Chapter 11 - L'Appât et le Piège

Le plan élaboré par mon père et l'agent Reeves était d'une témérité absolue. J'allais servir d'appât direct pour faire sortir Marcus Vance de sa cachette, tout en étant sous la protection rapprochée d'une équipe de tireurs d'élite du FBI dissimulée autour de l'ancien atelier naval.
On m'a équipée d'un émetteur radio ultra-discret dissimulé sous le col de ma veste, ainsi que d'un micro-oreille invisible de la taille d'un grain de riz. Dans ma main droite, je tenais la fameuse mallette rouge vif, contenant le disque dur original que nous avions sécurisé.
« N'oublie jamais, Claire, m'a répété mon père une dernière fois en me serrant fort les épaules dans le van de commandement garé à deux blocs des quais. Dès qu'il confirme la présence de la mallette et qu'il s'avance vers toi, tu prononces la phrase 'Le soleil se couche sur Folly Beach'. C'est le signal pour que les snipers neutralisent Vance. Tu te jettes immédiatement au sol. Est-ce que c'est bien clair ? »
« Oui, Papa. 'Le soleil se couche sur Folly Beach'. Je m'en souviendrai », ai-je répondu en essayant de maîtriser la chair de poule qui me couvrait les bras.
Il m'a tendu le téléphone prépayé.
« Compose le numéro que je t'ai donné. Laisse-lui un message court et paniqué. Il te rappellera dans les deux minutes. »
J'ai composé les dix chiffres. La tonalité a retenti trois fois avant de basculer sur une boîte vocale anonyme.
« Grant... ou Marcus... je ne sais même plus comment t'appeler, ai-je déclaré d'une voix tremblante mais parfaitement audible. Le FBI me poursuit. Ils ont découvert la vérité. J'ai la mallette rouge avec moi. Je suis à l'ancien atelier navale du quai numéro 4. Viens me chercher avant qu'ils ne me trouvent, ou je jette le disque dur dans le fleuve. »
J'ai racroché. J'ai pris une profonde inspiration, puis je suis sortie du van de commandement. L'air nocturne de Charleston était froid et chargé d'humidité. Je suis avancée seule dans l'allée sombre menant aux anciens entrepôts désaffectés du port.
Le silence de la zone industrielle n'était perturbé que par le clapotis régulier de l'eau contre les piliers en bois du quai et le grincement des structures métalliques sous le vent. Des conteneurs de fret rouillés s'entassaient le long du chemin, créant des labyrinthes d'ombres menaçantes.
Exactement une minute et quarante secondes plus tard, le téléphone jetable a vibré dans ma main.
J'ai décroché immédiatement.
« Tu es seule ? a demandé la voix glaciale de Marcus Vance. »
« Oui ! Je suis seule ! Le FBI me cherche partout, ils ont installé des barrages en ville ! ai-je menti avec une ferveur désespérée. Je suis devant le hangar du quai 4. Marcus... s'il te plaît... je veux juste que tout cela s'arrête ! Prends ce disque dur maudit et laisse-moi partir ! »
Un court silence a résonné dans la ligne. Je pouvais entendre le bruit léger d'un générateur électrique à l'arrière-plan de son appel.
« Avance jusqu'à l'intérieur du hangar, Claire. La grande porte coulissante est entrouverte. Si je vois le moindre véhicule de police à un kilomètre à la ronde, je te descend d'une balle dans la tête avant même que tu n'aies le temps de crier. »
La communication s'est coupée.
Dans mon micro-oreille, la voix calme de l'agent Reeves est aussitôt intervenue :
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« Nous t'entendons, Claire. Nos tireurs d'élite sont en position sur les toits environnants. Tu peux entrer dans le hangar. Nous te couvrons. »
J'ai ravalé ma salive, serré la poignée de la mallette rouge jusqu'à en avoir les knuckles blancs, et j'ai poussé la lourde porte métallique coulissante du hangar.