gestion opérationnelle des brevets.

« Tu es trop fragile pour affronter la jungle des affaires, Claire », me répétait-il alors avec une fausse tendresse. « Laisse-moi porter ce fardeau. Sois juste ma muse, ma femme. »

Pendant six ans, j'avais accepté de jouer ce rôle effacé pour lui faire plaisir, par amour et par respect pour le souvenir de mon père. J'avais créé Northstar Capital dans l'ombre uniquement comme un bouclier juridique de sécurité, au cas où Halcyon traverserait des zones de turbulences. Je n'aurais jamais imaginé que le danger principal venait de l'homme qui dormait à mes côtés chaque nuit.

La porte de mon bureau s'ouvrit doucement, interrompant mes souvenirs. C'était Julien Vance.

Julien était un homme de trente-cinq ans, au regard acéré et à la carrure élégante. Ancien camarade d'études de mon père et brillant investisseur international basé à Genève, il était l'une des rares personnes à connaître la véritable histoire de Northstar Capital.

« Tu as l'air pensive, Claire », dit-il en déposant un dossier confidentiel sur mon bureau avant de s'asseoir en face de moi.

« Je repensais à la crédulité dont j'ai fait preuve pendant toutes ces années, Julien », avouai-je en posant la photo. « J'ai laissé Adrian utiliser le nom de mon père pour s'enrichir et construire sa propre gloire. »

« Tu as été loyale envers l'homme que tu aimais », corrigea Julien d'une voix douce mais ferme. « Ce n'est pas de la crédulité, c'est de l'intégrité. Et la différence entre toi et lui, c'est que toi, tu as gardé le contrôle réel sans avoir besoin d'étaler ton pouvoir. »

Il ouvrit le dossier. « J'ai examiné la situation financière d'Halcyon après le retrait de tes parts. La société est assainie de sa dette spéculative, mais il nous manque un partenaire stratégique européen pour relancer la production du moteur Valrose. »

« Tu as une idée ? » demandai-je.

« La société de gestion Vance & Co est prête à investir deux cents millions d'euros pour entrer au capital », proposa Julien en me fixant droit dans les yeux. « Mais à une condition irrévocable. »

Je haussai un sourcil. « Quelle condition ? »

« Que tu sortes définitivement de l'ombre, Claire. Que tu prennes officiellement la présidence du groupe et que le brevet porte à nouveau le nom de ton père : Valrose Innovations. Il est temps que le monde sache qui est le véritable cerveau derrière cette révolution industrielle. »

Un frisson traversa mon échine. Pendant des années, je m'étais cachée derrière des prête-noms par modestie et par peur du conflit. Mais la trahison d'Adrian m'avait libérée de mes chaînes.

« J'accepte, Julien », répondis-je en lui tendant la main. « Préparons l'annonce officielle pour la presse internationale. »

Au même moment, dans les rues sombres et trempées de pluie de la ville, Adrian marchait sans but, le col de son manteau relevé. Il avait tenté de contacter tous ses anciens associés, ses amis du club de golf, ses partenaires d'affaires. Tous lui avaient fermé leur porte au nez, refusant d'être associés au scandale. En passant devant la vitrine d'un magasin d'électronique, il vit son visage apparaître sur un écran de télévision sous le titre : *LA CHUTE D'ADRIAN : L'ESCROC DE LA FINANCE DÉMASQUÉ PAR SON ÉPOUSE*.

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La rage consumait ses entrailles. Il attrapa son téléphone prépayé, acheté avec ses derniers billets de banque, et composa un numéro inconnu.

« J'ai besoin de vos services », murmura-t-il à l'inconnu à l'autre bout du fil. « Je veux détruire la réputation de Claire Valrose avant qu'elle ne prenne la tête de l'entreprise. Quel que soit le prix. »

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