Chapter 9 - Le témoignage sous le feu croisé

Le lendemain matin, je fus appelée à la barre en tant que premier témoin principal de l'accusation. En m'avançant vers le fauteuil en bois verni situé à côté du juge, je sentais les regards de toute la salle converger vers moi. Sur le banc de la défense, Julian me fixait sans ciller, le visage totalement dénué d'émotion.
Je posai la main droite sur la Bible et prêtai serment d'une voix claire qui résonna dans le silence tendu de la salle.
Le procureur Harrison s'approcha de la barre avec une bienveillance mesurée.
— Madame Delaney, racontez au jury la journée du samedi 14 octobre.
Pendant près d'une heure, je racontai chaque détail de cette matinée maudite : le mot froissé glissé par Camille dans la cuisine, la terreur dans les yeux de ma fille, le prétexte de la migraine, la fuite en voiture, la découverte effroyable du complot d'empoisonnement, puis notre retour risqué dans la maison pour récupérer le téléphone et les preuves dans le bureau de Julian.
— Et que s'est-il passé lorsque vous étiez dans le bureau, Elena ? Demanda doucement le procureur.
— J'ai vu la fiole en verre ambré cachée derrière notre photo de mariage, répondis-je en désignant la pièce à conviction sous scellé présentée sur une table à côté du jury. Et j'ai trouvé la feuille de papier sur laquelle Julian avait rédigé le calendrier exact de mon empoisonnement. Il avait écrit : « Après le thé. »
— Merci, Madame Delaney. Votre témoin, Maître Vance.
Richard Vance se leva lentement, ajustant sa veste avec un sourire carnassier. Il s'avança vers moi comme un prédateur fond sur sa proie.
— Madame Delaney, commença-t-il d'une voix mielleuse. Vous affirmez avoir été prise d'une panique incontrôlable lorsque votre fille vous a montré ce mot dans la cuisine. Est-ce exact ?
— Oui, c'est exact.
— Et pourtant, au lieu d'appeler immédiatement les secours ou de vous réfugier chez un voisin, vous avez pris la décision de retourner dans la propriété de mon client pour fouiller son bureau personnel ? Ne trouvez-vous pas cette conduite étrange pour une femme soi-disant terrorisée ?
— Je voulais récupérer le téléphone de ma fille qui contenait l'enregistrement vocal ! Répondis-je fermement. Et je voulais comprendre ce qui se passait !
— Ou peut-être, reprit Vance en élevant la voix et en se tournant vers le jury, vouliez-vous replacer dans ce bureau un flacon de digitaline que vous vous étiez procurée vous-même quelques semaines plus tôt pour fabriquer cette accusation de toutes pièces ?
— C'est absolument faux ! M'écriai-je, indignée. Je ne connaissais même pas l'existence de cette substance avant que le laboratoire de la police ne m'en donne le nom !
— Vraiment ? Insista l'avocat de la défense en sortant un document de sa pochette. Monsieur le Juge, je demande à verser au dossier la pièce D-14 : le relevé de carte bancaire de la société de gestion de patrimoine de Madame Delaney, daté de six mois avant les faits. On y constate un paiement de quatre mille dollars effectué auprès d'un laboratoire chimique basé à Miami.
Un coup de tonnerre sembla éclater dans la salle. Je dévisageai le document qu'un huissier me tendait. Mon nom figurait bien au bas de la facture, associé à l'achat de composés chimiques rares.
— Je... Je n'ai jamais effectué cet achat ! Balbutiai-je, sentant le sol se dérober sous mes pieds. C'est une carte d'entreprise à laquelle Julian avait un accès total ! Il a utilisé mon nom pour acheter le poison et me faire accuser si son plan échouait !
— Quelle coïncidence commode, Madame Delaney ! Ricana Vance d'un ton sarcastique. Chaque fois qu'une preuve matérielle vous incrimine, vous rejetez la faute sur votre époux ! N'est-il pas vrai que votre premier mariage s'est soldé par une faillite retentissante et que vous étiez désespérément à la recherche d'argent frais pour financer l'éducation de votre fille ?
— Objection ! Intervint le procureur Harrison en se levant. L'avocat de la défense spécule et attaque personnellement le témoin sans aucun fondement !
— Soutenue, tranchas le juge Thomas. Maître Vance, tenez-vous-en aux faits.
— Je n'ai plus de questions pour ce témoin pour le moment, Monsieur le Juge, dit Vance avec un sourire autosatisfait en retournant à sa table.
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Je descendis de la barre, le visage brûlant de honte et de colère. L'avocat de Julian venait de semer le doute dans l'esprit de certains jurés. Je le voyais à la manière dont deux femmes du premier rang me dévisageaient désormais avec suspicion.
Mais la défense ignorait encore une chose : le témoin suivant allait faire basculer le procès de manière irréversible.