Chapter 3 - Le réveil du géant

Le lendemain matin, la lumière du jour traversait les baies vitrées de mon bureau chez Northbridge Capital, situé au soixante-dixième étage de la plus haute tour financière de la ville. Habillée d'un tailleur sur mesure vert émeraude, les cheveux tirés en un chignon strict, je contemplais la ligne d'horizon. Mon équipe de direction m'attendait autour de la grande table de conférence en verre fumé.
Julian Vance projeta sur l'écran géant la structure financière de Hale Development.
« Comme prévu », commença Julian, « Arthur Hale a tenté de contacter ce matin trois banques partenaires pour obtenir une marge de crédit d'urgence. Toutes ont refusé. La rumeur selon laquelle Northbridge exige un remboursement immédiat a déjà fui dans les couloirs du district financier. »
« Quelle a été la réaction de Grant et Marcus ? » demandai-je en feuilletant le rapport d'audit.
« Marcus tente désespérément de rejeter la faute sur le département comptable », expliqua ma responsable juridique, Maître Solène Laurent. « Quant à Grant, il essaie de camoufler la falsification des bilans de l'année passée en créant des sociétés écrans dans les Caraïbes. Malheureusement pour lui, nous avons déjà gelé leurs transferts sortants grâce à nos ordonnances de saisie conservatoire. »
Un sourire glacial se dessina sur mes lèvres. « Ils pensent encore qu'ils jouent à un jeu dont ils fixent les règles. Ils n'ont toujours pas compris que le terrain tout entier leur a été retiré sous les pieds. »
À dix heures précises, la secrétaire de direction m'informa par l'interphone qu'un groupe de personnes s'était présenté à l'accueil du bâtiment sans rendez-vous et exigeait de me voir immédiatement.
« Qui est-ce ? » demandai-je.
« Un certain Arthur Hale, accompagné de ses deux fils et de sa fille. Ils prétendent être vos proches et menacent d'appeler la sécurité si on ne les laisse pas monter. »
« Faites-les monter », ordonnai-je. « Mais ne les faites pas entrer dans mon bureau. Installez-les dans la grande salle de réunion B. Qu'ils attendent trente minutes exactes. »
Trente minutes plus tard, j'entrai dans la salle de réunion B. L'atmosphère y était électrique, saturée de colère et de panique. Mon père Arthur faisait les cent pas, le visage bouffi par le manque de sommeil, tandis que Marcus se rongeait les ongles et qu'Elise tentait vainement de réajuster son maquillage.
Lorsque la porte s'ouvrit et que j'entrai, entourée de quatre avocats en costume sombre, mon père s'avança vivement vers moi, le poing levé.
« Nora ! Enfin ! Explique-moi immédiatement quel est ce cirque ! Pourquoi la sécurité refuse de nous donner l'accès au PDG de Northbridge ? Nous devons parler au véritable patron de ce fonds ! »
Je m'assis en bout de table, posant mes mains croisées sur la surface brillante.
« Vous êtes en train de lui parler, Arthur. »
Un silence suffoquant envahit la pièce. Grant lâcha un rire nerveux, dépourvu de toute assurance. « Quoi ? C'est une blague ? Tu joues à la grande dame parce que tu as réussi à décrocher un poste d'assistante juridique ici ? »
Maître Solène Laurent s'avança et déposa devant eux le registre officiel du commerce et les statuts fondateurs de Northbridge Capital.
« Mesdames et Messieurs », déclara l'avocate d'une voix claire, « Mlle Nora Hale est la fondatrice, l'actionnaire unique à cent pour cent et la Présidente-Directrice Générale de Northbridge Capital depuis sa création il y a huit ans. Elle détient personnellement l'intégralité de vos créances. »
Le visage de Grant devint livide. Elise laissa échapper un hoquet de stupeur. Arthur, quant à lui, s'agrippa au dossier d'une chaise, les yeux écarquillés par un choc si violent qu'il semblait sur le point de s'effondrer.
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« Non... c'est impossible... », murmura Arthur, la voix tremblante. « Tu n'es qu'une... tu n'as jamais rien compris aux affaires... »
« C'est précisément parce que vous m'avez sous-estimée toute ma vie que j'ai pu construire cet empire sans que vous ne vous en rendiez compte », répondis-je en le fixant droit dans les yeux. « Et aujourd'hui, cet empire vient réclamer ce qui lui appartient. »