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Chapter 4 - La fuite éperdue et les révélations de la nuit

Le cadre en bois de la porte de la chambre d'amis avait volé en éclats. Par l'ouverture de la fenêtre, la tête de Julian apparut. Son visage, habituellement si lisse et contrôlé, était défiguré par une rage pure, les yeux injectés de sang, la mâchoire contractée.

— Elena ! Reviens ici tout de suite ! Hurla-t-il d'une voix gutturale que je ne lui connaissais pas. Tu ne sais pas dans quoi tu te mêles ! Tu vas tout gâcher !

Il tenta de passer le corps à travers le cadre étroit de la fenêtre pour nous poursuivre sur le toit du garage.

— Glisse, Camille ! Saute dans les buissons ! Criai-je en poussant ma fille.

Camille se laissa glisser le long de la pente en zinc et sauta sans hésiter dans l'épais massif d'hortensias qui bordait le garage. Je la suivis un quart de seconde plus tard. Le choc de la réception me tordit légèrement la cheville, mais l'adrénaline effaça instantanément toute sensation de douleur.

Nous nous sommes relevées et avons couru à travers le jardin arrière comme si notre vie en dépendait – ce qui était littéralement le cas. Derrière nous, nous entendions les imprécations furieuses de Julian et le bruit de ses pas lourds retombant à son tour sur le toit.

Nous avons franchi la haie de lauriers, déchirant nos vêtements et écorchant nos bras sur les branches sèches, pour émerger enfin sur la rue calme du quartier résidentiel. Sans demander notre reste, nous avons bondi dans mon 4x4. Mes mains tremblantes sont parvenues à enfoncer la clé de contact. Le moteur a rugi, et j'ai appuyé sur l'accélérateur au moment même où Julian déboulait au coin de la rue, le visage couvert de sueur et les vêtements maculés de poussière.

Dans le rétroviseur, je vis sa silhouette rapetisser à mesure que nous prenions de la distance, restant immobile au milieu de la chaussée, me fixant avec un regard d'une haine mortelle.

Dix minutes plus tard, nous nous effondrions sur les banquettes en cuir de la station-service située à trois kilomètres de là. La police, alertée par Frances Lambert, arriva sur les lieux deux minutes plus tard avec deux patrouilles aux gyrophares hurlants.

Frances sortit de sa berline noire presque en même temps que les forces de l'ordre. Elle entoura Camille d'une couverture en laine tirée du magasin de la station-service et me prit fermement par les épaules.

— Vous êtes en sécurité maintenant, Elena. Les inspecteurs sont déjà en route pour votre domicile.

Pendant que les policiers prenaient mes premières déclarations, un inspecteur de la brigade criminelle, l'inspecteur Miller – un homme d'une cinquantaine d'années au regard fatigué et méticuleux – écouta l'enregistrement audio extrait du téléphone de Camille.

Le grésillement du haut-parleur laissa entendre la voix parfaitement audible de Julian :

« ...Le brunch est la couverture parfaite. Il y aura au moins six témoins dans la maison. Une fois qu'elle aura servi le thé et qu'elle se sera assise, cela ne prendra que quelques minutes. Ça ressemblera à un accident cardiovasculaire foudroyant... L'assurance-vie d'Elena couvrira la dette immédiate auprès des créanciers panaméens avant que je puisse transférer le reste de l'héritage de son père... »

L'inspecteur Miller ferma le téléphone, le visage extrêmement sombre.

— Ce n'est plus une simple dispute conjugale, Madame Delaney, dit-il d'une voix grave. C'est une tentative d'assassinat prémédité avec circonstances aggravantes. Nous avons envoyé la fiole au laboratoire d'analyses toxicologiques en urgence.

Les quarante-huit heures qui suivirent ressemblèrent à un tourbillon cauchemardesque. Camille et moi fûmes relogées sous de faux noms dans un petit hôtel du centre-ville, gardé par deux policiers en civils.

Le laboratoire de la police scientifique rendit son rapport le lendemain après-midi : la fiole ambrée contenait de la digitaline hautement concentrée, une substance cardiotoxique capable d'entraîner un arrêt cardiaque indécelable lors d'une autopsie de routine si l'on ne recherche pas spécifiquement cette molécule. Une dose minime glissée dans une boisson chaude suffisait à tuer une personne en moins de trente minutes.

Les enquêteurs de la brigade financière découvrirent parallèlement un véritable gouffre financier sous les entreprises de Julian. L'homme d'affaires brillant n'était qu'une coquille vide. Julian avait accumulé plus de trois millions de dollars de dettes auprès d'organismes de crédit marron et de fonds offshore panaméens après des investissements frauduleux dans l'immobilier virtuel.

Pour combler ces pertes colossales et éviter la prison pour escroquerie, il avait élaboré un plan machiavélique : faire souscrire à mon insu une assurance-vie de deux millions de dollars à mon nom, éliminer ma présence gênante, puis faire main basse sur le reste de la fortune de mon père grâce à des procurations falsifiées.

Mais le pire reste à venir.

Le surlendemain de son arrestation, l'inspecteur Miller se présenta dans notre chambre d'hôtel avec une pochette de documents confidentiels.

— Madame, dit-il en s'asseyant en face de moi, les investigations sur le passé de votre mari ont révélé un élément extrêmement troublant. Il y a cinq ans, avant de vous rencontrer, Julian Delaney était marié à une femme nommée Clara Vance.

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine.

— Clara Vance ? Il m'a toujours dit qu'elle était morte d'une crise cardiaque foudroyante dans leur maison de campagne...

— C'est en effet la conclusion officielle de l'époque, répondit Miller avec une froideur clinique. Mais au vu des éléments découverts dans votre dossier – le mode opératoire, la souscription d'une assurance-vie équivalente quelques mois plus tôt, et les mouvements de fonds panaméens – le procureur général vient d'ordonner l'exhumation du corps de Clara Vance pour une contre-expertise toxicologique.

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Le monde vacilla autour de moi. L'homme que j'avais aimé, l'homme avec qui j'avais partagé mon toit pendant des années, n'était pas seulement un escroc et un manipulateur.

C'était un tueur en série domestique.

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