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Chapter 8 - Le procès commence

Le jour de l'ouverture du procès de Julian Delaney, la météo sur Charlotte était d'un gris de plomb. La pluie battait contre les hautes vitres en verre fumé de la Cour Supérieure du comté de Mecklenburg, ajoutant à l'atmosphère lourde et dramatique qui régnait dans la grande salle d'audience.

Des centaines de personnes s'étaient pressées sur les bancs du public dès l'aube. Des dizaines de caméras de télévision étaient alignées sur le parvis extérieur, guettant la moindre silhouette impliquée dans ce que les journaux appelaient déjà « Le Procès du Siècle de la Caroline du Nord ».

Je me tenais dans la salle d'attente réservée aux témoins de l'accusation, vêtue d'un ensemble sombre et sobre. Camille était assise à côté de moi, serrant dans ses mains un petit chapelet en bois que sa grand-mère lui avait offert. Malgré la tension extrême qui faisait trembler ses épaules, sa mâchoire était fermement dessinée. Elle avait renoncé à pleurer.

— Tu es prête, Camille ? Chuchotai-je en lui caressant les cheveux.

— Je suis prête, Maman, répondit-elle d'une voix étonnamment mûre et posée. On va le renvoyer là d'où il ne pourra plus jamais nous faire de mal.

La porte de la salle d'attente s'ouvrit sur le procureur Harrison, accompagné de Frances Lambert. Harrison ajusta sa cravate et nous adressa un hochement de tête encourageant.

— La séance est ouverte, Elena. Le jury a été constitué ce matin. Huit femmes, quatre hommes. Un jury plutôt conservateur et attentif aux détails factuels. C'est un bon point pour nous. Mais préparez-vous : la défense va attaquer fort dès sa première déclaration.

Nous sommes entrées dans la salle d'audience sous le crépitement étouffé des projecteurs et le murmure de la foule.

À la table de la défense, Julian apparaissait métamorphosé. Il avait troqué sa tenue de détenu pour un costume sur mesure d'un bleu nuit impeccable, fourni par ses avocats. Son visage arborait une sérénité travaillée, un mélange de dignité offensée et d'affliction contenue. À ses côtés, Maître Richard Vance repassait ses notes d'un air triomphant.

Le juge Thomas, un homme chauve au regard perçant au-dessus de ses lunettes demi-lune, frappa de son marteau en bois pour ramener le silence.

— La Cour est ouverte. La parole est au Ministère Public pour sa déclaration d'ouverture.

Le procureur Harrison se leva et s'avança au centre de la salle, fixant les membres du jury droit dans les yeux.

— Mesdames et Messieurs du jury, commença Harrison d'une voix chaude et captivante. Ce procès n'est pas seulement l'histoire d'un divorce qui a mal tourné. C'est le procès de la cupidité absolue. C'est l'histoire d'un homme, Julian Delaney, qui a transformé le sacrement du mariage en un contrat d'assurance à terme mortel.

Pendant quarante minutes, le procureur égrena méthodiquement le réseau de preuves rassemblées par les enquêteurs : les faux documents financiers, les comptes offshore à Nassau, la souscription clandestine de l'assurance-vie, l'achat de digitaline sous un nom d'emprunt, la tisane mortelle préparée sur le comptoir de la cuisine, et les similitudes frappantes avec le décès tragique de sa première épouse, Clara Vance.

— Vous découvrirez au cours de ces débats que l'homme assis à cette table est un calculateur froid et impitoyable, conclut Harrison en désignant Julian du doigt. Un homme qui préférait empoisonner la femme qui partageait sa vie plutôt que d'assumer publiquement sa faillite financière.

Ce fut au tour de Maître Richard Vance de se lever pour la défense. L'avocat s'avança vers le jury avec un sourire chaleureux, les mains ouvertes dans un geste de franchise simulée.

— Mesdames et Messieurs du jury, ce que le Ministère Public vient de vous dépeindre n'est pas un dossier criminel. C'est un roman de fiction bon marché, écrit par une femme aigrie et son fille adolescente influençable.

Vance se tourna vers moi, son regard se faisant soudainement tranchant comme un rasoir.

— Elena Delaney ne pouvait pas supporter l'idée que les affaires de son mari connaissent des difficultés temporaires. Elle voulait préserver son train de vie luxueux à tout prix. Et lorsque mon client a refusé de dilapider le reste de son propre capital pour financer ses caprices, elle a élaboré ce scénario rocambolesque avec la complicité de sa fille pour faire incarcérer son époux et s'emparer de la totalité de son patrimoine !

Un murmure d'indignation parcourut les bancs de l'assistance. Je dussais me cramponner au rebord de ma chaise pour ne pas me lever et lui hurler ma rage au visage.

— Quant à la prétendue fiole de poison, continua Vance d'un ton méprisant, nous prouverons qu'elle n'a jamais appartenu à Monsieur Delaney, mais qu'elle a été introduite dans son bureau par Madame Delaney elle-même quelques minutes avant sa fuite orchestrée !

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Julian hocha la tête en direction du jury, une lueur de satisfaction glacée brillant au fond de ses yeux.

Le piège judiciaire était posé. La bataille ne faisait que commencer, et mon témoignage allait être la prochaine cible de l'avocat du diable.

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