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Chapter 11 - Le témoignage de l'expert

La diffusion de l'enregistrement audio d'une clarté cristalline marqua le tournant décisif du procès. La tentative de la défense de dépeindre ma fille et moi comme des conspiratrices venait de voler en éclats. Mais le Ministère Public n'avait pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin : pour assurer une condamnation irrémédiable, il devait étayer l'accusation d'éléments scientifiques incontestables.

Le lendemain matin, le procureur Harrison appela à la barre le Docteur Arthur Sterling, chef du département de toxicologie médico-légale de l'Université de Caroline du Nord.

Le Docteur Sterling, un homme mûr aux cheveux poivre et sel et à l'allure austère, s'installa dans le fauteuil des témoins avec une sacoche remplie de rapports d'expertise.

— Docteur Sterling, pouvez-vous expliquer au jury la nature exacte de la substance retrouvée dans la fiole ambrée saisie au domicile de l'accusé ? Demanda le procureur.

— Il s'agit d'un extrait purifié de Digitalis purpurea, une plante extrêmement toxique à forte concentration, expliqua le médecin d'une voix calme et pédagogue. La digitaline altère le fonctionnement de la pompe sodium-potassium des cellules cardiaques. À faible dose contrôlée, elle est utilisée en médecine pour traiter certaines insuffisances cardiaques. Mais à la concentration retrouvée dans cette fiole, c'est un poison foudroyant.

— Quels sont les effets d'une telle dose administrée dans une boisson chaude ?

— L'absorption par la muqueuse stomacale est extrêmement rapide, répondit le Docteur Sterling. En quinze à vingt minutes, la victime ressent de graves nausées, des vertiges et des troubles de la vision. En moins de trente minutes, le poison provoque une fibrillation ventriculaire suivie d'un arrêt cardiaque irréversible.

— Et cette substance laisse-t-elle des traces identifiables lors d'une autopsie de routine ?

— C'est là toute la gravité de cette affaire, souligna l'expert en fixant le jury. Sans une analyse toxicologique ciblée – qui n'est quasiment jamais ordonnée lors d'un décès survenu chez une personne sans antécédents suspectés – la mort est systématiquement attribuée à une crise cardiaque naturelle ou à un syndrome d'ischémie myocardique aiguë. C'est le poison parfait pour commettre un crime indécelable.

Un frisson parcourut la salle d'audience.

— Docteur Sterling, reprit le procureur en saisissant un second dossier, vous avez également procédé à l'expertise toxicologique du corps exhumé de Clara Vance Delaney, la première épouse de l'accusé. Qu'avez-vous découvert ?

— Les résultats sont absolument formels, déclara le toxicologue sans hésiter. Les analyses par spectrométrie de masse effectuées sur les échantillons d'ongles, de cheveux et de tissus osseux de Clara Vance ont révélé une concentration massive de digitaline. La défunte a ingéré une dose létale de cette même substance quelques heures avant son décès survenu il y a cinq ans.

— Il n'y a donc aucun doute sur la cause de sa mort ?

— Aucun doute médical ni scientifique, affirma le Docteur Sterling. Clara Vance ne s'est pas éteinte de mort naturelle. Elle a été empoisonnée.

Maître Vance se leva pour le contre-interrogatoire, mais son assurance habituelle avait fait place à une agressivité nerveuse.

— Docteur Sterling ! Lança l'avocat de la défense. Ne pouvez-vous pas concevoir que cette digitaline ait pu être administrée à titre de traitement médical mal dosé par la victime elle-même ?

— Monsieur Vance, répondit froidement le médecin, la concentration retrouvée dans le corps de Clara Vance dépassait de quatre-vingts fois la dose thérapeutique maximale. Personne ne prend une telle quantité par inadvertance. C'est une administration criminelle deliberate.

Vance tenta d'insister :

— Et concernant la facture d'achat de produits chimiques au nom de Madame Elena Delaney ? N'est-il pas possible qu'elle ait eu accès à ces produits ?

Le procureur Harrison bondit :

— Objection ! L'enquête de la brigade financière a déjà établi hier soir que l'adresse IP utilisée pour passer cette commande en ligne correspondait au serveur privé du bureau de Monsieur Julian Delaney !

Le juge Thomas frappa de son marteau.

— Objection soutenue ! Maître Vance, veuillez éviter de reposer des questions dont la réponse matérielle a déjà été apportée par les preuves informatiques.

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Richard Vance se rassit brusquement, le visage sombre. À côté de lui, Julian s'était effondré sur sa chaise, le regard fixe, réalisant que le piège scientifique s'était définitivement refermé sur lui.

Chaque mensonge qu'il avait soigneusement construit depuis des années s'effritait inexorablement devant la rigueur de la vérité scientifique.

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