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Chapter 5 - Le masque de l'accusé

La nouvelle de l'exhumation du corps de la première épouse de Julian fit l'effet d'une bombe dans les médias régionaux. En quelques heures, la demeure bourgeoise des Delaney devint le point de rassemblement des chaînes de télévision et des journalistes d'investigation. L'affaire Delaney captivait l'opinion publique : le mari idéal, figure de la haute société de Charlotte, accusé d'être un prédateur cynique empoisonnant ses épouses pour renflouer ses finances défaillantes.

Pour Camille et moi, cette couverture médiatique intense transforma notre quotidien en un enfer paranoiaque. Nous étions cloîtrées dans notre chambre d'hôtel, surveillant le moindre bruit dans le couloir, sursautant dès qu'un téléphone sonnait.

Le quatrième jour après l'arrestation de Julian, Maître Frances Lambert vint nous rendre visite. Elle déposa son dossier en cuir sur la table basse et m'observa avec une pointe de préoccupation.

— Julian a engagé Richard Vance, le pénaliste le plus cher et le plus cynique du barreau de l'État, m'annonça-t-elle sans détour. La stratégie de la défense est déjà claire : ils vont tout faire pour discréditer le témoignage de Camille et faire annuler l'enregistrement audio.

— Comment peuvent-ils annuler cet enregistrement ? M'exclamai-je, révoltée. C'est la preuve irréfutable de ses intentions !

— Ils soutiennent que la qualité audio est trop médiocre pour une identification formelle, expliqua Frances. De plus, ils affirment que l'enregistrement a été obtenu de manière illégale par une mineure sous l'emprise d'un choc émotionnel. Quant à la fiole de digitaline, Julian prétend qu'il l'avait achetée pour traiter une prétendue affection cardiaque d'un de ses chiens de chasse, mort l'année dernière.

— C'est un tissu de mensonges abjectes !

— Je le sais, Elena. Mais la justice ne se nourrit pas de vérités morales, elle se nourrit de preuves juridiquement irréprochables. Richard Vance va tenter de dépeindre une image de toi déstabilisée, fragile psychologiquement, affirmant que tu as manipulé ta fille pour monter un complot financier contre ton mari afin de garder l'héritage de ton père pour toi seule.

Camille, assise au bout du lit, se leva d'un bond, le visage rouge de colère.

— C'est lui le monstre ! Cria-t-elle. C'est lui qui voulait tuer Ma Maman ! Je l'ai entendu de mes propres oreilles ! Je le jurerai devant n'importe quel juge !

Frances s'approcha de Camille et lui prit doucement les mains.

— Je sais que tu es très courageuse, Camille. Et ton témoignage sera le cœur de cette affaire. Mais ils vont être impitoyables avec toi lors des audiences préliminaires. Ils vont chercher à te faire craquer, à te faire hésiter sur un détail, une heure, un mot.

L'après-midi même, je fus convoquée au palais de justice pour une audience de fixation de la caution de Julian. C'était la première fois que je revoyais mon mari depuis notre fuite rocambolesque par le toit du garage.

Le tribunal était comble. Lorsque Julian fut introduit dans la salle d'audience par deux gardes armés, un murmure parcourut l'assistance.

Il était vêtue de la combinaison orange des détenus temporaires, les poignets entravés par des menottes en acier. Pourtant, son maintien restait incroyablement droit. Son visage était rasé de près, ses cheveux parfaitement peignés. Il ne portait pas le masque d'un criminel traqué, mais celui d'un martyr digne et injustement accusé.

Lorsqu'il croisa mon regard, il ne manifesta ni colère, ni honte. Il me fixa avec une expression de tristesse infinie, secouant lentement la tête comme s'il déplorait ma prétendue démence.

— Regardez-le, chuchotai-je à Frances. Il joue encore la comédie.

— C'est un psychopathe narcissique, Elena, me répondit à voix basse mon avocate. Il ne ressent aucune culpabilité. Son seul objectif est de contrôler le récit.

L'avocat de Julian prôna une libération sous caution avec assignation à résidence, mettant en avant le passé judiciaire vierge de son client, son ancrage local et ses activités philanthropiques passées.

— Mon client est victime d'un délire de persécution orchestré par une épouse instable et une belle-fille influençable, déclara Richard Vance d'une voix de staccato théâtrale. La fiole retrouvée dans son bureau était destinée à un usage vétérinaire légitime. L'enregistrement audio est inaudible et tronqué. Garder cet homme d'affaires éminent en détention est une violation flagrante de ses droits constitutionnels !

Le procureur se leva à son tour, abattant un dossier épais sur son pupitre.

— Monsieur le Juge, les analyses toxicologiques préliminaires pratiquées sur la dépouille exhumée de la première épouse de l'accusé, Clara Vance Delaney, viennent de tomber il y a deux heures.

Un silence de mort s'abattit sur la salle d'audience.

Julian ne cilla pas, mais je vis une veine se gonfler dangereusement sur sa tempe droite.

— Et que révèlent ces analyses, Monsieur le Procureur ? Demanda le juge en se penchant au-dessus de son bureau.

— La présence de traces significatives de digitaline dans les tissus osseux et les cheveux de la défunte, déclara le procureur d'une voix retentissante. Des doses identiques à celles découvertes dans la fiole saisie au domicile de l'accusé.

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Dans la salle, ce fut le tumulte. Les journalistes se précipitèrent vers les sorties pour diffuser l'information. Julian ferma doucement les yeux, la mâchoire serrée, son masque de martyr se fissurant enfin pour laisser apparaître l'ombre d'un prédateur acculé.

La demande de caution fut rejetée sur-le-champ. Julian Delaney fut maintenu en détention provisoire jusqu'à son procès pour tentative d'assassinat, escroquerie financière et meurtre avec préméditation.

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